Adolfo Zavaroni Via Porta Brennone, 11 I-42100 Reggio Emilia zavaro @libero.it
Adolfo Zavaroni Via Porta Brennone, 11 I-42100 Reggio Emilia zavaro @libero.it Gr. κασíγνητος, κοινóς, ξυνóς, κóσμος, ἀγαθóς, myc. ke-ke-me-na et ka-ma : une racine unique? 1. κασίγνητος Les sens de gr. κασίγνητος, -η, thess. κατίγν[ειτος] « frère, soeur (de la même mère), cousin » rappellent ceux de germ. *gadil-inga- (got. gadiliggs « cousin », v.h.a. gatilinc « parent, cousin, socius ») et *gadul-inga- (v.ang. gædeling « parent, camarade », v.sax. gaduling, v.h.a. gatulinc, etc. « parent »). Selon Pokorny, ces mots germaniques, et d’autres comme v.ang. geador, tō-gædere, m.h.a. gater, v.fris. gadur, gader, m.hol. (te) gader(e) « ensemble », v.ang. (ge)-gada « compagnon », v.sax. (gi)-gado « par, suus similis », v.fris. gadia « unir », v.h.a. bigaton « unir, rencontrer, se aptāre » etc. dérivent de *ghedh-, ghodh- « joindre, unir, être en connexion », d’un plus ancien « (ré)unir, aptare » 1. Estimant improbable la formulation de la racine comme *ghedh-, ghodh-, Lehmann préfère reconduire les mots germaniques à *ghadh- « unir, aptare » 2. De toute façon, Pokorny comme Lehmann attribuent une telle racine à des termes sanskrits, baltes et slaves: par exemple, Lehmann cite skt. *gadh- « cling to », gádhyas « what one likes to maintain, what is fitting », ā-gadhitas « clinging to », lit. goda, godóti « honor », lett. gùods « honor, glory », v.sl. godъ « favorable time », gadati « believe », Toc.AB *kātk- « rejoice ». De plus, suivant la thèse de Chantraine 3, Lehmann mentionne gr. ἀγαθóς comme « douteux ». 1 J. Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, Bern - Münich 1959, p. 423. 2 W. Lehmann, A Gothic Etymological Dictionary, Leiden 1986, p. 136. 3 P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque. Histoire des mots, 4 vol., Paris 1968-80, p. 6. Boutkan ne cite pas la base tokharienne *kātk- et considère « the semantics of the Skt. form not entirely convincing » : selon lui, « we are stuck with a Baltic-Slavic-Gmc. etymon which is likely to represent a substratum word » 4. Considérant les mots attribués par Pokorny à la racine *ghedh-, ghodh-, Beekes observe « that there is no evidence in any of these forms for e-vocalism » et il conclut que « if the root had -a- it was non-IE » 5. Dans un article précédent j’ai tâché d’arguer que la racine ie. *ghedh-, ghodh- fut productive aussi en latin (gerō < *gesō, parf. gessī < *gedh-s- plutôt que *ges- < *gez- < *gedh-y-), en étrusque (normale Lautverschiebung gh- > h- : heθie et heθu « aptus, convenable, agréable », heθna « (objet) agréable », heθari « compagnon ») et en camunien (Gedildao, datif, nom d’un deus coniugalis) 6. Dans ce cas-là, la racine aurait aussi eu le vocalisme e qui n’apparaît pas dans certaines langues. Frisk 7 considère κάσις, m. f., κάσιος « frère, soeur », σύγ-κασις « (sa propre) soeur » comme « short forms » of κασί-γνητος < *kṃt-i-+ĝnh1-tos « born with (from the same mother) ». Cette thèse est due peut-être au fait que selon l’opinion générale κασι- < κατι- dérive de *kṃt-i-, un élargissement présumé de *kom « cum ». Une base *kṃt- est attribuée aussi à gr. κατά, hitt. katta et au préfixe v.irl. cét- (cff. v.gall. cant « with »). Mais tandis que les mots celtiques dérivent certainement de *k°m-t-, où *k°m- < *kom- est le préverbe-préposition « cum », des indices différents me poussent à douter que gr. κατά et hitt. katta contiennent *k°m- « cum ». Avant tout, leur sens primaire est « en bas », tandis que nous devrions nous attendre qu’il soit « ensemble, 4 D. F. H. Boutkan, « On the form of North European substratum words in Germanic », en HSF 111-1, 1998, p. 110. En vérité Boutkan interprète a.ind. *gadh- comme « seize (booty) » et gádhya- comme « booty ». Je mentionnerais gāḍha « étroitement uni; serré [en parlant d’un bois] » > et la forme nasalisée ganḍū « joint, nœud » citée par E. Burnouf, Dictionnaire classique sanscrit-français, Paris 1866, p. .209, 215. 5 R. Beekes, « Ancient European Loanwords », en HSF 109-2, 1996, p. 228. 6 A. Zavaroni, « Germanic words for ‘heaven’, ‘haven’, ‘together’, ‘good’, ‘god’: in search of IE roots », in Interdisciplinary Journal for Germanic Linguistics and Semiotic Analysis 10-2, 2005 (à l’impression). 