1 Publié à l’origine dans Estudios Eclesiásticos, Comillas, numéro 329, juin 20

1 Publié à l’origine dans Estudios Eclesiásticos, Comillas, numéro 329, juin 2009 Le Cœur de Jésus : une source qui étanche notre soif Notes pour un renouveau de la théologie du Sacré‐Cœur 1 Gabino Uríbarri, s.j. Université pontificale de Comillas, Madrid « Mes bien‐aimés, si Dieu nous a aimés à ce point, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres » (1 Jn 4,11). « Lui, [sc. le saint diacre] se maintint inflexible et ferme, constant dans la confession, aspergé et fortifié par la source céleste de l’eau vive jaillissant des entrailles [nhdu/oj] du Christ » (Actes des martyrs de Lyon et de Vienne, dans EUSÈBE, HE, V, 1,22). Certains considèrent peut‐être la théologie du Cœur du Christ comme une chose obsolète et surannée, excessivement sentimentaloïde et de mauvais goût, emmêlée dans les formes d’une époque dont il est impossible de l’extraire2 . Quant à moi, progressant dans le sillon de la charge renouvelée par Jean Paul II le 5 octobre 1986 à la Compagnie de Jésus de propager la dévotion au Sacré‐Cœur3, charge confirmée par Benoît XVI à l’occasion du cinquantième anniversaire de 1 Elles reproduisent avec légères retouches la communication présentée lors du Congrès international Expérience et mystère de Dieu, organisé par l’Institut de spiritualité de l’Université pontificale de Comillas, Madrid, 24-27 octobre 2007. Le thème que j’avais été chargé de développer s’énonçait ainsi : L’amour envers Jésus-Christ. Théologie du Sacré-Cœur. Les exposés et les communications seront publiées par la maison d’édition Saint Paul, éditées par P. CEBOLLADA. Une version abrégée de ce texte a été publiée dans la revue Sal Terrae 96 (juin 2008) 499-512. 2 PIE XII se fait déjà l’écho de quelques difficultés, Haurietis aquas (1956), alinéas 3 et 28. (Pour cette encyclique et pour celle de Pie XI, Miserentissimus Redemptor (1928), j’utilise l’édition de F. GUERRERO (ed.), Le magistère pontifical contemporain I, BAC, Madrid 1991, 799-822 [HA] et 734-743 [MR], respectivement). Cf. en plus: R. GUTZWILLER, "Difficultés", dans J. STIERLI (ed.), Cor salvatoris, Herder, Barcelone 1958, 33-52 ; K. RAHNER, "Quelques thèses concernant la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus" dans Cor salvatoris, 209-246, 227 ; J. STIERLI, "Herz Jesu", dans LThK² V (1960) c. 289 ; P. ARRUPE, Face à une nouvelle situation : difficultés et chemins (27.04.1972), recueilli dans ID., En Lui seul l’espérance : choix de textes sur le Cœur du Christ, préface de K. RAHNER, Secrétariat général de l’Apostolat de la Prière, Rome 1983, 18-28 ; M. M. GONZÁLEZ et GIL DE S., "Le problème de la position du thème du Sacré-Cœur dans le traité de christologie", dans R. VEKEMANS (ed.), Cor Christi. Histoire – théologie, spiritualité et pastorale, Institut international du Cœur de Jésus, Bogotá 1980, 351-359 ; M. WALSH, "Quelques réflexions sur la théologie de la dévotion au Sacré-Cœur", Cor Christi, 360-368 ; C. POZO, "La réparation au Cœur du Christ et les nouvelles tendances christologiques", Cor Christi, 547-556 ; I. DE LA POTTERIE, Le mystère du cœur transpercé. Fondements bibliques de la spiritualité du Cœur de Jésus, Dehoniane, Bologne 1988, 7, 55-57, 93. 3 Cf. le numéro extraordinaire de Prier et Servir (1989/2). Cf. en plus Normes Complémentaires § 267, 1. 2 l’encyclique Haurietis aquas de Pie XII4, j’exposerai le plus brièvement possible son fondement théologique et quelques‐unes de ses perspectives5, mais avant tout, il sera nécessaire de situer d’une façon correcte l’horizon d’approximation. 1. L’HORIZON DE BASE D’APPROXIMATION : LA PERSPECTIVE DU CŒUR 1.1. CŒUR, LE MOT PRIMORDIAL DE L’ECRITURE Le mot Cœur est primordial dans de nombreuses cultures, y compris dans la nôtre ; c’est une protoparole6 qui nous situe face à ce qui est basique et fondamental, devant quelque chose d’originaire et de profond, jamais tout à fait pénétrable par la conceptualisation rationnelle. Le cœur dit, exprime la personne considérée dans son ensemble, dans sa vérité et son authenticité, comme le dénote l’expression espagnole : « je te le dis, le cœur sur la main ». Le cœur fait référence à la profondeur de la personne, à son intériorité, à ses pensées et à ses sentiments les plus vrais, à sa qualité la plus achevée. Les verbes qui se conjuguent avec le cœur se réfèrent à la personne dans son authenticité et dans son intériorité, au centre et au plus profond de son âme ; ainsi, par exemple, le cœur se partage, se gèle, se serre, se donne, s’élargit, s’ouvre. On peut être de "bon cœur" ou agir comme quelqu’un qui "n’a pas de cœur". L’Ecriture recueille en lignes générales cette façon de voir7. Pour l’AT, le cœur désigne l’organe corporel mais il s’emploie beaucoup plus fréquemment au sens figuré. Ainsi, cœur, (lêb, lêbãb) se réfère à l’intimité de la personne, à son centre. On attribue au cœur bon nombre d’opérations spirituelles. Il est le siège du désir, de la volonté, des sentiments et de la connaissance. Aimsi le cœur en vient‐t‐il à désigner la personne tout entière. