HISTOIRE DE JÉRUSALEM ET D’HÉBRON DEPUIS ABRAHAM JUSQU’ A LA FIN DU XV e SIÈCLE

HISTOIRE DE JÉRUSALEM ET D’HÉBRON DEPUIS ABRAHAM JUSQU’ A LA FIN DU XV e SIÈCLE DE J.-C Fragments de la Chronique de Moudjîr-ed-dyn traduits sur le texte arabe PAR HENRY SAUVAIRE Chevalier de la Légion d’Honneur, Premier Drogman de t’Agence el Consulat général de France à Alexandrie, Membre de l’Institut Egyptien, etc. Nous croyons être agréable aux pèlerins et aux touristes qui se rendent en Palestine, en leur offrant, dans ce petit volume, la traduction des passages de l’ouvrage de Moudjîr-ed-dyn, plus particulièrement consacrés à la topographie de Jérusalem et d’Hébron. La plupart des monuments qui existaient dans ces deux villes saintes, à l’époque où l’auteur les a décrits, c’est-à- dire vers la fin du XVe siècle de notre ère, excitent encore aujourd’hui notre respectueuse admiration ou notre curiosité. Le savant professeur M. Reinaud, dont la perte a été si regrettée de tous ceux qui s’occupent de l’histoire et de la géographie orientales, a plus d’une fois cité notre auteur dans sa Bibliothèque des Croisades. Mais on trouve surtout de nombreux fragments de l’Histoire de Jérusalem et d’Hébron dans les Mines de l’Orient. Toutefois, outre que la traduction faite par l’illustre de Hammer ne nous a pas toujours paru très exacte, il est assez incommode de porter en voyage les deux énormes tomes dans lesquels ces extraits sont disséminés. Le qâdy Moudjîr-ed-dyn el Hanbaly mourut en l’année 927 de l’hégire (1521 de J. C.). Un grand nombre de manuscrits de l’Euns el djalîl, son principal ouvrage, existent dans les Bibliothèques de Paris, Londres, Vienne, etc.; un imprimeur du Caire, El Wahby, en a publié une édition. C’est sur un manuscrit acquis par nous à Jérusalem et sur l’ouvrage imprimé que nous avons fait la présente traduction. Henry SAUVAIRE. Marseille, le 30 Décembre 1875. PREMIÈRE PARTIE Achat de la Caverne. Au rapport de Ka’b el Ahbar, la première personne qui mourut et fut ensevelie a Hébra (Hébron) fut Sarah. En effet, lorsqu’elle mourut, El Khalil (Abraham) sortit à la recherche d’un endroit pour l’y enterrer; son plus grand désir était d’en trouver un à proximité de Memri (Mambré). S’étant rendu auprès d’Afroûn, qui était roi de la contrée et habitait Hébra, Abraham lui dit : « Vends-moi un emplacement où je puisse inhumer les membres de ma famille qui mourront. Choisis, répondit ‘Afroûn, je te permets d’enterrer tes morts sur tel point de mon territoire que tu préféreras. Je ne veux le prendre qu’en en payant le prix, dit Abraham. Vertueux vieillard, répliqua le roi, ensevelis tes morts où il te plaira. » Abraham refusa. Comme il insistait pour acheter la caverne : « Eh bien ! dit le roi, je te la vendrai moyennant quatre cents derhems, chaque derhem du poids de cinq derhems, et chaque cent derhems au coin d’un roi (différent). » Il voulait par ces conditions mettre Abraham dans l’impossibilité de se procurer la somme et le forcer à accepter son offre. Abraham sortait de chez le monarque, lorsque tout à coup il aperçut (l’ange) Gabriel debout devant lui. « Abraham, lui dit-il, Dieu a entendu ce que t’a demandé le géant. Voici les derhems; remets-les-lui. Ils sont tels qu’il les désire. » Abraham les prit, continue le narrateur, et les porta au tyran qui lui dit : « D’où te sont venues ces pièces? De Celui, répondit le patriarche, qui est mon Créateur, mon Dieu et pourvoit à mes besoins. » Après qu’Afroûn eut reçu l’argent, Abraham transporta Sarah et l’ensevelit dans la caverne. C’est ainsi qu’elle fut la première personne qu’on y enterra. Elle mourut âgée de cent dix-sept, ou, suivant d’autres, de cent vingt-sept ans. Dans la suite, lorsqu’ Abraham mourut, il fut inhumé vis-à-vis d’elle du côté de l’occident. Après, mourut Rabaqah (Rébecca), femme d’Isaac; elle fut ensevelie dans la même caverne, à côté de Sarah, dans la direction du sud. Ensuite mourut Isaac qui fut enterré en face de sa femme, du côté de l’ouest. Puis Jacob mourut; il fut inhumé auprès de la porte de la caverne : sa tombe fait face à celle d’Abraham, du côté du nord. Après lui mourut Lyqâ (Léa), sa femme; elle fut ensevelie vis à vis de lui, du côté de l’orient. Or les enfants de Jacob, avec El’Ys (Esaû) et ses frères, s’assemblèrent et dirent : « Laissons la porte de la caverne ouverte; nous y enterrerons tous ceux d’entre nous qui mourront. » Mais une dispute ayant éclaté entre eux, un