Luc Ramazeilles Master II de Musicologie 2010/2011 Pour le 11 janvier 2011 Épis

Luc Ramazeilles Master II de Musicologie 2010/2011 Pour le 11 janvier 2011 Épistémologie : Compte-rendu du texte de Karol Berger « Musicology According to Don Giovanni, or : Should We Get Drastic ? », The Journal of musicology, n° 22 University of California, 2005, p. 490-501 Dans une courte introduction K. Berger nous indique qu'il observe la musicologie dans son acceptation la plus restreinte, celle concernant la musique occidentale de tradition écrite. Ensuite il décortique deux points de vu du musicologue Carl. Dahlhaus : « Comment écrire une histoire de la musique dont le sujet est la musique et non un faisceau de contingences extra-musicales ? » A la différence d'une chronique un discours historique cherche une causalité entre des faits.interdépendants.qu'un contexte donné nous autorise à interpréter. De là la musicologie opère deux types de démarches : l'une qui se spécialise dans l'établissement de faits et l'autre dans leur interprétation. Une telle division au sein de la musicologie européenne et américaine est plus forte que l'opposition entre ces deux pôles. La seconde tendance dite « herméneutique » a pris beaucoup de poids depuis les années 1970 bien que l'on constate un récent ralentissement. Le deuxième point de C. Dahlhaus donne la primauté de l’interprétation aux faits musicaux et non aux faits extra-musicaux. Ces faits musicaux supposent la rencontre événementielle d'une œuvre, dans sa réalisation, et de son public ; comme pôle de la réception. Ainsi un contexte entourant le fait musical est pris en ligne de compte dans un certain type d'interprétation et donne cours à des études de genre. Pour K. Berger ce faisceau d'information doit servir la compréhension du fait musical et non le contraire. Cependant il existe une tendance peu scrupuleuse qui n'hésite pas, sous le couvert de faire de « l'histoire de la musique », à utiliser des faits musicaux pour cerner des faits de société. Un déplacement de l’intérêt s'effectue au niveau du cercle des proches des illustres compositeurs, plaçant ainsi la « réception » au centre des débats. Une autre tendance accorde plus d'importance au choix des faits musicaux qu'elle observe : elle place la performance comme principal centre d'intérêt mais elle a plutôt lieu aux U.S.A. (influence du jazz peut-être?). Ensuite K. Berger nous propose d'étudier la vision des choses de Carolyn Abbate. Selon elle la musicologie moderne nous montre trois facette : • une « positiviste » recherchant des faits et obnubilée par eux • une « formaliste » se contentant d'analyses hors contexte sociaux et défendant une idée d'un code, consigné par les compositeurs dans leurs œuvres et dont les auditeurs se nourrissent • une « herméneutique » occupée à interpréter les faits récoltés. Mais souvent ces démarches occulte la dimension acoustique de la musique pour ne se consacrer finalement qu'à tout le para-musical. Pour C. Abbate le plus important dans la musique c'est le phénomène sonore. Si tel n'est pas le cas on court-circuite une expérience sensorielle rigoureuse, dite « drastique », en la suppléant par une construction mentale, dite « gnostique », en quête de sens. De fait on se prive de la véritable valeur physique et spirituelle d'une expérience musicale vivante. Les raisons d'une telle lacune résident, selon C. Abbate, dans une peur d'un sensoriel incontrôlé mu par la musique. On lui préfère souvent un intellect maîtrisé et sécurisant qui substitue la signification à l'expérience. K. Berger accorde beaucoup de crédit à une telle pensée ainsi qu'à celle d'Horace : « Le propos de l'art n'est pas seulement de nous rendre meilleurs et plus sage, mais il est aussi de nous donner du plaisir. » Le retour d'une telle pensée dans les sphères universitaire est salutaire, car elle place la valeur de l'expérience artistique au centre des débats. Dans un art temporel, comme la musique, la force du moment présent dépasse les spéculations de ce qui peut advenir et la mémoire de ce qui a déjà eu lieu ; ce modèle de vie « dans l'instant » est notamment personnifié par le Don Juan de Kierkegaard. Cependant quand la tendance herméneutique prend le dessus lors d'une représentation, n'est on pas en train de perdre le fil de l'expérience sensorielle ? Selon C. Abbate une telle démarche ne devrait pas polluer cette expérience, mais lui donner une autre dimension. Cette dimension est utile, par exemple dans le jazz quand il faut nécessairement garder la trame harmonique à l'esprit pour se nourrir des propositions mélodiques des improvisateurs. Quelle qu'elle soit, une expérience artistique met toujours en relation un élément dans un universel et différentes musiques nécessitent différents dispositions d'écoute. Chacun est à même de trouver, en accord avec sa sensibilité propre et son degré de curiosité, sa place face à ces diverses pratiques. Néanmoins selon C. Berger « le refus de l'herméneutique est le refus de l'histoire » et on peut trouver à la rencontre d'un certain positivisme et d'une conscience du poids réel de l’œuvre dans sa performance, une voie intermédiaire qui elle serait rigoureuse. Comme le postulait aussi Horace dans sa célèbre formule : Aurea mediocritas (« juste milieu précieux comme l'or » C. Berger nous propose une voie médiane que la musicologie moderne devrait suivre dans « sa mise en œuvre ». Il brosse un tableau des diverses tensions que rencontre la discipline et tout en n'excluant pas sa dimension herméneutique il fait l'apologie de l'expérience artistique pure, dénuée d'interprétation. La véritable valeur d'un événement sonore ayant un caractère musical est certainement, comme le démontre fort bien Pierre Schaeffer dan son Traité des objets musicaux, un fondement sans lequel toute recherche visant à comprendre la musique serait vaine. K. Berger nous invite à trouver notre place dans ce faisceau de considérations de la musicologie contemporaine. uploads/s3/ commentaires-sur-karol-berger.pdf

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