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HAL Id: halshs-00347059 https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00347059 Submitted on 13 Dec 2008 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Place et rôle de l’oralité dans la critique littéraire africaniste Jean Derive To cite this version: Jean Derive. Place et rôle de l’oralité dans la critique littéraire africaniste. Communication donnée au colloque ”La critique littéraire africaine existe-t-elle?”, Libreville,.. 2007. <halshs-00347059> 1 Place et rôle de l’oralité dans la critique littéraire africaniste Jean Derive, Université de Savoie/ LLACAN Malgré les relents coloniaux que peut avoir le déterminant « africaniste », j’ai finalement préféré cette épithète à celle d’« africaine », l’employant dans le sens où on parle de critique littéraire hispaniste, germaniste ou américaniste, c’est-à-dire d’un champ critique défini par la nature de son objet : des productions littéraires référant à des espace géographico- culturels et éventuellement à des langue propres, censées, malgré leur diversité, avoir de ce fait un certain nombre de traits partagés aptes à former une unité de civilisation. Je ne crois pas en effet à une spécificité essentialiste d’une hypothétique critique littéraire africaine dont la nature la distinguerait radicalement de toutes les autres. Entendons- nous bien. Cela ne signifie pas une adhésion au mythe scientiste d’une critique littéraire universelle transcendant sans problème les cultures particulières, qui, au prétexte qu’elle disposerait d’outils réputés « scientifiques » (science du texte, science de la communication…) pourrait appliquer systématiquement et sans précaution les mêmes procédures à des productions provenant d’horizons culturels différents. Si l’on admet qu’il existe des identités littéraires liées à leur contexte de production, même si elles sont floues et problématiques, il est logique de penser que la nature propre des objets qui les constituent détermine celle des procédures critiques par lesquelles on peut les approcher. Il s’agit là d’une spécificité non plus ontologique mais axiologique se rapportant aux valeurs relatives (relativisées notamment par l’histoire) des productions culturelles étudiées. Qu’en est-il précisément pour ce qui concerne les littératures produites dans l’Afrique subsaharienne ? Les premiers discours critiques qui s’y sont rapportés, véritables métadiscours organisés, ont concerné d’abord les formes orales de l’art verbal, considérées, dans des sociétés de tradition essentiellement orale, comme une sorte de pendant du domaine littéraire des sociétés de tradition à dominante écrite. Comme le pendant certes, mais comme le pendant pauvre, jugé par les auteurs de ces discours, fussent-ils élogieux, avec une certaine 2 condescendance paternaliste ; une sorte de littérature de seconde classe pourrait-on dire, en provenance de populations à l’époque réputées « moins évoluées » aux yeux de l’Occident. Les enjeux des approches critiques des littératures orales africaines Les premiers métadiscours critiques, qui concernent surtout les contes et secondairement les proverbes, sont le fait de voyageurs et de fonctionnaires coloniaux parmi les plus éclairés. Les points de vue critiques alors adoptés se révèlent essentiellement dans les titres des travaux, les préfaces et éventuellement les commentaires… Ainsi, pour ce qui est de la sphère francophone, le titre complet qu’en 1828 le baron Roger (un des tous premiers à avoir porté un regard critique sur la littérature orale d’Afrique subsaharienne) a donné au recueil de contes wolof qu’il avait recueillis est : Fables sénégalaises recueillies de l’Ouolof et mises en vers français, avec des notes destinées à faire connaître la Sénégambie, son climat, ses principales productions, les civilisations et les mœurs de ses habitants1. Deux choses sont à retenir de ce titre : - la finalité attribuée à la glose montre une conception résolument documentaire de la littérature orale wolof, censée plus ou moins « refléter » les valeurs et les pratiques sociales. Commenter de telles œuvres, c’est travailler d’abord à mieux comprendre ce que pensent les peuples à coloniser, à mieux définir leurs modes de représentation et, logiquement, l’intérêt porte surtout sur le contenu du discours ; - pour ce qui est de la forme, la « mise en vers français » suggère implicitement l’appréciation qui a dû être portée sur elle : trop fruste pour accéder au plein statut d’« art littéraire » sans un traitement approprié de l’éditeur de ces contes. Si la mise en vers n’a guère eu de fortune par la suite, le traitement « littéraire » de textes de ce type par les premiers collecteurs coloniaux (voire par les écrivains africains eux- mêmes comme le Sénégalais Birago Diop ou l’Ivoirien Bernard Dadié2) montre assez que ce jugement était largement partagé dans un contexte où l’impérialisme de la culture occidentale n’était guère mis en question. Quant à la conception documentaire de ces patrimoines oraux, la lecture des préfaces ou des essais des premiers successeurs du baron Roger, en Angleterre, en Allemagne, en 1 C’est nous qui soulignons. 