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que le cœur est le siège décisif de la relation avec Dieu. Le bon israélite se distingue parce qu’il cherche Yahvé de tout son cœur et de tout son être (Dt 4,29) et parce qu’il intériorise la prière du shemá : « Ecoute, Israël, Yahvé est notre Dieu, Yahvé seul. Tu aimeras Yahvé, ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton être, de toutes tes forces » (Dt 6,4‐5; cf. 10,12; 11,13). Dieu connaît et scrute en profondeur le cœur humain (Jr 17,10). 4 BENOIT XVI, Lettre au Préposé général de la Compagnie de Jésus, P. Peter-Hans Kolvenbach, à l’occasion du 50e anniversaire de la publication de l’encyclique "Haurietis aquas" de Pie XII, sur le culte du Sacré-Cœur de Jésus (23. 05. 2006). 5 Pour une bonne présentation d’ensemble : "Herz Jesu", dans LThK³ V (1996) c. 51-58; J. SOLANO, "Introduction. Synthèse de ce qu’est la dévotion au Sacré-Cœur", dans Cor Salvatoris, 13-32. 6 K. RAHNER, «Regarde ce cœur!» dans Ecrits de Théologie III, Taurus, Madrid³, 1968, 357-367. 7 L’information de base se trouve dans certaines contributions de Cor Christi : H. CAZELLES, "Le cœur dans la Bible", 215-221; S. GAROFALO, "Le cœur, dans la Bible, centre de la personne humaine", 222-228; A. DOPKINS, "Base scriptutaire pour la théologie du Sacré-Cœur", 229-254; S. TALAVERO, "«Cœur » dans certains contextes bibliques et dans le cadre trinitaire de la dévotion au Cœur de Jésus", 255-273; J. HEER, "Le cœur transpercé. Comparaison entre la théologie de saint Jean et le culte du Sacré-Cœur de Jésus", 288-303. Aussi dans les dictionnaires généraux : ‘b’ l – lêb – Cœur’, dans THAT l, c. 861-867; ‘Cœur’, dans L. COENEN – E. BEYTEUTHER – H. BIETENHARD, Dictionnaire théologique du Nouveau Testament, Suis-moi, Salamanque 1980, l, 339-341; ‘kardi/a’, dans H. BALZ – G. SCHNEIDER, Dictionnaire exégétique du Nouveau Testament, Suis-moi, Salamanque 1996, l, c. 2195-2199. Cf. aussi P. MOURLON, L’homme dans le langage biblique, Verbe Divin, Estella ³1988; H. WOLFF, Anthropologie de l’Ancien Testament, Suis-moi, Salamanque ²1997 (or. 1973), 63-86. 3 L’Ecriture nous parle aussi d’un cœur de Dieu, avec des désirs, des sentiments, des projets, de la compassion et de la connaissance (p.ex. : Gn 6,6; 8,21; Os 11,8; 1 R 9,3; Jr 7,31; 44,21). C’est pourquoi l’on peut reconnaître un désir de Dieu de faire la circoncision des cœurs (Dt 10,16; 30,6), pour qu’ils parviennent à une connaissance authentique de Dieu, incluant la conduite corrélative. L’alliance nouvelle signifiera la substitution d’un cœur de pierre, endurci et ignorant de Dieu, par un cœur de chair, qui plaise à Dieu et vraiment le connaisse (cf. Ez 36,26; Jr 31,33‐34). Avec l’alliance nouvelle dans le Christ, nous a été donnée la circoncision de ce cœur nouveau (Rm 2,29). Dans le NT, cette compréhension du cœur, tirée de la mentalité biblique est fondamentalement continuée. Au‐delà de ce que nous avons déjà indiqué, l’accent est porté davantage encore, si c’est possible, sur le fait que le cœur est le centre de la vie spirituelle, pour le meilleur et pour le pire. En effet, c’est du cœur que naissent les meilleures et les pires inclinaisons humaines (par ex : Mc 7,21; Rm 2,5; 8,27; 10,10; 1 Co 14,25; 2 Co 3,14; 1 Th 2,4; 2 Th 3,5; He 3,12), l’obéissance à Dieu et l’obstination. On demande à Dieu qu’il fortifie le cœur du croyant (1 Th 3,11‐13; 2 Th 2,16‐17; 3,5). La conversion du cœur, d’une importance énorme (1 Co 4,5), s’identifie avec la foi, qui est l’œuvre de Dieu (Ac 16,14). Cette conversion est rendue durable par l’inhabitation de l’Esprit chez les croyants (Rm 5,5; 2 Co 1,22; Ga 4, 6‐7), transformant leurs cœurs, les menant à une vie authentique dans le Christ, grâce à laquelle ils connaissent maintenant Dieu, ils lui plaisent, ils se remplissent de sa connaissance. Ils vivent et ils sont dans le Christ ; ils aiment leurs frères dans le Christ (Ph 1,8) et ils se comportent avec un cœur pur (cf. He 10,22; 1 Jn 1,7), dans lequel le Christ habite (Ep 3,17). Ainsi, la semence du Royaume de Dieu que Jésus‐Christ uploads/Religion/ le-coeur-de-je-sus-une-source-qui-e-tanche-notre-soif-notes-pour-un-renouveau-de-la-the-ologie-du-sacre-coeur-1.pdf

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  • Publié le Apv 13, 2021
  • Catégorie Religion
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