Mode de vie et organisation sociale Les anciens Amazighs avant les Phéniciens 3
Mode de vie et organisation sociale Les anciens Amazighs avant les Phéniciens 31 mars 2017 Histoire antique PROBLÉMATIQUE DE RECHERCHE Les textes anciens qui commencent avec Hérodote au Ve siècle ne parlent que des anciens habitants du littoral. Ce n’est qu’à partir de l’expédition d’Agathocle (310-307) que les Grecs commencèrent à signaler quelques caractères relatifs aux Libyens qui furent souvent déformés à travers les époques. Les gravures rupestres qui fournissent des renseignements importants sur les anciens Nord-Africains ne permettent pas de datation précise. Quant à l’épigraphie libyque qui pourrait nous aider à mieux percevoir leur genre de vie ainsi que leur organisation sociale, elle est encore loin d’être complètement déchiffrée et la datation des inscriptions n’est pas facile à établir avec certitude. Dans l’état actuel des recherches, l’élément qui fournit le plus d’informations à ce sujet demeure l’archéologie funéraire. Cependant, le problème de la chronologie reste un obstacle, car la céramique amazighe ancienne présente des caractéristiques identiques à certaines poteries actuelles, produites encore dans quelques campagnes du Maghreb 2. VISION DES AUTEURS ANCIENS Polybe, qui a côtoyé ce roi, affirme qu’avant lui « la Numidie était inutile et considérée comme incapable, par sa nature, de donner des produits cultivés. C’est lui le premier, lui seul, qui montra qu’elle peut leur donner tout, autant que n’importe quelle autre contrée, car il mit en pleine valeur de très grands espaces 3 ». Et, selon Strabon, « Massinissa rendit les Numides sociables et en fit des agriculteurs 4 ». À lire ces auteurs, dont la liste est longue, on croirait que la seule durée du règne de Massinissa a pu suffire à faire passer le vaste pays et ses Numides d’un état sauvage et ignorant à un état civilisé et riche ; c’est ce qui s’approche, en quelque sorte, de la définition que l’on donne du mot miracle. Malheureusement, de nombreux auteurs modernes ont pris ces assertions à la lettre et ont même rajouté que ce roi aurait été à l’origine de l’écriture libyque 5. Quelle est donc la part de vérité dans ces assertions ? Pour répondre à cette question, il serait nécessaire d’orienter la recherche pour relever l’absence ou la présence des éléments qui sont généralement considérés comme les fondements essentiels de toutes les civilisations antiques. À savoir : l’agriculture, l’artisanat ou l’industrie, le commerce, l’usage des métaux et, enfin, l’organisation sociale en général, avec toutes ses dimensions culturelle, politique, militaire et religieuse. L’AGRICULTURE CHEZ LES ANCIENS AMAZIGHS Restes archéologiques et documents rupestres Les archéologues ont mis à jour un grand nombre de vestiges, recueillis dans les nécropoles anciennes : bols, jattes, gobelets, assiettes, grands plats servant à la cuisson du pain, ainsi que des restes d’animaux. Ce qui prouve l’existence de peuplades importantes de sédentaires qui pratiquaient l’agriculture et l’élevage. En outre, les botanistes ont confirmé que la culture des céréales était pratiquée chez les Amazighs bien avant le contact avec les Phéniciens. À côté des sédentaires qui, comme on peut l’imaginer, occupaient les zones pluvieuses et fertiles, d’autres Libyens se livraient à l’élevage et à la chasse. C’est en tout cas ce que suggèrent les gravures rupestres et l’archéologie des nécropoles. En effet, des scènes représentant des hommes armés d’arcs, de flèches et de javelots face à des animaux, montrent l’importance de la chasse pour ces hommes 6. On en conclut que les Libyens se divisaient en sédentaires cultivateurs et nomades éleveurs et chasseurs 7. Sur les gravures rupestres du Haut Atlas marocain – dans l’Oukaïmeden, au sud de Marrakech – figurent des armes en bronze qui remontent au IIe millénaire av. J.-C. Gabriel Camps a fait le rapprochement avec des objets analogues – figurés au mont Bégo, à la frontière franco-italienne – réalisés par des artistes qui n’étaient pas « seulement des pasteurs mais aussi des laboureurs 8 ». À côté de ces armes, on remarque des scènes de labour ; l’une d’elles représente deux bœufs attelés poussés par un laboureur, ce qui montre clairement que l’agriculture était pratiquée dès cette époque 9. En Algérie, à Douar Tazbent, à quelques kilomètres de Tébessa, on a détecté des traces anciennes d’aménagement agricole dont la cadastration est adaptée à la topographie du lieu 10. Il s’agit d’une montagne, ressemblant à celles du Haut Atlas, où l’on trouve encore de nos jours les traces d’installations hydrauliques sous forme de murettes en calcaire conçues pour retenir l’eau et la terre, et qui sont nettement visibles, aussi bien dans cette région que dans d’autres montagnes du Maghreb 11. Les traces de ces quadrillages et la disposition des compartiments autour des montagnes montrent bien que cette