des frères d’Esaû ou, suivant une autre version, un des fils de Jacob leva la main et donna un soufflet à Esaû dont la tête tomba dans la caverne. Quand sa tête fut tombée dans la caverne, ils emportèrent son corps et l’enterrèrent sans tête; sa tête resta dans la caverne qu’ils entourèrent d’un mur; ils placèrent sur chacun des tombeaux des signes funéraires propres à les faire reconnaître et y tracèrent les inscriptions suivantes : « Ceci est le tombeau d’Abraham. » « Ceci est le tombeau de Sarah. » « Ceci est le tombeau d’Isaac. » « Ceci est le tombeau de Rébecca. » « Ceci est le tombeau de Jacob. » « Ceci est le tombeau de sa femme Léa. » Après quoi ils sortirent et fermèrent la porte. Tous ceux qui se rendaient en cet endroit se bornaient à y faire leurs tournées sans y pénétrer, jusqu’à ce qu’après cela arrivèrent les Roûm (Grecs du Bas Empire). Ceux-ci y pratiquèrent une porte, pénétrèrent dans l’intérieur et y construisirent une église. Dans la suite, quand Dieu eut fait triompher l’islamisme et que les musulmans se furent rendus maîtres de ce pays, ils démolirent l’église. Près de la ville de notre seigneur Abraham El Khalil, est un village nommé Si’ir qui sépare les deux arrondissements de Jérusalem et d’Hébron. Dans l’intérieur de son Masdjed se trouve un tombeau qu’on dit être celui d’Esaû. Cette croyance est très répandue parmi la population, qui s’y rend en pèlerinage. Dieu connaît mieux la vérité. On rapporte à Wahb ebn Monabbeh le récit suivant : « J’ai vu sur le tombeau d’Abraham une pierre placée à la partie postérieure du monument et sur laquelle étaient gravés ces vers du mètre radjaz : « L’ignorant se laisse aveugler par ses espérances, Celui dont le terme est arrivé doit mourir. Les artifices ne lui serviront à rien. » A quoi un des hommes de science a ajouté : « Les actes seuls accompagnent l’homme dans la tombe. » Mohammad, fils de Bekran, fils de Mohammad, Khatîb du Masdjed d’Hébron, raconte avoir entendu Mohammad, fils d’Ishâq, le grammairien, s’exprimer ainsi : « Je sortis avec le qâdy Abou ‘Amr ‘Otmân, fils de Dja’far, fils de Châdân, pour aller au tombeau d’Abraham. Nous y avions séjourné trois jours, lorsque, le quatrième, mon compagnon s’approcha de l’inscription qui fait face au tombeau de Rébecca, femme d’Isaac, et après m’avoir ordonné de la laver jusqu’à ce que les caractères en fussent devenus bien lisibles, il m’enjoignit de reproduire exactement, sur un rouleau de papier que nous avions apporté, ce qui était sur la pierre. La transcription faite, nous retournâmes à Ramleh. Le qâdy fit aussitôt venir des gens connaissant des langues différentes, pour lui lire l’inscription, mais il ne se trouva personne en état de la déchiffrer. Toutefois, ils s’accordèrent à dire qu’elle était en grec ancien; à leur connaissance, il ne restait qu’un seul individu capable de la lire, à savoir un vieux cheikh, à Alep. On résolut de l’envoyer chercher. Dès qu’il fut arrivé, le qâdy me manda en sa présence. C’était un cheikh très âgé. Le cheikh mandé d’Alep me dicta comme suit la traduction de ce que j’avais reproduit sur le rouleau de papier : « Au nom de mon Dieu, le Dieu du trône, le vainqueur, le guide, le puissant, le fort, le monument qui est en face est le tombeau de Rébecca, femme d’Isaac; celui qui lui correspond est le tombeau d’Isaac. Le grand monument qui vient ensuite est le tombeau d’ Abraham El Khalil; vis-à-vis de lui, du côté de l’orient, est le tombeau de sa femme Sârah. Le monument le plus éloigné, sur la même ligne que le tombeau d’Abraham, est le tombeau de Jacob; après lui, à l’orient, est le tombeau d’Elyâ, femme de Jacob. Que les prières et le salut de Dieu soient sur eux tous ! Esaû a tracé ceci de sa main. » Le nom de la femme de Jacob est Elyâ; dans quelques ouvrages, il est écrit Lvà; mais le plus connu est Lyqâ. Dieu est plus savant. La pierre qui porte cette inscription se voit encore de nos jours; l’endroit où elle se trouve est célèbre parmi le peuple sous le nom de Maqâm Adam (station d’Adam); on prétend qu’il renferme la tête d’Adam. Le Hafed Ebn ‘Asaker dit avoir lu et copié ce qui suit dans un livre de traditions : « Mohammad, fils de Bekrân, fils de Mohammad, prédicateur du Masdjed d’Abraham El Khalil, qui fut qâdy de Ramleh pendant le khalifat d’Er-Râdy-billah, en uploads/Geographie/ histoire-de-jerusalem-et-d-x27-hebron-depuis-abraham-pdf.pdf

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