Études photographiques 8 | Novembre 2000 La tentation de l'art/Voici venir le n
Études photographiques 8 | Novembre 2000 La tentation de l'art/Voici venir le nouveau photographe/Paradoxes du moderne 1859, exposer la photographie Paul-Louis Roubert Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/etudesphotographiques/223 ISSN : 1777-5302 Éditeur Société française de photographie Édition imprimée Date de publication : 1 novembre 2000 ISSN : 1270-9050 Référence électronique Paul-Louis Roubert, « 1859, exposer la photographie », Études photographiques [En ligne], 8 | Novembre 2000, mis en ligne le 18 novembre 2002, consulté le 30 avril 2019. URL : http:// journals.openedition.org/etudesphotographiques/223 Ce document a été généré automatiquement le 30 avril 2019. Propriété intellectuelle 1859, exposer la photographie Paul-Louis Roubert 1 La troisième exposition de la Société française de photographie (SFP) qui eut lieu en 1859 au palais de l'Industrie, parallèlement au Salon des beaux-arts, est une date symbole de l'histoire de la photographie du XIXe siècle. Reconnaissance des capacités artistiques de la photographie pour les uns1, caractérisation de l'ambiguïté de son statut pour les autres2, cet événement, aux implications et aux enjeux encore mal définis, reste une espèce d'énigme permettant toutes sortes d'interprétations souvent contradictoires et ne reposant sur aucun fait précis. L'histoire de cette exposition n'est toujours pas facile à reconstituer (chronologie floue, archives dispersées et lacunaires, images manquantes). En se posant la question des intérêts en jeu, on découvre que faire l'historique de cet événement conduit moins à clarifier le statut de la photographie au XIXe siècle qu'à dresser le constat de la place qui lui est assignée au sein de la société du Second Empire. 2 Lors de l'assemblée générale de la SFP du 21 novembre 1856, selon le compte rendu qu'en fournit le Bulletin, " M. le Secrétaire général donne lecture de la lettre suivante adressée à la Société par M. Nadar : "Messieurs, La Photographie est, jusqu'ici, oubliée dans le programme de l'Exposition des beaux-arts en 1857. Cet oubli me paraît préjudiciable en même temps à l'art et aux intérêts que vous représentez. Vous l'avez sans doute déjà pensé comme moi et j'arrive vraisemblablement un peu tard pour appeler votre attention sur l'influence que ne pourrait manquer d'avoir dans cette question une démarche officielle de votre société. Cette démarche collective viendrait relier, en leur donnant une force réelle, les influences individuelles que chacun de nous doit faire agir dans le but commun. J'ai l'honneur, à l'appui de ma proposition, de joindre sous ce pli quelques lignes que je viens de publier à ce sujet et je serai heureux de mettre à votre disposition mon concours dans la presse en général, si faible qu'il puisse être3." " 3 À la suite de cette lecture, une longue discussion s'engage au sein de l'assemblée, dont la transcription, même dans [p. 5] la version synthétique qu'en donne le Bulletin, nous donne une idée du débat qu'implique la question posée par Nadar : ni plus ni moins que celle de la place occupée par la photographie dans la société. Le président prend la parole : " M. Durieu dit que ce n'est pas la première fois qu'on a exprimé la pensée que la Photographie devait avoir sa place à l'Exposition des Beaux-Arts plutôt qu'à celle de l'Industrie ; mais 1859, exposer la photographie Études photographiques, 8 | Novembre 2000 1 quelques objections ont été élevées par certains artistes eux-mêmes, qui pensent qu'il ne faudrait comprendre parmi les objets exposés aux Beaux-Arts que ceux où la main de l'homme intervient d'une façon plus directe, tels que la peinture, l'architecture, la sculpture, la gravure, etc. Dans tous les cas, la question mérite d'être examinée4. " Une commission est immédiatement mise en place, composée du comte Léon de Laborde, Eugène Delacroix, Philippe Rousseau, Paul Périer, du comte Olympe Aguado, Cousin et Théophile Gautier. Elle est chargée de mesurer les avantages mais aussi les inconvénients d'une présence de la photographie à l'Exposition des beaux-arts ; elle devra en peser le pour et le contre et consigner ses conclusions dans un rapport qui servira de base de discussion au conseil d'administration pour définir les objectifs et les actions futures de la SFP. 4 Il semble bien qu'au sein même du conseil, la réponse à la question posée ne soit pas aussi évidente qu'il y paraît. Certains de ses membres n'approuvent pas, a priori, le fait que la photographie intègre l'exposition des beaux-arts et souhaitent même qu'elle puisse rester à l'exposition des produits de l'industrie. C'est ce qu'exprime, à cette même assemblée générale du 21 novembre, Bayle-Mouillard, qui " craint que l'admission de la Photographie à l'Exposition des Beaux-Arts ne lui soit