technique est antérieure à l’époque romaine 12 et vraisemblablement aussi aux Phéniciens. L’utilisation de la houe et de la charrue est attestée chez les Amazighs de la Kabylie et ceux du Sud marocain (les Chleuhs). La charrue fut utilisée après la houe, mais également avant l’introduction phénicienne et romaine de cet outil. La différence entre l’araire amazigh, constitué de deux pièces, et celui des Phéniciens et des Romains, de trois pièces (l’araire dental), confirme l’origine indigène du premier. Cet outil, appelé araire manche-sep, s’étend au Maroc, en Algérie et au nord de la Tunisie ; soit pratiquement les zones où l’on a découvert le plus de poteries, le plus de traces de la culture, et où se situent tous les grands groupes Amazighs du Maroc, de la Kabylie et de l’Aurès 13. Confirmations linguistiques et techniques botaniques Mieux encore, les études linguistiques effectuées auprès des populations amazighs révèlent la richesse de leur vocabulaire : des mots et des techniques relatifs à la culture des céréales et arbres fruitiers, ce qui milite en faveur de la parenté amazigh de ces cultures. Voir les tableaux suivants : Ce tableau appelle deux remarques intéressantes : la première, que les mots qui désignent les céréales de l’Afrique du Nord sont tous des mots appartenant au parler amazigh qui ne se rapprochent d’aucun mot étranger ; la seconde est encore plus intéressante dans la mesure où, non seulement les Amazighs du Maghreb désignent ces céréales par des mots communs, mais également ceux qui habitent en dehors de cette zone, qu’ils soient à l’ouest de l’Égypte, en Tripolitaine, au Sahara, chez les Touaregs ou même aux îles Canaries. Enfin, il existe un mot qui est commun chez tous les Amazighs pour désigner tous les grains de céréales sans préciser l’espèce, c’est le mot inendi. Pour la culture arbustive, nous avons dressé le tableau page suivante. La désignation de l’olivier par le mot di, udi et surtout hat qui se rapproche du terme égyptien qui signifie « huile d’olive », supposerait une origine par l’intermédiaire de l’Égypte. L’olivier est connu chez les Phéniciens depuis la Haute Antiquité ; il est désigné par le mot zeitoun et l’huile tirée de ce fruit par zit. Ces deux mots sont, il est vrai, couramment employés dans le vocabulaire amazigh. Et l’emprunt des mots étrangers par la langue locale n’implique pas forcément l’introduction de la chose désignée. Pourtant, les techniques de l’extraction de l’huile ou du vin étaient de pratique courante chez les Amazighs avant même le contact avec Carthage. L’oléastre dont le fruit est oléagineux, est un arbre indigène en Afrique du Nord qui pousse à l’état naturel comme la vigne et l’amandier 17. Scylax a déjà signalé l’importance de l’oléastre dans l’alimentation des anciens habitants de Djerba, en Tunisie qui, en pressant ses fruits, obtenaient de l’huile 18. Par ailleurs, il indique que les Éthiopiens, qui commençaient avec les Phéniciens à Cerné, « mangent de la viande et boivent du lait, ils font beaucoup de vin de leurs vignes que les Phéniciens exportent 22 ». Ces Éthiopiens qui, selon le périple d’Hannon vivaient à Cerné, à douze jours seulement de navigation des colonnes d’Hercule, ne pouvaient être que des Amazighs du Sud du Maroc. Une autre sorte de vin, tiré du lotus dans les régions de la côte tripolitaine, a été signalée par Hérodote 23. L’importance de ces produits dans l’alimentation des Amazighs nécessite sûrement une grande quantité de grains d’oléastre et de vignes, ce qui exigeait certainement la maîtrise d’une technique plus ou moins développée, pour soigner les arbres et même les greffer ou les planter afin d’obtenir de bons rendements. Les mots amazighs désignant un bon nombre d’espèces arbustives ne laissent aucun doute sur l’origine indigène de cette culture qui ne devait rien au départ aux colons phéniciens. (Voir le tableau ci-après.) Conclusion On peut donc conclure qu’avec les données dont on dispose actuellement, l’ancienneté de l’agriculture amazighe ne laisse aucun doute. Le mobilier funéraire qui livre un nombre important de céramiques, l’utilisation de la houe, de l’araire manche-sep, la maîtrise des techniques de l’attelage à des bœufs, l’existence ancienne de ces quadrillages hydrauliques et l’emploi des termes amazighs qui connotent ces techniques et cette culture prouvent la grande ancienneté de cette « civilisation rurale berbère 27 ». Elle est ainsi à rapprocher de l’ancienne agriculture qui se pratiquait de l’autre côté de la Méditerranée, à savoir en Sicile, en Italie méridionale et en Espagne uploads/Societe et culture/ mode-de-vie-et-organisation-sociale-les-anciens-amazighs-avant-les-pheniciens-31-mars-2017-histoire-antique-problematique-de-recherche-les-textes-anciens-qui-commencent-avec-herodote-au-ve-siecle-ne.pdf
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- Publié le Sep 15, 2022
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