1 2 MARINA ET LES VISITEURS CLANDESTINS par Lucie RAUZIER-FONTAYNE * UNE étrang
1 2 MARINA ET LES VISITEURS CLANDESTINS par Lucie RAUZIER-FONTAYNE * UNE étrange aventure attend Marina dans la vieille demeure, en apparence si calme, où elle vient vivre au côté de son oncle. Une des ailes de la grande maison provinciale s'anime et résonne de bruits insolites : des rires, de la musique, des pas furtifs... Voilà de quoi intriguer et émouvoir une fille sensible et avide d'imprévu. Oui, la maison a reçu des visiteurs inattendus. Et, pour Marina, quelle surprise le jour où elle constatera que ces intrus ont besoin d'elle! 3 4 LUCIE RAUZIER FONTAYNE MARINA ET LES VISITEURS CLANDESTINS ILLUSTRATIONS DE PHILIPPE DAURE HACHETTE 256 5 DU MÊME AUTEUR dans la Bibliothèque Rose LA GRANDE AVENTURE DE BOUBA LA PETITE FILLE A LA GUITARE UNE CHANCE SUR MILLE LA PETITE FILLE AUX MARIONNETTES MOKA, L'OURSON VOYAGEUR LA MAISON DES TROIS GIROUETTES dans l'Idéal-Bibliothèque LES AMIS DE BLANCHE-EPINE LA CHANSON MERVEILLEUSE LA MAISON DU CHEVREFEUILLE LA MISSION DE JEANOU LA TROUPE DE JEROMI L’INVITEE DE CARMARGUE LE SOURIRE DE BRIGITTE LE REVE DE CAROLINE LES AMIS DE BLANCHE EPINE dans la Bibliothèque Verte LE COUSIN DU BRESIL L'INVITEE INATTENDUE JULIETTE ET LES MOTOCYCLISTES © Librairie Hachette, 1966 Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. LIBRAIRIE HACHETTE, 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS VIe 6 TABLE I. Adieu a Haïti 8 II. Et voici la france. L’oncle David 12 III. La Tourasse 18 IV. Marina apprend quelque chose. 24 V. Le mystérieux salon de musique 29 VI. L’oncle David reçoit une lettre 34 VII. L’oncle David s'en va. Des projets pour la fête 42 VIII. Des visiteurs inattendus 48 IX. Le récit de Léo 54 X. Jours heureux 61 XI. Tant qu'ils sont la... Léo veut partir 66 XII. Coup de théâtre! Des lumières dans la nuit 74 XIII. Partis! L’oncle David est de retour 79 XIV. L’oncle David fait des découvertes. Marine décide de parler 83 XV. Le rêve de Marina. Un chant de Noël 90 XVI. Bientôt la fête un petit chat. Dans la nuit 95 XVII. Quelle surprise ! 102 XVIII. Jour de fête 110 XIX. Le petit chat se manifeste! La décision de Léo 115 XX. Et ce soir-la 110 XXI. Face à face, non, Marina ne rêve pas ! 125 7 CHAPITRE PREMIER ADIEU A HAITI ASSISE sur le parquet de la galerie qui entourait la maison, Attalia, la nourrice noire, se balançait d'avant en arrière, en répétant inlassablement la même lamentation. « Si c'est pas malheuheu... Si c'est pas mal-heuheu... ! » Debout auprès d'elle, menue et délicate dans ses vêtements de deuil, Marina regardait, le cœur serré, tout ce qu'elle allait quitter pour toujours : la demeure où elle avait connu une heureuse enfance jusqu'à la mort de ses parents, les bougainvillées pourpres qui la revêtaient presque jusqu'au toit, le jardin, avec ses pelouses, ses orangers, ses flamboyants et, là-bas, à perte de vue, les champs de canne à sucre, dont elle n'admirerait jamais plus, au printemps, la floraison duveteuse, d'un rosé cyclamen. Au-delà, fermant l'horizon, s'élevaient de hautes montagnes qu'il faudrait franchir pour se rendre à Port-au-Prince, le port d'Haïti où l'on s'embarquait pour voguer vers l'Europe. Attalia pleurait et gémissait de plus en plus fort, si bien que Marina, bouleversée par ce bruyant désespoir, souhaitait impatiemment la venue de sa compagne de voyage — Mme Edel, qui se rendait en France elle aussi - - afin de brusquer le moment cruel des adieux. 8 Conduit par un garçon d'une quinzaine d'années, un lent char à bœufs parut enfin à l'entrée du jardin, franchit la barrière ou^ verte et vint s'arrêter devant la maison. Une dame y était assise, très droite, serrant dans ses mains gantées un réticule de satin. Elle descendit non sans peine de la voiture, gênée par son encombrante jupe à crinoline et s'avança, souriante, vers Marina. « Voilà donc la jeune personne qui voyagera sous ma protection. Bonjour, mon enfant; êtes-vous prête? — Tout à fait, madame, et mes bagages aussi », répondit Marina. Au mot de bagages, Attalia cessa de sangloter, se leva brusquement et courut à l'intérieur de la maison, pour revenir chargée de deux lourds sacs de voyage que le conducteur du char vint prendre, afin de les déposer dans le véhicule. Puis, elle disparut de nouveau et revint, traînant une malle qui rejoignit les sacs. Ayant terminé ce travail, elle se remit à gémir, comprimant sa vaste poitrine de ses mains croisées. Le moment du départ était venu. Le cœur battant, les yeux pleins de larmes, Marina se jeta dans les bras de sa vieille servante en balbutiant: « Adieu! Adieu, Attalia! — Adieu, belle pitite à moin (à moi). Pas blier moin, écris-moin! - Non, je ne t'oublierai pas, et je t'écrirai, c'est promis! 