AL. GAYET L'ART COPTE ÉCOLE D'ALEXANDRIE — ARCHITECTURE MONASTIQUE SCULPTURE —

AL. GAYET L'ART COPTE ÉCOLE D'ALEXANDRIE — ARCHITECTURE MONASTIQUE SCULPTURE — PEINTURE ART SOMPTUAIRE ILLXJSTHATIONS IDE L'AUTEUH PARIS ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 28, RUE BONAPARTE 1902 r^ di PL I. Église du Mohallakah. Boiserie incrustée d'ivoire, à droite du chœur. Sainl Georges sur les dragons. — Musée égyplien du Caire. PRÉFACE C'est une tâche ingrate, que de se faire le défenseur d'un art méconnu ; c'en est une plus ingrate encore, que d'entre- prendre de présenter un art inconnu ou dont, tout au plus, le nom a été cité, de loin en loin, dans ({uelques notices archéologiques; et cependant, c'est cette tâche que je vais assumer ici, en essayant de faire connaître l'art copte au grand public. Et d'abord, qu'est-ce que l'Art Copte? Et d'où vient ce nom d'art copte? La réponse à la première de ces deux questions est fort simple. L'art copte fut, en Egypte, celui des adeptes de la foi chrétienne, selon la formule de l'Église d'Alexandrie, du iv^ au vn^ siècle de notre ère, et pourrait même, de ce fait, être désigné du nom d'art alexandrin. L'étymologie du mot est beaucoup plus difficile à établir d'une façon précise. Selon les uns, il dérive du nom de la ville de Coptos, grosse bourgade de Thébaïde, qui fut le berceau de la foi alexandrine : selon les autres, — et les arguments PREFACE invoqués par eux semblent, de beaucoup, les plus probants, — il serait la transcription du nom même de l'Egypte, Ha- gha-Phtah, la demeure de Phtah, Memphis, dont les Grecs firent ayrarioç, — iEgyptios, — l'Egypte, les Egyptiens ; et qui, corrompu aux basses époques, aurait revêtu la forme Goup- tios, Goupti, qu'il conserve encore aujourd'hui. Quoi qu'il en soit de ces deux systèmes, ce qu'il importe de dégager est ce (|ue furent les tendances qui, à ce moment, renouvelèrent Fart de l'Egypte et firent d'elles l'une des plus curieuses manifestations de la pensée chrétienne, tout en montrant combien, à travers cette manifestation singulière, la survivance des doctrines antiques perce encore, à chaque pas, dans les monuments qui ont servi à l'interpréter. L'intérêt qui s attache à cette analyse se double d'une ques- tion d'histoire d'art, souvent abordée, jamais résolue, en dépit des plus subtiles théories : celle de l'origine de Fart arabe. Longtemps, on s'évertua à chercher celle-ci à travers les monuments sassanides et byzantins. Pour ce qui est des premiers, les pubhcations récentes de MM. Dieulafoy et de Morgan ont laissé bien peu de place à cette hypothèse. Quant aux seconds, bien (jue certains points de contact militent en faveur d'un rapprochement, ils ne sauraient être considérés comme les ancêtres directs des monuments arabes, eux non plus. On a fait valoir l'analogie de quelques formes : mais, si la facture conserve un air de parenté lointaine, la philosophie de cette forme est, du tout au tout, différente ; ou plutôt, n'existe pas dans l'œuvre byzantine, alors qu'elle se dégage de toutes les lignes de celle ({ui a interprété la doctrine de l'Islam. Faut-il voir là des divergences religieuses? L'hypothèse est inadmissible, car on constate le plus souvent que l'artiste au service des khalifes de Baghdad ou du Caire était un chrétien, ou tout au plus un néophyte, qui, s'il était un enthousiaste ardent de la foi du Prophète, n'avait rien d'un théologien. S'il faisait de l'esthétique, c'était sans le savoir, de même que ses prédécesseurs de l'époque antique. Toute la distance qui PREFACE m sépare la Grèce byzantine de l'Orient musulman tient dans cette opposition. Le Grec ne voit que l'extériorité des choses ; l'Oriental est un philosopiie-né, indifférent à la forme, et pour qui la pensée à exprimer est tout. C'est cette inclination, qui déjà est celle de l'artiste copte, quand l'introduction du christianisme a changé la face de l'Egypte, et que la religion de celle-ci, si vieille, qu'elle semble reculer jusqu'au premier siècle de la civilisation, a disparu, sans laisser de trace apparente dans l'esprit du croyant. Qu'à cette heure, les formules d'art mises en œuvre pour interpréter le dogme alexandrin aient été empruntées au répertoire de Byzance, c'est fort possible, probable même. Mais, les aspirations des chrétiens d'Egypte ne pouvaient être celles des chrétiens de Byzance; et, fatalement, ces formules, pour rester fidèles à ce principe primordial de l'art, qu'il doit être le reflet de la pensée de l'homme, devaient se modifier et se transformer. Le dogme aussi, à l'origine, suivait bien à la lettre l'enseignement des conciles et les rites de Byzance : d'innombrables martyrs étaient morts pour eux. Et