Bogdan Toma Réfléchissant sur l’histoire littéraire et sur la figure du gran
Bogdan Toma Réfléchissant sur l’histoire littéraire et sur la figure du grand écrivain, Chateaubriand déclare : « On renie souvent ces maîtres suprêmes ; on se révolte contre eux ; on compte leurs défauts ; on les accuse d’ennui, de longueur, de bizarrerie, de mauvais goût, en les volant et en se parant de leurs dépouilles ; mais on se débat en vain sous leur joug. Tout se teint de leurs couleurs ; partout s’impriment leurs traces ; ils inventent des mots et des noms qui vont grossir le vocabulaire général des peuples ; leurs expressions deviennent proverbes, leurs personnages fictifs se changent en personnages réels, lesquels ont hoirs et lignée. Ils ouvrent des horizons d’où jaillissent des faisceaux de lumière ; ils sèment des idées, germes de mille autres ; ils fournissent des imaginations, des sujets, des styles à tous les arts : leurs œuvres sont les mines ou les entrailles de l’esprit humain ». Chateaubriand (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (1809-1041, publication posthume 1848), Livre XII, Chapitre 1. Vous analyserez et discuterez ces propos en vous appuyant sur des exemples précis. (Sujet donné au CAPES de Lettres modernes en 2009) Problématique : Dans quelle mesure une nouvelle optique littéraire passe premièrement par un refus de son époque ? Bogdan Toma Introduction : La citation de Chateaubriand, extraite de son œuvre posthume Mémoires d’outre-tombe, remet en question le rôle de l’écrivain, du créateur qui ne possède pas la même position dans l’histoire au long de son existence. Figure principale du romantisme, Chateaubriand crée une figure du génie qui souffre d’incompréhension, il est conscient de son inadéquation dans le monde. Lors de son époque, un génie vient alimenter une réflexion sur le monde, un Weltanschauung propre qui n’est pas nécessairement en concordance avec le quotidien de la société. Dans la courte citation, Chateaubriand évoque plusieurs caractéristiques qu’on retrouve à un génie : On renie souvent ces maîtres suprêmes ; on se révolte contre eux ; on compte leurs défauts ; on les accuse d’ennui, de longueur, de bizarrerie, de mauvais goût, en les volant et en se parant de leurs dépouilles ; mais on se débat en vain sous leur joug. Tout se teint de leurs couleurs ; partout s’impriment leurs traces ; ils inventent des mots et des noms qui vont grossir le vocabulaire général des peuples ; leurs expressions deviennent proverbes, leurs personnages fictifs se changent en personnages réels, lesquels ont hoirs et lignée. Ils ouvrent des horizons d’où jaillissent des faisceaux de lumière ; ils sèment des idées, germes de mille autres ; ils fournissent des imaginations, des sujets, des styles à tous les arts : leurs œuvres sont les mines ou les entrailles de l’esprit humain. On observe les propos de l’auteur sur les « maîtres suprêmes », qui peuvent être perçus différemment pendant leur vie et après. L’accueil d’un souffle nouveau est d’habitude défavorable, mais qui au fer et au mesure devient favorable. L’utilisation du déterminant démonstratif « ces » dans « ces maîtres suprêmes » oppose les grands écrivains, ceux qui par leur génie arrive à imposer un nouveau style, ceux qui brise la norme contre ceux qui « se débat(ent) en vain sous leur joug ». L’accueil de ce qu’on appelle nouveau se place du côté du public et du côté des autres écrivains. Il s’agit d’une hostilité qui se base sur l’incompréhension du message des génies qui font apparaître dans la langue et la culture « des mots et des noms qui vont grossir le vocabulaire général des peuples ; leurs expressions deviennent proverbes, leurs personnages fictifs se changent en personnages réels ». Une fois que la direction et la pensée du génie seront comprises, le public changera l’approche et ce qui est propre à l’auteur devient propre à la culture, à la nation et on s’identifie avec eux, avec leurs écritures, avec leurs personnages. On pourrait identifier un long procès d’intégration, pour ainsi dire, d’un génie dans les cultures nationales et dans les mouvements littéraires et on juge pertinent de se poser la question : dans quelle mesure une nouvelle optique littéraire passe premièrement par un refus de son époque ? Bogdan Toma I. L’accueil des génies : leur apparition et l’acceptation de leur originalité i. La difficulté d’affranchir les seuils littéraires de la société Un mouvement, quel que soit le mouvement, requit une certaine période jusqu’à ce que les récepteurs puissent se l’approprier et le comprendre. La naissance d’un nouveau mouvement dans la littérature se produit afin d’ouvrir « des horizons d’où jaillissent des faisceaux