2 B. Diop, Les contes d’Amadou Koumba, Paris, Fasquelle, 1947 (rééd. Paris, Présence Africaine, 1961) ; Les nouveaux contes d’Amadou Koumba, Paris, Présence Africaine, 1958. B. Dadié, Le pagne noir, Paris, Présence Africaine, 1955. 3 France3 atteste qu’elle est longtemps restée une conception dominante. Les œuvres publiées (en traduction) sont censées exprimer l’« âme africaine », expression qui a fait florès dans la critique coloniale et qu’on retrouve encore sous la plume de Louis-Vincent Thomas dans l’édition de 1993 de L’Encyclopaedia Universalis à l’entrée Afrique noire : littératures traditionnelles (492-499). Le fait que pendant longtemps, bien après la décolonisation, l’analyse critique de ces littératures orales soit restée essentiellement aux mains des ethnologues est significatif du fait que ce point de vue a continué d’être privilégié, même s’il a évolué et s’est considérablement affiné grâce au développement des sciences humaines. A la naïve problématique du reflet a succédé celle de la pensée symbolique et de l’approche psychanalytique4, mais c’est l’étude de contenu qui domine et, avant les travaux de Ruth Finnegan en Angleterre (1967) et de Geneviève Calame-Griaule en France (1967, 1971, 1974, 1977), la nature orale de ces productions est assez peu prise en compte. C’est autour des années soixante-dix que se situe la première rupture importante quant au mode d’approche critique de la littérature orale. Compte tenu de l’époque, on pourrait penser qu’il s’agit là d’une conséquence de la décolonisation et de l’irruption dans le domaine de la critique en littérature orale des chercheurs africains. Sans doute ces facteurs ont-ils joué en partie, mais une cause au moins aussi importante de cette rupture tient à l’évolution même de la théorie en matière de critique littéraire. L’héritage du formalisme et l’émergence du structuralisme mettent en évidence la forme comme lieu de sens et proclament l’indissociabilité de la forme et du contenu dans le processus de constitution du sens du discours. Ces théories vont avoir un impact important sur les travaux africanistes relatifs à l’oralité. Elles conduisent en effet les chercheurs à s’intéresser davantage et autrement à la forme des discours qu’ils étudient. Comme elles coïncident logiquement avec une percée spectaculaire de la linguistique dans les sciences humaines, c’est le moment où les linguistes vont prendre le relais des ethnologues « classiques » dans l’étude des littératures orales africaines. Ces mutations ne seront pas sans conséquences sur les études consacrées à l’oralité en Afrique, conséquences déjà sensibles dans l’évolution de la politique d’édition des œuvres 3 A titre d’exemple, parmi beaucoup d’autres, A. M. Jephson, Stories told in an African Forest, Samston Low Marston, 1893 ; H. M. Stanley, My Dark Companions and their Strange Stories, 1893 ; F. V. Equilbecq, Essai sur la littérature merveilleuse des Noirs suivi de Contes indigènes de l’Ouest africain, Paris, Leroux, 3 vol., 1913-1916 ; L. Frobenius, Atlantis, Volksmärchen und Volksdictungen Afrikas, Jena, E. Diederichs, 1921- 1928… 4 Voir en France les travaux de Marcel Griaule, Germaine Dieterlen, Dominique Zahan, Geneviève Calame- Griaule, Denise Paulme… 4 ressortissant à ce domaine. Les éditions bilingues se développent et en même temps manifestent beaucoup plus d’exigences : graphies phonologiques, commentaires linguistiques expliquant les valeurs expressives de la langue originale… Cette nouvelle façon de considérer les productions de l’oralité africaine va faciliter les ponts entre la critique africaniste et d’autres espaces critiques se rapportant à d’autres oralités, ailleurs dans le monde. C’est ainsi qu’à partir des années quatre-vingt, les liens se multiplient par exemple entre les critiques spécialisés dans l’étude de l’oralité africaine et les médiévistes européanistes habitués eux aussi à aborder les productions littéraires médiévales selon une problématique de l’oralité qui, jusqu’à l’avènement généralisé de l’imprimerie, est un mode de fonctionnement culturel dominant toujours largement les sociétés européennes. Le critique canadien Paul Zumthor (1983) a joué à cet égard un rôle de pionnier. De la même façon, une collaboration de plus en plus étroite s’est instaurée avec les tenants de ce qu’on a appelé l’école de l’Oral Poetry, héritiers de l’homériste américain Milan Parry (1928) et de son disciple Albert Lord (1960, uploads/Litterature/ place-et-role-de-l-oralite-dans-la-critique-litteraire-africaniste.pdf
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- Publié le Aoû 01, 2022
- Catégorie Literature / Litté...
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