7 Hj. Frisk, Griechisches etymologisches Wörterbuch, Heidelberg 1960-72, s.u. κασίγνητος. Voir aussi R. Beekes, Greek Etymological Dictionary, [Leiden 2003: s.u. κασίγνητος) ]. Voir le site internet www.indoeuropean.nl. 2 avec », s’ils contenaient *k°m-. Que le sens primaire soit « en bas », on peut le déduire des données suivantes: 1) comme préverbe, κατα- signifie « sous, en bas » et jamais « avec »; 2) comme préposition κατά partage beaucoup de sens d’ὑπó plus que de μετά et de ξύν > σύν ; 3) hitt. kattera- signifie exclusivement « inférieur »; 4) en hittite le développement prétendu *k°m-ta > katta est discutable, puisque nous devrions plutôt nous attendre *kanta 8; donc, selon le même Frisk, « wobei idg. *k°mta anzusetzen wäre, bleibt offen » 9. Comme adverbe, hitt. katta signifie « sous, en bas »; comme post-position il signifie « sous » et « près de, avec »; mais on peut supposer que le second sens est un développement secondaire 10. Cette considération peut concerner aussi katti « apud », utilisé avec les pronoms possessifs enclitiques: katti-mi « apud me, mecum » etc. En effet des signifiés analogues sont exprimés aussi par hitt. anda comme adverbe (« dedans, au milieu de » > « ensemble, avec ») et comme post-position (« dans, entre » > « là-bas », «jusqu’à »): dans ce cas-là le sens « ensemble, avec » est clairement secondaire. Le même changement sémantique « inferior, bas » > « ensemble » peut être observé en akkadien šaplû, šapal. D’ailleurs on pourrait supposer que hitt. katti- dérive d’une racine différente de celle de katta, c’est à dire de *ghedh- « unir; ensemble ». Comme la base hitt. *patt-, parallèle à *padd-, dérive de *bhedh- « creuser, percer » (voir pattessar « fosse », pattan « creusé », pattu(m)anzi « creuser »), on pourrait supposer que katti- réflète *ghedh-i-. Mais une telle considération ne vaut pas pour gr. 8 H. Kronasser, Vergleichende Laut- und Formenlehre des Hethitischen, Heidelberg 1956, p. 53. 9 Hj. Frisk, Griechisches etymologisches..., cit., p. 800. D’ailleurs Lejeune, bien qu’il compare hitt. kati- avec gr. κασι-, observe: « Si l’on admet le traitement -a- de -°m- en hittite, aucune difficulté au sujet de l’unité du groupe. Si l’on mettait en doute ce traitement, gr. κατ- ne pourrait répondre à la fois aux formes celtiques et aux formes anatoliennes, et c’est avec l’anatolien que le détail des formes et des sens inviterait à le ranger.» (M. Lejeune, « Hittite kati-, grec kasi- », en BSLP 55, 1960, p. 22, n. 16. 10 En effet tous les dictionnaires de hittite commencent la liste des sens par « en bas ». Par exemple, J. Tischler, Hethitisches Handwörterbuch, Innsbruck 2001, p. 76, donne : « katta (Adv.) ‘unten; hinab, herab’ (GAM); Postpos. mit Gen. oder Dat.-Lok. ‘neben; unter; mit’; → Adj. kattera (GAM-ra-) ‘unterer’ .... kattan (Adv.) ‘unten; damit; bei’, auch ‘später, zugleich, entsprechend’ (GAM, GAM-an); Postpos. mit Gen. oder Dat.-Lok. ‘unter, unten an, bei, mit, zu; auf jemandes Seite (Partei). → Adv. kattanda ‘hinunter’.... ». 3 κάτα, κατά, dont les sens « apud, cum, contra, le long de, pendant » sont imputables au déplacement sémantique de « en bas » à « ici-bas, derrière, près de » etc. Dans une étude mirant à établir la fonction de κασι-, Lejeune examine les attestations de κασίγνητος, -η, αὐτοκασίγνητος, πατροκασίγνητος dans les poèmes homériques. Après cette analyse il estime que κασίγνητος, « spécialisé peut-être très tôt au sens de ‘frère’, peut conserver quelques traces, à date historique, d’une acception plus large », raison pour laquelle « la recherche étymologique doit s’orienter vers quelque solution qui explique le mot comme équivalant, à peu près, à συγ-γενής » 11. Dans ce but Lejeune affirme que « l’évidente correspondance gréco-hittite κατά = kata(n) ‘sous’ rend plausible a priori l’existence d’un grec *κατι- répondant à hitt. kati- ‘avec’ » et que « κασίγνητος est le seul mot grec à nous conserver sûrement *κατι- ‘avec’ » 12. Il faut observer, cependant, que le terme hittite est rendu en général avec le double tt (katti-, katta etc.) et que ceci pose d’autres problèmes phonologiques et étymologiques (voir un peu plus haut). Puis Lejeune examine les attestations de myc. ka-si-ko-no et suggère qu’il contient le second terme du composé διᾱ́-κονος « servant » (« avec ᾱ par allongement rythmique ») et qu’il équivaut donc à *σύγ-κονος. Lejeune préfère cette solution, après avoir examiné deux autres interprétations théoriquement possibles, *κασίγoνος et *κασίκοινος. Les tablettes de Cnossos avec le terme ka-si-ko-no permettent de déduire qu’il s’agit d’un nom de métier 13 dans un contexte mentionnant des épées garnies de bandes (pa-k-ana a-ra-ru-wo-a de-so-mo SPADA ...). Lejeune observe que « chaque tablette uploads/s3/ grecque-kasignetos-kairos-kosmos-x-scribd.pdf
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- Publié le Jul 03, 2021
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