- Obéir à la société ?... reprit la marquise en laissant échapper un geste d'ho

- Obéir à la société ?... reprit la marquise en laissant échapper un geste d'horreur. Hé ! monsieur, tous nos maux viennent de là. Dieu n'a pas fait une seule loi de malheur ; mais en se réunissant les hommes ont faussé son œuvre. Nous sommes, nous femmes, plus maltraitées par la civilisation que nous ne le serions par la nature. La nature nous impose des peines physiques que vous n'avez pas adoucies, et la civilisation a développé des sentiments que vous trompez incessamment. La nature étouffe les êtres faibles, vous les condamnez à vivre pour les livrer à un constant malheur. Le mariage, institution sur laquelle s'appuie aujourd'hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l'homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l'homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh ! monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu'il se pratique aujourd'hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. Mais moi seule parmi les malheureuses créatures si fatalement accouplées je dois garder le silence ! moi seule suis l'auteur du mal, j'ai voulu mon mariage. Elle s'arrêta, versa des pleurs amers et resta silencieuse. - Dans cette profonde misère, au milieu de cet océan de douleur, reprit-elle, j'avais trouvé quelques sables où je posais les pieds, ou je souffrais à mon aise ; un ouragan a tout emporté. Me voilà seule, sans appui, trop faible contre les orages. - Nous ne sommes jamais faibles quand Dieu est avec nous, dit le prêtre. D'ailleurs, si vous n'avez pas d'affections à satisfaire ici-bas, n'y avez-vous pas des devoirs à remplir ? - Toujours des devoirs ! s'écria-t-elle avec une sorte d'impatience. Mais où sont pour moi les sentiments qui nous donnent la force de les accomplir ? Monsieur, rien de rien ou rien pour rien est une des plus justes lois de la nature et morale et physique. Voudriez- vous que ces arbres produisissent leurs feuillages sans la sève qui les fait éclore ? L'âme a sa sève aussi ! Chez moi la sève est tarie dans sa source. Balzac : Extrait de La femme de trente ans, chapitre 2. Texte C : ZOLA, Germinal, 3ème Partie, 3, 1885. [Etienne Lantier, mineur logé chez les Maheu, discute avec eux chaque soir des conditions de vie des mineurs.] Un silence se faisait, tous soufflaient un instant, dans le malaise vague de cet horizon fermé. Seul, le père Bonnernort1, s'il était là, ouvrait des yeux surpris, car de son temps on ne se tracassait pas de la sorte: on naissait dans le charbon, on tapait à la veine2, sans en demander davantage; tandis que, maintenant, il passait un air qui donnait de l'ambition aux charbonniers. - Faut cracher sur rien, murmurait-il. Une bonne chope est une bonne chope ... Les chefs, c'est souvent de la canaille; mais il y aura toujours des chefs, pas vrai ? inutile de se casser la tête à réfléchir là-dessus. Du coup, Etienne s'animait. Comment! la réflexion serait défendue à l'ouvrier ! Eh ! justement, les choses changeraient bientôt, parce que l'ouvrier réfléchissait à cette heure. Du temps du vieux, le mineur vivait dans la mine comme une brute, comme une machine à extraire la houille, toujours sous la terre, les oreilles et les yeux bouchés aux événements du dehors. Aussi les riches qui gouvernent, avaient-ils beau jeu de s'entendre, de le vendre et de l'acheter, pour lui manger la chair: il ne s'en doutait même pas. Mais, à présent, le mineur s'éveillait au fond, germait dans la terre ainsi qu'une vraie graine; et l'on verrait un matin ce qu'il pousserait au beau milieu des champs: oui, il pousserait des hommes, une armée d'hommes qui rétabliraient la justice. Est-ce que tous les citoyens n'étaient pas égaux depuis la Révolution ? puisqu'on votait ensemble, est-ce que l'ouvrier devait rester l'esclave du patron qui le payait ? Les grandes Compagnies, avec leurs machines, écrasaient tout, et l'on n'avait même plus contre elles les garanties de l'ancien temps, lorsque les gens du même métier, réunis en corps, savaient se défendre. C'était pour ça, nom de Dieu ! et pour d'autres choses, que tout péterait un jour, grâce à l'instruction. On n'avait qu'à voir dans le coron3même : les grands-pères n'auraient pu signer leur nom, les pères le signaient déjà, et quant aux fils, ils lisaient et écrivaient comme des professeurs. Ah ! ça poussait, ça poussait petit à petit, une rude moisson d'hommes, qui mûrissait au soleil ! Du moment qu'on n'était plus collé chacun à sa place pour l'existence entière, et qu'on pouvait avoir l'ambition de prendre la place du voisin, pourquoi donc n'aurait-on pas joué des poings, en tâchant d'être le plus fort ? 1. Bonnemort : surnom d'un vieux mineur, Vincent Maheu, grand-père d'une famille nombreuse employée à la mine. 2. veine : désigne la couche de charbon, le filon de houille. 3. coron : habitat dans lequel logent les familles des mineurs. I) Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) : QU'EST-CE QUI, SELON LES QUATRE TEXTES DU CORPUS, PERMET À L'HOMME D'ÊTRE LIBRE ? II) Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) : Commentaire : Vous commenterez le texte de La Fontaine (texte A) Dissertation : Comment la littérature, à travers différents genres littéraires, permet-elle de questionner et d'améliorer la condition humaine ? Vous développerez votre propos en vous appuyant sur les textes du corpus, les oeuvres étudiées en classe et celles que vous avez lues. uploads/s1/ difference-femme.pdf

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  • Publié le Sep 09, 2021
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