La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. Extrait du La Rév

La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. Extrait du La Révolution en Charentaises http://www.larevolutionencharentaises.com La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. - La bibliothèque du révolutionnaire - Date de mise en ligne : samedi 11 octobre 2008 La Révolution en Charentaises Copyright © La Révolution en Charentaises Page 1/8 La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. Le dernier livre de Naomi Klein montre pourquoi les crises ne sont pas des périodes de trêve mais plutôt des moments charnières pendant lesquels les peuples doivent être extrêmement vigilants et se préparer à une lutte féroce face à des néolibéraux passés maîtres dans l'art de manipuler les populations déboussolées. Après nous avoir fait vibrer avec l'aventure des usines autogérées argentines (The Take) et mis à nu les rouages de l'invasion publicitaire et des délocalisations (No Logo), Naomi Klein poursuit sa réflexion sur les évolutions du néolibéralisme et explore les liens entre violence physique, politique et économique dans le système capitaliste contemporain. Dans sa ligne de mire, le "capitalisme du désastre", qu'elle juge particulièrement dangereux puisqu'il se développe et se renforce au gré des catastrophes (financières, écologiques, guerrières...). Un livre à mettre en toutes les mains, particulièrement en période de crise. Les deux docteurs chocs La stratégie du choc s'ouvre sur deux figures, qui servent de fil rouge à l'ensemble du livre. Le premier de ces personnages est Ewen Cameron (1901-1967), un psychiatre dont les travaux, financés par les CIA, ont permis d'élever la torture au rang de véritable science. A force d'expériences (sur des sujets non consentants), Cameron met à jour le principe de la torture moderne : si on parvient à mettre un individu dans un état de choc tel qu'il régresse à l'état infantile, il est possible d'en extirper tout ce qu'on veut. Le psychiatre pense même pouvoir totalement remodeler les individus en effaçant leur mémoire. Pour y parvenir, il a notamment recours aux électrochocs, aux drogues et aux privations sensorielles visant à faire du sujet un étranger au monde qui l'entoure et à lui-même. Si la quête du scientifique est un échec fracassant (ses patients sont tellement brisés qu'il est impossible de les remodeler), les techniques développées s'avèrent très utiles pour la CIA, qui les reprend dans le KUBARK, un manuel destiné à former des générations d'interrogateurs consciencieux et efficaces à travers le monde "libre". Le deuxième personnage clef est Milton Friedman (1912-2006), professeur d'économie au sein de la Chicago School of Economics. Comme Ewen Cameron mais dans un autre domaine, il développe une théorie du choc. Celle-ci prône le désengagement de l'Etat de la sphère économique de façon à laisser librement fonctionner les mécanismes du marché. En d'autres termes, il se fait l'avocat d'un capitalisme sauvage en totale rupture avec les théories keynésiennes et tiers-mondistes très populaires dans les années 1950 et 1960. Dans le contexte de la Guerre Froide, son intransigeance lui permet de bénéficier du soutien de grandes compagnies américaines intéressées par le développement d'une contre-offensive idéologique, particulièrement sur le continent sud-américain. La naissance sanglante de la contre-révolution libérale Grâce au travail de déstabilisation menée par la CIA, les théories de Cameron et de Friedman peuvent être mises en pratique conjointement. C'est d'abord le cas en Indonésie, lorsque Suharto prend le pouvoir (1965-1967) en éliminant physiquement les opposants de gauche et en donnant les rênes de l'économie à des libéraux formés dans les universités américaines. Le même scénario se répète ensuite au Chili (1973), où la CIA prépare simultanément une offensive militaire, idéologique et économique pour mettre à mort le Chili d'Allende. L'opération se solde par un nouveau « succès » grâce à trois chocs successifs : le choc du coup d'Etat, le choc des réformes économiques et le choc de la torture des opposants. Copyright © La Révolution en Charentaises Page 2/8 La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. Tout au long des années 1970, en Amérique du Sud, les Etats-Unis mettent au pouvoir des juntes militaires qui appliquent les recettes néolibérales issues de l'école de Chicago. Exemple des liens étroit entre l'école et les dictatures, Milton Friedman écrit à Pinochet et lui rend visite pour lui prodiguer ses conseils. Ces politiques économiques ont des effets catastrophiques sur les populations (explosion des inégalités, chute vertigineuse du pouvoir d'achat, chômage, durcissement des conditions de travail, destruction de la protection sociale, etc.) mais celles-ci sont trop terrorisées pour réagir. C'est donc grâce aux assassinats, à la torture, au Plan Condor et