Portraits José Géal Marionnettiste « Le brusseleir, c'est l'avenir de l'esperan
Portraits José Géal Marionnettiste « Le brusseleir, c'est l'avenir de l'esperanto » ! José Géal, 70 ans, est toujours coiffé de sa légendaire casquette à carreaux noirs et blancs. La même que celle de Woltje, jeune héros du théâtre bruxellois et proche cousin des personnages de Tintin et de Quick et Flupke. Outre la similitude de leurs couvre-chefs, José Géal et Woltje ont en commun le verbe brusseleir, que tous deux cultivent avec brio et humour, au fil d'un répertoire en vers, en armes ou en chansons. Normal, car si Woltje a son petit corps de bois bien à lui, sa voix n'est autre que celle de José, qui depuis presque cinquante ans, dirige et anime le Théâtre de Toone, sous le pseudonyme de Toone VII. « C'est moi qui ai redonné à Woltje une seconde jeunesse. C'est un personnage d'adolescent, positif, romantique et c'est ça qui m'a plu », déclare José Géal dont l'affection pour le petit Woltje n'est heureusement pas exclusive. C'est également toujours avec beaucoup de bonheur que sa voix se fait mielleuse pour la Roxane de Cyrano, autoritaire pour le Napoléon de Waterloo ou profonde quand il s'agit d'Hamlet. Un bonheur tout aussi complet quand José Géal propose à son auditoire un répertoire en français, en flamand, en allemand ou en anglais. « Mais quelle que soit la langue demandée, nous y ajoutons systématiquement quelques mots en bruxellois. C'est notre identité et au final, comme tout le monde à l'air de comprendre, on peut presque affirmer que le bruxellois est l'avenir de l'esperanto », annonce non sans humour Toone VII. L'humour est une caractéristique du personnage : « je suis comme tous les Belges et surtout comme tous les Bruxellois. On a toujours aimé se moquer des grands mythes. On ne se prend pas au sérieux ». Ancien acteur du Théâtre national de Belgique, ancien directeur de deux compagnies théâtrales, intronisé Toone VII en 1963, José Géal a de quoi être fier. Le prochain Toone sera son fils, Nicolas, 21 ans. « Il est tombé dedans quand il était petit et il manipule les marionnettes depuis ses 14 ans. Mais en plus, il vient de décrocher un premier prix de déclamation au conservatoire », s'enorgueillit le papa. En attendant cette belle relève, José Géal, presque chaque soir, prête sa voix à ses marionnettes pour des spectacles hauts en couleurs où les grandes pièces classiques prennent un sacré coup de jeune, et nous aussi. Sergine Laloux Photographe Le monde dans le colimateur Fille d'antiquaires très connus dans le milieu bruxellois, Sergine Laloux décide très tôt de ne pas faire ce qu'on attend qu'elle fasse et après avoir assisté à une représentation de Maurice Béjart, elle n'a qu'un rêve en tête, devenir danseuse. Elle a le physique, elle a surtout la volonté. Son bac en poche, c'est le hasard qui lui fait rencontrer Béjart, le talent qui la fait passer une audition et ses belles arabesques qui la font rentrer aux « Ballets du XXème siècle ». Elle va tourner pendant deux ans avec la compagnie, à Moscou, au Japon et danser pendant quinze ans. Mais Sergine ne se doute pas encore que ce qu'elle croyait alors n'être qu'un passe-temps, une échappatoire, deviendrait le deuxième rêve de sa vie. C'est la photographie. « Ce qui est drôle, raconte-t-elle, c'est qu'avant d'en faire mon métier, je ne photographiais que des endroits déserts, sans personne. Du moment où j'ai passé le pas, après un stage organisé par les rencontres photographiques de la ville d'Arles, c'est l'inverse qui s'est produit et les regards qui m'ont attirée ». Sergine est alors partie à la rencontre de ces regards, en Chine, au Sénégal, au Tibet, au Portugal. De son dernier voyage au Tibet, elle est en train de développer les négatifs des photos prises pendant trois semaines passées dans les montagnes à suivre un jeune acuponcteur belge convaincu que l'acuponcture peut soigner quelques-unes des maladies endémiques des Tibétains. « Ce qui est fou, c'est que ça marche. Il a formé de nombreux médecins de village et la population, d'abord hésitante, est venue de plus en plus nombreuse en consultation». L'acuponcteur belge veut créer une ONG, Sergine Laloux ne rêve que de l'accompagner de nouveau. « Je voudrais juste tenter de redonner à ces gens ce qu'ils m'ont apporté. C'est comme ça que je conçois mon métier ». Pierre Lenain Professeur d'architecture Pierre Lenain est professeur d'architecture à l'école de l'abbaye de La Cambre. Fin