Olivier Mathieu, invité à « Ciel mon mardi » du 6 février 1990, et ses aventure
Olivier Mathieu, invité à « Ciel mon mardi » du 6 février 1990, et ses aventures à l’académie française. Texte de JEAN-PIERRE FLEURY, écrivain, docteur en sociologie de l’Université de Nantes. Texte extrait du livre « Olivier Mathieu dit Robert Pioche, le dernier romantique » (2009, éditions des petits bonheurs, Nantes). Olivier Mathieu a présenté plusieurs fois sa candidature à l’Académie française. En décembre 1990 contre Madame Hélène Carrère d’Encausse. En décembre 2003 contre M. Valéry Giscard d’Estaing. En 2007 à deux reprises1 (mais la seconde candidature d’Olivier Mathieu fut alors refusée !). En 2008 contre Madame Simone Veil. Olivier Mathieu est, comme l’atteste l’encyclopédie du Quid, « le premier écrivain à avoir déposé sa candidature à l’Académie française sous deux identités diverses ». En effet, Olivier Mathieu s’est présenté en 2003 sous son pseudonyme de Robert Pioche, obtenant à cette occasion une voix contre M. Valéry Giscard d’Estaing. Le texte qui suit, écrit en 2007, évoque - entre autres - les déboires d’Olivier Mathieu à l’Académie française. Mais que restera-t-il, au-delà de tels jeux, d’Olivier Mathieu face à la postérité ? Olivier Mathieu face à la postérité. Olivier Mathieu semble s’ingénier à vouloir entrer à l’Académie française. C’est sans doute par antithèse, parce qu’il sait parfaitement que, à quelques exceptions près, le talent non pas même littéraire, mais le talent tout court ou la valeur humaine n’ont jamais hanté les murs de cette institution. Et il est encore plus vrai que l'histoire a retenu de l'Académie beaucoup d'auteurs de seconde zone – pour rester gentil dans l'expression – ou des « troisièmes couteaux », pour ne pas parler d’hommes en habit vert sans oeuvre d'aucune sorte si ce n'est leur discours de réception, dont ils ne sont probablement pas les auteurs. Écoutons Fernand Divoire2 : « Il faut avoir le courage de le dire : le talent est un luxe agréable, mais complètement inutile à la carrière de l’homme de lettres. Pour un romancier qui veut être acheté, rien ne vaut la médiocrité. Aurea mediocritas, la médiocrité qui apporte de l’or. Comment arrive-t-on à l’Académie ? Est-ce par l’insolence du génie ? Non, n’est-ce pas ? Vous n’aurez pas le toupet de le prétendre. Quelle illogique injustice, dès lors, si le talent, gênant pour arriver aux honneurs, était nécessaire pour arriver à la renommée. Seulement, il faut de la Stratégie. » 1 Voir le journal « Le Monde » du 8 mars 2007, page 35. 2 Statégie Littéraire, 1928, éditions « la Tradition de l’intelligence », pp. 60-61. Enchaînons par une historiette. Celle de Piron et de l’Académie. Alexis Piron (1689-1773) est un poète et auteur dramatique oublié. Son chef-d’œuvre reste sa pièce intitulée la Métromanie. C’est une comédie, en cinq actes et en vers, qui se moque de ceux qui ont la manie de tout mettre en vers, de tout rimailler sur tout les tons et souvent sans aucun style, banalement, trivialement. Cette pièce fut jugée de qualité en son temps et resta longtemps au répertoire français. Mais son auteur eut beaucoup de mal à l’imposer, car elle était une critique à peine voilée de certains auteurs et d’un certain Voltaire à rouet au volant sans frein, qui faisait la pluie et le beau temps dans le monde étroit des Lettres à rond-de-jambes et fragorneries assez semblables aux pitreries actuelles des plus connus de nos distingués « hommes de lettres ». La Métromanie s’achève avec cet alexandrin, une répartie de Damis, le poète : « Muse, tenez-moi lieu de fortune et d’amour ! » Un jour, il vint à l’esprit de notre Piron de se présenter à l’Académie Françoise. C’est là que certaines bonnes âmes l’attendaient. Son côté affûté et ironique, persifleur, qui s’en prenait à tout un chacun, ne l’empêcha pas d’être élu en 1753, après un échec trois ans auparavant, et bien qu’il se moquât plus d’une fois, en public et par écrit, des académiciens qui «sont là quarante et ont de l’esprit comme quatre.» Élu, mais non reçu, tout en obtenant pension pour le dédommager ; et ceci par décision royale ! Car on lui ressortit alors une très vieille histoire qu’il croyait enfouie, oubliée de tous. Dans son jeune âge, vers ses vingt ans, Piron avait dû fuir Dijon, sa ville natale, pour y avoir eu la malencontreuse idée de composer, et surtout de diffuser sans voile aucun une certaine Ode à Priape qui serait jugée aujourd’hui bien anodine. Juste friponne. Mais la religion et l’hypocrisie ambiante, un certain moralisme ne lésinait pas alors sur la morale. Cette ode lui assura donc une certaine gloire non