L E C O R P S D ' E L I T E • L e corps d'élite vit en marge d u c o m m u n ,
L E C O R P S D ' E L I T E • L e corps d'élite vit en marge d u c o m m u n , I l n'est pas seulement capable de bravoure et d'efficacité supérieure, I l est la caste sacerdotale de la guerre. il en sublime les vertus, en assume l'horreur, en célèbre les rites. L e corps d'élite n'a pas de patrie. I l se suffit à lui- m ê m e . U n Légionnaire se bat pour le drapeau de la Légion, u n Samouraï pour honorer le « bushido » , u n Para pour être digne d u béret rouge. D e 1 9 4 2 à 1 9 4 5 , 150000 jeunes Américains sont devenus des combattants d'élite, n o n par amour de la démocratie o u des Etats-Unis, mais parce qu'on leur a dit qu'ils étaient des Marines. L e corps d'élite se veut hors de la loi c o m m u n e . Après avoir prêté serment, le S S peut défendre son honneur par les armes. L e Légionnaire est couvert par la Légion. D a n s les Marines, les ins- tructeurs ne cessent de hurler aux recrues : « Y o u ain't ever sorry for nothing y o u d o i n the Marines Corps» ( « V o u s n'avez jamais à vous excuser pour ce que vous faites dans les M a r i n e s » ) . L e soldat d u corps d'élite ne dépouille jamais tout à fait l'uniforme. C'est u n initié. I l a subi les épreuves q u i font de lui u n autre h o m m e . I l a découvert le secret de l'Ordre. I l est le déposi- taire d u Graal, u n Graal masculin. L e corps d'éiite se veut supérieur en tout. O n le jatouse, o n le craint. L a formation d u combattant isolé, le close-combat, ies exercices physiques terrifiants, les récits des anciens, les exploits des aînés sont destinés à lui donner une absolue confiance en soi. L e corps d'élite porte a u front la marque de la mort. N o i r e est la croix teutonique, noire est la couleur des S S , noir le ruban des Paras. L e jeune cadet est dressé dans l'ombre des soldats tués, ainsi prépare-t-on ses épousailles avec la mort. L a saga des corps d'élite s'ouvre et se ferme sur des défaites héroïques, des fêtes d u sang. L e combattant de la Hagana pense aux suicidés de Massada, c o m m e le Légionnaire rêve de C a m e - rone. Parce que leur destin est serment tragique i l fascine d'autant plus l'imagination de nos socié- tés o ù , paisiblement suinte l'ennui. L E S P A R A S @ Balland, Paris 1971. C O L L E C T I O N DIRIGEE P A R D O M I N I Q U E V E N N E R Erwan B ergot LES PARAS B A L L A N D D U M Ê M E A U T E U R : 2 e classe à D i ê n B i ê n Phu, Table Ronde, 1964. Mourir au Laos, France Empire, 1 9 6 5 (Prix R a y m o n d Poincaré 1965). L e s Petits Soleils, France Empire, 1966. « 0 » c o m m e O p i u m , Albin Michel, 1968. A la mémoire d e Jean Gilles, général d e parachutistes, et d e tous ceux qui combattirent sous ses ordres, d e l'île d'Elbe à la frontière tunisienne, pour l'honneur d u béret rouge. Fidèlement. E . B . Première partie La Conquête 1918-1941 L A N U I T D E S T E M P S — T u t'es pas regardé, t'as l'air d'un g u g u s s e ! L e sergent Ganzer Horst n e rit pas. Il n'a pas le c œ u r à la plai- santerie. D e p u i s cinq heures d e l'après-midi d e c e 1 3 m a r s 1 9 5 4 , « ça » t o m b e d e partout. U n déluge d e fer et d e feu qui n o i e tout dans u n e f u m é e âcre et u n e poussière ocre soulevée par les e x p l o - sions d e s 1 0 5 viets, et jamais retombée tout à fait. Et, a u milieu d e l'enfer d e c e s premières heures d e c e qui v a devenir la bataille d e D i ê n B i ê n Phu, le sergent Ganzer s e bagarre contre sa peur, s e s h o m m e s , les Viets, pour tenir. Il n'est pas e n première ligne, m a i s tout aussi e x p o s é q u e les légionnaires d e Béatrice qui luttent e n c e m o m e n t contre d e s hordes d'assaillants. Lui, s o n boulot consiste à assurer le tir d'une d e s pièces d e mortiers d e 1 2 0 , accrochée a u x flancs d e D o m i n i q u e 2, contre vents et marées. Contre le sort, principalement. U n sort affreusement contraire, puisque, e n d e u x heures d e temps, sur cette position o ù les combattants sont obligés d e s e tenir le buste hors d e leur trou, plus d e la moitié d e l'effectif d e la c o m p a g n i e a été tué. — G a n z e r ! hurle la v o i x d u chef d e section, tout à côté, d a n s le « blockhaus » P.C., u n e sorte d e cahute à d e m i effondrée. E n v o i e d e u x types à la d e u x i è m e pièce : le caporal Drescher et les quatre servants viennent d'être tués... — J'ai plus personne, m o n lieutenant : j'ai déjà e n v o y é S c o c h et Pfennig pour servir la pièce n u m é r o trois... C'est alors q u e T u — s u r n o m m é Toutou par la section d e mortiers — a offert s e s services pour assurer la p e r m a n e n c e d u tir sur la d e u x i è m e pièce. Ganzer toise le petit Vietnamien. A v e c sa bouille plate, plissée c o m m e une p o m m e blette, s e s y e u x tout ronds et u n n e z plat, curieusement retroussé, il ressemble à u n c l o w n qui guette le gag. — T u t'es pas regardé ? T'as l'air d'un gugusse... M a i s T u n e s e v e x e pas. Il n'est pas dans s e s attributions d e s e vexer. C'est u n P I M . L e s « P I M » sont les « Prisonniers Internés Militaires » qui suivent les c o m p a g n i e s c o m m e auxiliaires, chargés d e s basses b e s o g n e s : transporter les charges, les postes radio, faire u n p e u d e cuisine o u d e lessive. C e n o m générique recouvre d e u x catégories : les « P I M d e fait » qui sont la « propriété privée » d e s unités. Généralement ramassés e n opération, a v e c u n vieux fusil — o u « u n e gueule d e Viet » — ils ont, dans u n premier temps, reçu u n e raclée, m a i s le soir m ê m e partagé les rations d u groupe qui les ont fait prisonniers. L e lendemain, ils ont préparé le repas, après avoir porté le poste d u chef, et les d e u x parties y ont trouvé u n égal profit. Q u i n z e jours plus tard, ils sont « intégrés » dans la c o m p a g n uploads/s3/ le-para-bergot.pdf
Documents similaires










-
30
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Aoû 16, 2021
- Catégorie Creative Arts / Ar...
- Langue French
- Taille du fichier 7.7769MB