connaisseur de sa ville et surtout de ses petits trésors, il est incollable sur son patrimoine Art Nouveau dont il ne reste malheureusement que 18% de tout ce qui a été produit en seulement 25 ans. « C'est à partir de l'exposition universelle de 1958 qu'on a commencé à détruire ce qui faisait de la ville le phare mondial de l'Art Nouveau ». Et pour comprendre l'Art Nouveau, dont Victor Horta est l'un des instigateurs les plus connus, il faut, selon Pierre Lenain se référer à Haussmann dont la ville de Bruxelles s'est beaucoup inspiré. « Haussmann a toujours pensé à la ville et à son bâti, à la ville en tant que forme urbaine. Avec l'Art Nouveau, tout est différent, on pense objet et non pas ville. Il s'agissait de faire de l'architecture un objet plastique, une œuvre d'art ». Reste que cet art d'avant-garde coûte cher car tout est unique, des poignées de portes aux sonnettes, et rien de doit se reproduire. Mais bon, la culture et l'argent ont toujours fait bon ménage. En fait, la seule chose qui fasse vraiment sortir de ses gonds Pierre Lenain, c'est que les magnifiques maisons Art Nouveau de Bruxelles ont commencé à déplaire aux Belges à partir des années 1930/1940. « Ils découvraient le modernisme, l'automatisme, le prêt à consommer. Or ce qui est beau et rare, ça s'entretient, il faut s'en occuper ». Et c'est vrai qu'à regarder de plus près les poignées de portes Art Nouveau, on imagine volontiers qu'il faille les astiquer. Mais si la beauté ne fait pas toujours bon ménage avec la vie moderne, fallait-il pour autant que Bruxelles rase ses somptueuses maisons pour y élever des monuments de béton où de toute façon, il n'existe ni poignées de porte, ni sonnettes ? La prise de conscience arrive trop tard et la ville lutte toujours contre les promoteurs pour préserver ses inestimables trésors. Charly Lewis Restaurateur Docteur Charlie et mister Johnny Charlie Lewis a 57 ans, un an de moins que Johnny Hallyday mais c'est une pure coïncidence. Il a été marié cinq fois, est père d'un garçon appelé David et d'une fille, mais là aussi, tout n'est que pure coïncidence. Enfin, c'est ce qu'il dit. Il gratte sa guitare depuis l'âge de 16 ans, a fait de la scène et chante le rock, tout simplement et par hasard naturellement. Le plus surprenant dans tout cela, c'est que sa voix rappelle étrangement celle de l'homme au blouson noir – au fait, Charlie a le même, étrange, non ? -. Et pourtant, il ne fait pas exprès : « Je ne l'imite pas quand je chante mais c'est vrai que beaucoup de gens trouvent que nous avons la même voix alors petit à petit, je me suis mis à interpréter ses chansons ». C'est ainsi que tous les vendredis soir, la fièvre monte au « Paradis du ventre », le restaurant de Charlie, situé dans le quartier de Schaerbeek. On passe du tablier de cuisine à la tenue de cuir et aux santiags pour deux heures de folie dont les habitués ont bien du mal à se remettre le lendemain matin. Mais si Charlie n'a pas encore réussi à rencontrer « comme ça, autour d'un verre ou d'une bonne bouffe » son idole, il continue à accumuler les coïncidences. « Il y a deux ou trois ans, Johnny chantait dans le sud de la France. J'étais en vacances à côté alors je suis allé au concert. Il a commencé à chanter « Toute la musique que j'aime… » et tout le système électrique a sauté. Il m'est arrivé exactement la même chose ici. Je faisais une soirée pour un journal, j'ai démarré par « Toute la musique que j'aime… » et au même moment tout a sauté » ! Mais comme le hasard fait bien les choses, nul doute qu'un jour, Charlie croisera la route de Johnny pour un duo sur « Toute la musique » où rien ne sautera plus, si ce n'est le coeur de Charlie. Michèle Noiret Chorégraphe Fille de Joseph Noiret, poète et cofondateur du mouvement expérimental Cobra, Michèle Noiret s'est formée à l'école Mudra créée par Maurice Béjart. Repérée à l'âge de 18 ans par le grand compositeur Stockhausen, elle interprète ses oeuvres pendant treize ans avant de fonder sa propre compagnie en 1986. Bien qu'elle se définisse d'abord comme belge et bruxelloise, c'est la Communauté Française de Belgique qui finance sa compagnie, accueillie en résidence pour quatre ans au Théâtre des Tanneurs de Bruxelles. Sa chorégraphie allie une maîtrise rigoureuse uploads/Geographie/ portraits.pdf
Documents similaires










-
35
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Mar 08, 2021
- Catégorie Geography / Geogra...
- Langue French
- Taille du fichier 10.6991MB