de lumière ». Leurs créateurs mettent en branle un nouveau système qui vient à la rencontre de l’ancien ; considéré souvent comme rouillé. L’apparition d’un nouveau génie littéraire dans le monde de la création artistique peut apparaitre sous la forme d’un déséquilibre entre les goûts de l’époque. C’est une réaction innovatrice contre ce qui est connu et accepté comme habituel. Chateaubriand partage avec Mme de Staël le rôle d’initiateur du romantisme dont le premier écrit René, un jeune homme recherchant sa propre identité. ii. Le génie en décalage avec son époque Le génie s’oppose toujours aux règles du passé et empreinte un volet moderniste qui recherche à enrichir la culture de sa nation et l’esprit humain. L’esprit humain qui pendant l’époque des romantiques était souvent traversé par les échecs guerriers et la chute de l’Empire. Les génies de cette époque font usage des sentiments humains pour donner accès à l’esprit humain à travers la littérature et les mouvements littéraires vers une découverte qui l’enrichit. Le « maître suprême » ne se contente pas de décrire er remettre en question les troubles de son époque, mais il est quelqu’un qui « invente[ent] des mots et des noms qui vont grossir le vocabulaire général de peuple ; leurs expressions deviennent proverbes ; leurs personnages fictifs se changent en personnages réel ». Certains personnages se sont créés une telle renommée grâce à la rupture des mœurs de l’époque que le génie n’a pas suivies et qui a donné naissance aux personnages comme « Emma Bovary » du roman avec le même nom par Gustave Flaubert. iii. Le génie au sein des circonstances historiques de sa nation Chateaubriand a connu un parcours littéraire marqué par ses voyages aux Etats-Unis, en Italie et en Angleterre. Ces voyages ont lui offert le cadre de réflexion sur la religion dans son œuvre Génie du christianisme. Quand on parle d’un génie, le contexte historique de sa nation joue un rôle sur son écriture. Bogdan Toma II. Le génie et son écriture i. L’écrivain et son écriture Le rôle assumé d’un écrivain est celui de donner du sens à son écriture, de laisser une trace. Le dicton latin Verba volant, scripta manent englobe une des tâches de l’écrivain, celle d’écrire. Les génies qui ouvrent de nouvelles voies dans l’histoire littéraire mettent en circulation des idées et « partout s’impriment leurs traces » de la même manière que les mythos primordiales sont devenus « les mines ou les entrailles de l’esprit humain ». On prend comme exemple le mythe d’Ulysse. ii. La frontière entre les génies et les autres Chateaubriand fait une différenciation entre les génies et les autres. Il parle de « ces maîtres suprêmes ». La transmission et l’influence d’un écrivain se produit sous différentes formes. Il réclame même que « on se débats en vain sous leur joug », donc une supériorité du premier. On arrive dans le point de parler du fait que les autres sont éclipsés dans leur travail par les génies. iii. Création d’une conscience collective Tout créateur a un destinataire et dans le cas d’un génie de la littérature, c’est le public. Lucien Goldman dans son livre, Pour une sociologie du roman, met en relation l’ouvre et « le groupe social » qui « se trouve être en dernière instance le véritable sujet de la création ». Un chef-d’œuvre se singularise parmi les autres écritures par son sens de transmission qui touche une collectivité, qui la fait vibrer. Exemple possible : « Confession d’un enfant du siècle », Alfred de Musset III. La notion de postérité de l’écrivain et son avènement au canon i. Acceptation de la critique de la part du public Le génie développe une conscience d’un possible refus de ses idées et il est possible qu’il y ait une acceptation tardive de son œuvre, même posthume. Exemple : Franz Kafka, Amerika ou Le Disparu. ii. La prise du rôle d’innovateur et de visionnaire dans la direction dans laquelle le génie croit. On considère un génie qui vient innover un domaine comme un personne qui poursuit le démantèlement des anciennes habitudes dans la logique de sa persévérance, « ils sèment des idées, germes de mille autres ». Il traverse l’opinion publique et se Bogdan Toma construit une persévérance dans ses idées basée sur un fond de rayonnement de nouvelles règles. Exemple : Jules Verne sur les nouvelles technologies et les voyages. iii. Contribution à la littérature en tant que réinventeur et phénomène de transmission d’un héritage culturel dans uploads/Litterature/ chateaubriand-memoires-d-x27-outre-tombe.pdf
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- Publié le Apv 14, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
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