9 — Hâtons-nous, dit Mme Edel, déjà remontée en voiture. Port-au-Prince est loin; il faut y arriver avant la nuit. » Marina s'arracha à l'étreinte d'Attalia et rejoignit la voyageuse. Lourdement, le char s'ébranla et ses roues firent crisser le sable des allées. Une dernière fois, la fillette se retourna pour embrasser d'un regard le jardin, la maison et la servante. Celle-ci agita son grand mouchoir rouge jusqu'à ce que le char eût disparu derrière la haie d'hibiscus qui clôturait le jardin. Alors Marina essuya bravement ses larmes et regarda droit devant elle, vers les montagnes qu'on allait franchir, derrière lesquelles, à Port-au-Prince, un bateau l'attendait pour la conduire vers l'inconnu. Oui, l'inconnu! Inconnu, ce pays .de France, dont sa mère lui parlait souvent avec nostalgie et que, pourtant, elle n'arrivait pas à se représenter. Inconnu, aussi, cet oncle David Bancilhon, le seul parent qui lui restât, chez lequel elle allait vivre désormais. De lui, elle ne savait rien, sinon qu'il possédait une importante fabrique de bas de soie, dans un village des Cévennes, et qu'il habitait La Tourasse, une propriété aux abords de Saint-A... La Tourasse, quel drôle de nom! C'était peut-être un château, un de ces beaux châteaux de pierre, tels qu'on en voyait sur les images des livres venus de France, et non une maison de bois, comme celle d'Haïti. La pensée d'habiter une pareille demeure n'était pas désagréable. La vive imagination de Marina lui représentait un noble manoir flanqué de hautes tours, un parc, un miroir d'eau, de somptueux appartements, toutes choses jamais vues, sinon en rêve. Mais, plus que ces splendeurs, Marina espérait trouver, auprès du frère aîné de sa mère, la tendresse et la sollicitude que seule Attalia lui prodiguait, depuis la mort de ses parents. Un tuteur indifférent, notaire à Port-au-Prince, avait correspondu avec l'oncle BancilIhon, vendu la maison, trouvé une personne se rendant en France, à qui confier sa pupille et réglé tous les détails du retour en Europe, depuis Haïti jusqu'à Marseille, où La Confiance se rendait exceptionnellement, alors que la plupart des bateaux conduisaient leurs passagers à Bordeaux. Il devait recevoir Marina chez lui, jusqu'au départ du navire, et assister à son embarquement. Mais la fillette se séparerait de lui sans chagrin : elle le connaissait si peu! Lentement, le char avançait. Le bruit des roues, le pas des bœufs, la monotone stridulation d'innombrables cigales dans les champs ensoleillés, berçaient la rêverie de Marina, qu'interrompait rarement une brève remarque ou une question de sa compagne. Mme Edel n'était pas bavarde et cette adolescente mélancolique, songeuse, dont le visage encadré d'anglaises brunes, restait impassible et fermé, ne l'incitait guère à entreprendre une conversation suivie. On voyagea ainsi toute une longue journée. Vers la fin de l'après-midi, au tournant de la route, on aperçut soudain, du haut de la montagne, un vaste panorama. Les maisons blanches de la capitale 10 brillaient au soleil déclinant. On distinguait la forêt de mâts et de voiles des bateaux mouillés dans le port, et même plusieurs de ces nouveaux navires qui marchaient à la vapeur. Plus loin, la mer très bleue des Caraïbes s'étendait jusqu'à l'horizon, moirée de reflets orangés par le couchant. « Encore deux heures et nous serons arrivées », dit Mme Edel. Mais Marina ne l'entendit pas. Fascinée, pressentant l'infinité de choses nouvelles qu'elle allait découvrir, elle regardait intensément la ville, le port et l'immense Océan qu'il fallait traverser pour gagner la France. 11 CHAPITRE II ET VOICI LA FRANCE L'ONCLE DAVID UN LONG, long voyage. Des jours et des jours ^ sans voir autre chose que l'Océan, que cette immense et mouvante étendue, enserrant le navire de toutes parts... Le mal de mer... la terrible nostalgie de tout ce qu'on venait de quitter... Marina montrait un regard si triste, dans un visage si pâle que Mme Edel, inquiète, cherchait vainement à réconforter sa jeune compagne. Et puis, un beau matin, une ville apparut au loin, dans le soleil. Marseille! C'était Marseille, c'était la France. Alors, subitement, une autre Marina se révéla. Une fille au visage animé, au regard curieux, au sourire ému; une fille dont le cœur battait très fort et qui, appuyée au bastingage du pont, s'exclamait à mesure qu'on distinguait plus nettement les maisons et uploads/s3/ ib-fontayne-lucie-rauzier-marina-et-les-visiteurs-clandestins-1964.pdf
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- Publié le Apv 20, 2022
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