autres dispositifs répressifs que les politiques économiques ont pu être mises en oeuvre. Le fait que la terreur soit la clef de voûte de la conversion des pays d'Amérique Latine au libéralisme est un démenti cinglant de l'idée selon laquelle le libre marché et la liberté des individus vont de pair. Au contraire, en pratique, le néolibéralisme passe par le renversement des régimes démocratiques et l'élimination des idéologies concurrentes [1 ]. La torture et l'élimination des opposants sont soutenues par le patronat et les multinationales comme Ford, Mercedes-Benz, Chrysler ou Fiat. Les patrons vont jusqu'à ouvrir des centres de torture dans les locaux des usines et embaucher des tortionnaires privés. L'objectif de la répression est aussi bien d'éliminer les opposants que de donner un signal à ceux qui seraient tentés de résister. Bien que la violence politique et le programme économique aient fait partie d'un seul et même projet, l'idéologie néolibérale a réussi la prouesse de se présenter comme déconnectée des crimes. Les activistes des droits de l'homme ont leur part de responsabilité dans cette situation : ils se sont focalisés sur les violations des droits de l'homme sans jamais s'interroger sur les raisons qui conduisaient à ces atrocités. Le contexte de la Guerre Froide ainsi que le rôle de la Fondation Ford, principale financeur d'un grand nombre d'associations et fortement compromise avec les régimes d'Amérique Latine et d'Indonésie y est pour beaucoup. Naomi Klein tire de cette expérience une conclusion radicale : tout activisme qui se veut apolitique est condamné à l'échec. Les tortures et les massacres sont présentés comme une violence aveugle, irrationnelle, alors qu'ils sont toujours la preuve qu'un pouvoir cherche à imposer par la force une situation qui est rejetée par une grande partie de la population. Du fait de l'incapacité des défenseurs des droits de l'homme à désigner les coupables, l'école de Chicago a pu continuer à étendre son rayonnement. Survivre à la démocratie, un arsenal de lois Du fait de leur très grande impopularité, les politiques néolibérales sont plus faciles à appliquer dans les dictatures que dans les démocraties. Pourtant, à partir du début des années 1980, la contagion néolibérale s'étend à des pays comme les Etats-Unis (Reagan élu en 1981) et le Royaume-Uni (Margaret Thatcher élu en 1979). Naomi Klein analyse les conditions qui ont permis à Thatcher de se maintenir au pouvoir malgré l'hostilité d'une part croissante de Copyright © La Révolution en Charentaises Page 3/8 La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. la population à l'encontre de ses politiques. En 1982, la dirigeante britannique est sauvée d'une débâcle électorale grâce à la guerre des Malouines. Faisant vibrer la fibre nationaliste toujours très sensible en période de conflit armé, elle remporte les élections et lance dans la foulée une série de privatisations d'une incroyable brutalité. Les syndicalistes, qualifiés « d'ennemis de l'intérieur », sont matés par la violence, le recours à l'espionnage, etc. C'est donc grâce à une crise exceptionnelle (la guerre des Malouines) que le régime s'est sauvé. Milton Friedman en tire immédiatement les conséquences et écrit : "Seule une crise - réelle ou perçue comme telle - produit un vrai changement. Quand cette crise survient, les actions qui sont prises dépendent des idées qui trainent. C'est, je crois, notre fonction de base : développer des alternatives aux politiques existantes, les maintenir en vie et disponibles jusqu'à ce que ce qui était politiquement impossible devienne politiquement inévitable" [2]. A partir de ce moment, les crises deviennent un élément clef de la stratégie des néolibéraux. La Bolivie offre un bon exemple de ces développements. En 1985, ce pays avec une solide culture de gauche, doit faire face à une crise économique sévère marquée par l'hyperinflation [3]. Pour y faire face, le président fraîchement élu élabore dans le plus grand secret un plan de réformes économiques en tous points contraire à son programme électoral. Il est aidé en cela par Jeffrey Sachs, un économiste américain partisan de la thérapie de choc. Jouant de l'effet de surprise, le président fait passer toutes les réformes en une seule fois, par décret. Face à la colère des Boliviens, il proclame l'état de siège, fait enlever et emprisonner les opposants et réprime les manifestations par la violence. Désorienté par l'hyperinflation, la trahison de ses élites et la répression, le peuple s'incline. Dans le même temps, la presse internationale salue l'exemple bolivien et construit le mythe d'une révolution libérale dans dans le respect des formes démocratiques. La Bolivie n'est pas la seule à faire face à des difficultés économiques sérieuses uploads/Politique/ la-strategie-du-choc-la-montee-d-x27-un-capitalisme-du-desastre.pdf

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