pas avantageuse ; en effet, à celle de l'Industrie, la Photographie joue un rôle assez distingué, tandis qu'il est fort à redouter qu'à l'Exposition des Beaux-Arts elle ne soit reléguée au dernier rang. La lithographie et la gravure n'y sont déjà pas bien traitées, il craint que la Photographie ne l'y soit moins bien encore. D'un autre côté, la Photographie étant admise aux Beaux-Arts, n'y serait que comme produit artistique, et dès lors les chercheurs, les inventeurs se trouveraient négligés5. " 5 L'intérêt de cet épisode réside essentiellement dans le fait que, pour la première fois depuis la création de la SFP, en 1854, la question de la place de la photographie se trouve posée en assemblée générale. Et il aura fallu attendre l'intervention d'un Nadar, encore extérieur à la Société6, pour que le débat s'affiche dans les colonnes du Bulletin. Cette lettre du photographe marque, pour la SFP, le point de départ des démarches qui aboutiront à la présentation d'une exposition de photographie au palais de l'Industrie, parallèlement au Salon bisannuel des beaux-arts de 1859. La photographie au Salon des beaux-arts 6 Ce problème de la représentation de la photographie au Salon des beaux-arts est en suspens depuis 1850, date de la tentative malheureuse faite par Le Gray pour exposer au Salon7. Dans son ouvrage Photographie, traité nouveau, paru en 1852, Le Gray écrit : " Depuis son origine, la photographie a fait des progrès [p. 6] rapides, immenses sous le rapport des procédés mécaniques. Ceux qu'il lui reste à faire seront produits lorsque le goût de ceux qui s'en occupent sera épuré. Cette tâche à remplir appartient à mon avis, à l'administration des musées seule. C'est en admettant au Salon, au milieu des productions des artistes, les bonnes épreuves photographiques qu'elle encouragera ceux qui s'occupent de cet art nouveau à persévérer dans leurs efforts. [...] L'administration des beaux-arts doit des encouragements à la photographie comme à toutes les branches de l'art. Chacun s'étonne et regrette que l'administration ait refusé jusqu'à ce jour d'entrer dans cette voie ; mais on espère aussi généralement qu'il n'en sera pas de même à l'avenir, et que la direction des musées, mieux éclairée sur la portée et les services de la photographie, lui accordera l'année prochaine son droit de cité8. " L'idée n'est donc pas neuve, mais la réclamation va se faire d'autant plus pressante qu'à l'Exposition universelle de 1855, la photographie est présentée dans la section "Produits de 1859, exposer la photographie Études photographiques, 8 | Novembre 2000 2 l'industrie". Dans son compte rendu de l'Exposition paru dans le Bulletin, Paul Périer, vice- président de la jeune SFP s'insurge : " Certes, si nous avons lieu d'être fiers pour notre art de cette exhibition, ce n'est pas en raison de l'hospitalité qui nous est faite. [...] Déjà beaucoup d'entre nous se sentaient à l'avance dépaysés au milieu des produits, tout merveilleux qu'ils soient, de l'industrie cosmopolite. Les résultats glorieux et féconds d'une découverte qui surpasse et menace dans leur existence même la lithographie, la gravure, et jusqu'à certaines régions de la peinture, leurs semblaient dignes de trouver place dans le sanctuaire des arts. Une vérité désormais hors de conteste fortifiait nos droits à cette distinction : c'est que nos productions sont de celles où le goût et [p. 7] l'intelligence impriment aux oeuvres de choix un sceau plus caractéristique, établissant de la sorte entre le photographe purement industriel et le photographe artiste une démarcation profonde9. " Et, reprenant l'idée d'une instance de contrôle, Périer conclut : " Or, la part de chacun eût été faite par un jury des beaux-arts, on pouvait du moins l'espérer, les oeuvres artistiques eussent été les bienvenues et se fussent humblement rangées au-dessous des créations de génie. [...] Nous soutenons seulement avoir droit de bourgeoisie dans la cité, mais nous y saluerons toujours bien bas la noblesse ; dans ce grand festin des grands seigneurs de l'art, les miettes peuvent nous rassasier. Mais ces miettes sont à nous, et nous les réclamons10. " 7 L'objectif de la SFP, qui s'aligne sur les rapports d'expositions de son président et de son vice-président11, est donc le suivant : opérer une sélection entre les vrais photographes, ceux animés par le sentiment de l'art, et les autres, les " faux frères " comme les appelle Périer, dont les travaux et les expositions sauvages aux carrefours des grands boulevards déshonorent la photographie et corrompent le goût du public. Le système des expositions est alors identifié comme étant le plus propre à populariser l'idée d'art en photographie, uploads/s3/1859-exponer-la-fotografia.pdf
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- Publié le Nov 01, 2021
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