ce])endant, un demi siècle ne s'était pas écoulé, depuis l'avènement de Constantin, qu'un schisme terrible, marqué par des persécu- tions et des massacres séparait pour toujours l'Egypte du reste de rÉghse orientale, et faisait de l'Éghse alexandrine une confession à part. Tout cela a été méconnu, de nos jours, par ceux qui, de même que les Grecs des temps anciens, ne s'attachent qu'à l'extériorité et s'arrêtent volontiers à des analogies plus ou moins accusées. Un monument primitif, et qui, par consé- quent, procède directement de l'enseignement reçu, les a-t-il frappés, ils en ont conclu que cette œuvre isolée résume tout l'art alexandrin. Ils ont jugé celui-ci d'après ce spécimen, et l'ont classé, sans plus d'examen, d'une façon définitive. Comment d'ailleurs en pourrait-il être autrement. Notre sens critique a été faussé par une éducation exclusive, faite d'ad- miration sans bornes pour l'art de la Grèce païenne, de dédain IV PREFACE pour tout ce qui a germé ailleurs. Or, la Grèce n'a été ni con- templative, ni méditative, ni symboliste, ni mystique. Et tout cela, l'Orient l'a été. Aussi, tandis que les œuvres grec(jues, que de confiance nous admirons, ne sont que l'expression d'une sensualité brutale, d'où toute trace de ])ensée est absente, l'œuvre orientale, si raide et si figée soit-elle, est comme le mirage de cette pensée, dont l'âme a vécu, ainsi qu'en un songe. Que l'enthousiasme emporte l'artiste, le voile de rêve tombe, et c'est l'âme qui nous apparaît à nu. Mais, si l'on pousse l'amour du grec jusqu'à nous apprendre ce qui, pour le sculpteur du temps de Périclès, constituait les règles de la plastique, les proportions de ces beaux animaux hu- mains, dont Phidias et Praxitèle fixèrent ce qu'aujourd'hui on appellerait les perforina7iccs\ si l'on nous ressasse, à satiété, les plaisanteries faciles d'Aristophane à l'adresse des formes grêles des penseurs, on nous laisse ignorer le premier mot du symbolisme oriental, tant et si bien, que nos maîtres les plus écoutés en sont réduits à juger d'après les règles de l'esthé- tique hellénique, ou d'après notre manière de voir à nous, ce qui est le dernier des contre sens, et à masquer leur igno- rance sous des airs de commisération. Pour ce qui est du Copte en particuHer, cette ignorance a une raison d'être parfaitement logique, et, il faut bien en convenir, il a été, jusqu'ici, de toute impossibilité au critique de le juger en connaissance de cause : voici pourquoi. Tout ce que, jusqu'à nos jours, nous avons connu du Copte nous a été transmis par les auteurs grecs et latins (|ui, tour à tour, nous ont montré l'Église d'Alexandrie sous des jours différents, mais en se plaçant toujours à leur ])oint de vue à eux ; nous la peignant, non point telle qu'elle fut, mais telle que, selon eux, elle aurait dû être. A l'origine, le chris- tianisme, introduit en Egypte par les Grecs, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, conserve intact le rite de Byzance ; c'est l'instant des persécutions, l'heure où les martyrs versent leur sang, la période d'action, qui exclut la méditation et la con- PREFACE troverse. Au sortir de cette persécution, un grand apaise- ment se produit. Le triomphe de la doctrine nouvelle est, pour un peuple qui venait d'être aussi durement oppressé, Taurore d'une ère nouvelle, et les grands anachorètes, les ascètes fameux, les moines fondateurs des premiers couvents, em- portés par le mysticisme inhérent à la nature égyptienne, riva- lisent de pieuses pratiques, souvent extraordinaires, qui, pour eux, étaient comme autant d'actions de grâces rendues au ciel. A cette époque, la communauté de croyances faisait d'eux les frères en religion des fidèles de la foi de Byzance. Aussi les auteurs grecs d'alors, égarés par saint Gérôme, nous les dépeignent-ils sous les traits légendaires, qui remplirent le monde de leur renommée, à ce point, de soulever encore aujourd'hui notre admiration. Un siècle plus tard, les affi- nités de race reprenaient le dessus; la nature égyptienne réclamait ses droits, et, pour toujours, un schisme irrémé- diable séparait l'Église d'Alexandrie de celle des Empereurs et des Papes, mais sans toutefois exercer d'action rétrospec- tive sur la période écoulée ; si bien, que ce fut toujours par leurs panégyristes, que nous apprîmes à connaître les exploits des solitaires de Thébaïde, de Nitrie et de Scété. On se con- tenta de couvrir les schismatiques d'injures, de les charger de tous les péchés de la chrétienté, de les montrer comme adonnés à tous les défauts, à toutes les abjections, à tous les vices. Tout ce qui, avant uploads/s3/ l-x27-art-copte.pdf

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