seulement locale mais nationale, mais aussi quelques déboires, bien que le libertin d’antan ait fini par acquérir, dit-on, quelque esprit de dévotion. Les vieux grimoires relatent l’historiette suivante, à propos de l’élection de Piron à l’Académie. Fontenelle (1657-1757), alors très âgé et presque sourd, demanda à son voisin : – De quoi s’agit-il ? – De Piron, qui voudrait être de l’Académie. – Et bien ? – On croit qu’il a fait la fameuse ode que vous savez. – Oui, oui ; s’il l’a faite, il faudra bien le sermonner ; mais s’il ne l’a pas faite, il ne faut pas le recevoir. Une autre version nous rapporte les propos de Fontenelle, mais en ces termes : « Si Piron a fait la fameuse ode, il faut bien le gronder, mais l’admettre ; s’il ne l’a pas faite, fermons-lui la porte. » Suite à son demi-échec, Piron, le roi des épigrammes, s’empressa d’écrire son épitaphe : Ci-gît Piron, qui ne fut rien, Pas même académicien3. Le jour de son enterrement, bien évidemment, aucun académicien n’accompagna son cercueil. Il circula alors dans Paris ces vers : 3 « Académicien », pour la métrique, compte six syllabes. Des quarante, priés en vain à ton convoi, Aucun n’en a voulu grossir le petit nombre ; Ne t’en plains pas, Piron, c’est qu’ils avaient, ma foi, Encor peur de ton ombre. Moralité : il n’est donc pas bon de jouer au facétieux, ou au hors-norme, pour prétendre obtenir le droit de porter habit vert, épée, et s’asseoir en précieux fauteuil. Olivier Mathieu, lui, a pour but, en se présentant chez la Vieille Dame Respectable, de brouiller le jeu convenu. Pourquoi pas, à une époque où les gens de Lettres les plus intéressants sont des en-dehors, des marginaux par rapport à la culture officielle et fonctionnarisée ? De fait, Olivier Mathieu est un ultra. Mais un… ultra ailleurs, un « ultrailleurs ». Un inclassable. Un en-dehors. Et donc, il ne pouvait arriver au facétieux « hors-norme » Olivier Mathieu que des déboires académiques. Par esprit de malice, Olivier Mathieu se présenta la première fois (décembre 1990) sous son nom, la deuxième fois (décembre 2003) sous le nom de son double littéraire Robert Pioche4. Cette fois-là, un académicien coquin, ou un académicien courageux lui accorda sa voix. Qui donc ? Olivier Mathieu a promis de ne le dire qu’après la mort de cet académicien. En 2007, après une première candidature acceptée (8 mars 2007), Olivier Mathieu postula, de nouveau selon les règles, à l’élection du 31 mai 2007. Des membres de l’Académie lui avaient promis, dit-on, leurs voix. On devait étudier et recevoir sa candidature. Or, on l’étudie encore… Pourquoi se gêner avec certains ? Pourquoi se gêner avec les gueux de la caste inférieure, la caste des « intouchables » qui n’auront jamais la force médiatique et politique d’obtenir élémentaire justice, du fond de leur tanière ? pourquoi se gêner avec quelqu’un dont les « droits de réponse » seront refusés par la presse, au mépris de la loi française sur les droits de réponse ? Pendant ce temps un éminent historien de pacotille, un romancier de gare, le « nègre » d’un escroc littéraire obtenait sans coup férir, notamment grâce à un ralliement politique croquignolesque, son billet d’entrée « première classe » chez les académiciens. Il y eut donc de la triche à l’Académie, avec la complicité présidentielle (dans la mesure où M. Sarkozy, qui venait d’être élu à l’Elysée, est le garant du règlement académique). Olivier Mathieu a rappelé « l’injustice qu’il y a à empêcher [sa] candidature». Tiens, écoutons Stanislas Andrieux (1759-1833) qui nous narre La Visite Académique : Pour entrer à l’Académie Un candidat allait trottant, En habit de cérémonie, De porte en porte visitant ; 4 Beaucoup des académiciens ne sont connus, eux aussi, que sous leur pseudonyme. Par ailleurs, que « Robert Pioche » soit Olivier Mathieu (chose attestée, déjà, en 1971, dans : Marie de Vivier, Cent pages d’amour) est de notoriété publique. Olivier Mathieu a en effet signé plusieurs articles Robert Pioche. Il a écrit une dizaine de romans du « Cycle des aventures de Robert Pioche ». Et, dès avant l’élection académique de décembre 2003, divers journaux révélèrent noir sur blanc (peut-être dans l’intention de lui causer du tort ?) que le Robert Pioche qui se présentait à l’Académie était Olivier Mathieu. Sollicitant et récitant Banalement sa litanie, Demi-modeste, en mots choisis. Il arrive uploads/Litterature/ olivier-mathieu-dit-robert-pioche-entre-ciel-mon-mardi-et-l-x27-academie-francaise-par-jean-pierre-fleury.pdf
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- Publié le Jui 20, 2022
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