Camus L’homme révolté PIERRE-LOUIS REY Découvertes G A L L I M A R D Extrait de

Camus L’homme révolté PIERRE-LOUIS REY Découvertes G A L L I M A R D Extrait de la publication Extrait de la publication Extrait de la publication Extrait de la publication Extrait de la publication Extrait de la publication SOMMAIRE 10 Chapitre 1 «CE MONDE DE PAUVRETÉ ET DE LUMIÈRE OÙ J’AI LONGTEMPS VÉCU» Camus naît en Algérie à la veille de la Grande Guerre, au cours de laquelle meurt son père. Élevé par une mère illettrée, c’est un instituteur dévoué qui lui ouvre le chemin des études. Le football et le théâtre sont ses premières passions. 28 Chapitre 2 «IL FAUT IMAGINER SISYPHE HEUREUX» Le journalisme lui permet de conjuguer ses idéaux politiques et son talent de plume. En 1942, L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe le révèlent au public. 42 Chapitre 3 «PESTE: C’EST UN MONDE SANS FEMMES ET DONC IRRESPIRABLE » Depuis 1942, Camus vit en métropole. Il devient le grand commentateur de l’après-guerre dans les colonnes de Combat. En 1947, La Peste le consacre romancier à succès. 58 Chapitre 4 «JE ME RÉVOLTE, DONC NOUS SOMMES» Ses pièces (Caligula, L’État de siège, Les Justes) reçoivent un accueil inégal. En 1951, L’Homme révolté, perçu comme un pamphlet anticommuniste, lui aliène les sympathies de la gauche française. 74 Chapitre 5 «IL ME FAUT UN PEU DE SOLITUDE, MA PART D’ÉTERNITÉ» La guerre d’Algérie et les attaques que lui vaut le prix Nobel nourrissent son amertume. Sa mort brutale interrompt une œuvre en devenir. CAMUS L’HOMME RÉVOLTÉ Pierre-Louis Rey DÉCOUVERTES GALLIMARD LITTÉRATURES Extrait de la publication 10 Extrait de la publication 11 «S’ il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d’inhumain qui m’habite aujourd’hui. Un émigrant revient dans sa patrie. Et moi, je me souviens.» De son enfance misérable, Camus gardera en mémoire l’amour silencieux de sa mère, la bonté d’un instituteur qui lui permit d’accéder à la culture, la fraternité découverte grâce aux terrains de football et aux scènes de théâtre. En 1935, Camus trace sur un cahier d’écolier le plan de l’ouvrage qui deviendra L’Envers et l’Endroit, son premier livre. Dans ce récit, percé de remords et baigné d’amour, dont il dédie le premier chapitre à sa mère (ci-contre), Camus évoque pour la première fois une enfance encore proche (page de gauche, à quatorze ans), placée «à mi-distance du soleil et de la misère. La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’Histoire; le soleil m’apprit que l’Histoire n’est pas tout.» CHAPITRE 1 «CE MONDE DE PAUVRETÉ ET DE LUMIÈRE OÙ J’AI LONGTEMPS VÉCU» Extrait de la publication Le Premier Homme, s’il est un hommage à sa mère – «À toi qui ne pourras jamais lire ce livre», écrit-il en marge de la première page du manuscrit (ci-contre) –, célèbre aussi la figure du père, Lucien Camus. Le livret militaire établi au moment de son service, qu’il effectue au Maroc en 1907-1908, indique: Taille: 1,68 m, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, profession «cocher». Un an après la naissance de son second fils, Albert, Lucien est mobilisé au corps du 1er Zouaves et envoyé au front en métropole où il meurt après avoir «agonisé une semaine, le crâne ouvert». Albert ne connaîtra de son père qu’une photo (ci-dessus, en uniforme de zouave) et «l’éclat d’obus qu’on avait envoyé à sa veuve». 12 CHAPITRE 1 Le premier homme Quand Albert Camus fut tué à quarante-six ans dans un accident d’auto, sa sacoche contenait le manuscrit du Premier Homme. Ce roman autobiographique inachevé ne sera publié qu’en 1994. Sous le pseudonyme de Jacques Cormery, Camus y raconte comment il est parti à la recherche de son père. Exploitant d’un domaine viticole dans une région insalubre de l’Est algérien, celui-ci était, à l’image des pionniers de la colonisation, «le premier homme». Quarante ans après sa mort, Jacques vient se recueillir sur sa tombe. Le deuxième chapitre, «Le fils ou le premier homme», évoque les souvenirs d’enfance de Jacques, dans un quartier «CE MONDE DE PAUVRETÉ ET DE LUMIÈRE…» 13 pauvre d’Alger; «né sur une terre sans aïeux et sans mémoire», il est devenu, à son tour, «le premier homme». Dans le troisième chapitre, à peine ébauché, Jacques devait se confesser à sa mère, et lui expliquer la question arabe, le destin de l’Occident… «Oui, dit-elle, oui.» Elle ne comprend rien à la Grande Guerre ni à la colonisation, mais ses regards expriment la tendresse et le pardon. Jacques a pris soudain conscience que son père était plus jeune, quand il est mort, que lui- même ne l’est aujourd’hui. Sa conception du temps en a été bouleversée; de chronologique, elle est devenue cyclique. «Ce nouvel ordre du temps est celui du livre», note Camus. À l’Histoire, valeur souveraine dans le monde des intellectuels parisiens où il s’est aventuré, Camus a toujours préféré une certaine idée du bonheur et de la beauté («Les Grecs, peuple heureux, n’ont pas d’Histoire»). Au-dessus d’elle, il place aussi les vertus du dénuement: l’absence d’héritage, obligeant sans cesse à de nouveaux départs, fait de chacun d’entre nous «le premier homme». L’Histoire s’efface, pour finir, devant la figure de la mère, qui ouvre à l’amour et à l’oubli. De Mondovi à Belcourt Albert Camus est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie, tout près de la frontière tunisienne. Selon le Guide bleu de l’Algérie (française) de l’époque, Mondovi est le «centre agricole le plus important de la région bônoise»; près de Bône (en arabe Annaba), «Hippone, ses ruines et sa basilique évoquent le grand souvenir de saint Augustin». En vertu d’une simple coïncidence, saint Augustin sera l’un des inspirateurs de la pensée d’Albert Camus. Son père, Lucien Camus, était employé chez Ricôme et fils, négociants en vins d’Alger, quand ses patrons l’expédièrent en 1913 à Mondovi. Lucien était d’origine bordelaise; son épouse, Catherine, née En 1953, Albert Camus, qui réside en France depuis plusieurs années, se rend sur la tombe de son père, à Saint-Brieuc, à la demande de sa mère qui n’a jamais pu y aller. Cette visite de piété obligée va le bouleverser et lui faire prendre conscience de la réalité d’un père que l’absence avait rendu inexistant. L’écriture du Premier Homme devient dès lors une nécessité intérieure. Ci-dessus, plan du Premier Homme de la main de Camus et à gauche, page du manuscrit. Dès son adolescence, Camus travaille durant l’été chez un courtier maritime pour «payer» ses études: «L’été fut plus agréable parce que les bureaux donnaient sur le Front-de-Mer et surtout parce qu’une partie du travail se passait dans le port» (ci-dessus: le port d’Alger et le boulevard de la République, ou boulevard Front-de- Mer). Dans L’Étranger aussi, «le bureau donne sur la mer», une mer que Camus associe à la ville blanche et qu’il ne cessera de célébrer: «Grande mer, toujours vierge, ma religion avec la nuit! Elle nous lave et nous rassasie.» 14 CHAPITRE 1 Sintès, d’origine espagnole. Tous deux étaient nés et avaient grandi à proximité d’Alger. Le départ pour les confins de l’Algérie dut leur paraître une aventure. Le couple avait un enfant de trois ans, prénommé Lucien comme son père, et en attendait un second. Le Premier Homme raconte comment, au terme du voyage à Bône, une «carriole» conduite par un Arabe les achemina, à l’automne, jusqu’au domaine du Chapeau de Gendarme et les introduisit dans une «petite maison blanchie à la chaux» où, secourue par une aubergiste, la mère accoucha en catastrophe de son deuxième enfant, avant l’arrivée du médecin. «En voilà un qui commence bien, dit la patronne de la cantine. Par un déménagement.» Les faits sont un peu différents. Lucien Camus occupe depuis le printemps 1913 ses fonctions au domaine de Mondovi quand sa femme l’y rejoint, en septembre, avec leur fils aîné; c’est quelques semaines plus tard qu’elle accouche d’Albert. Le 14 juillet 1914, craignant pour sa famille les atteintes du paludisme, Lucien Camus informe son patron qu’il Extrait de la publication Albert et son frère aîné Lucien, enfants pauvres du quartier populaire de Belcourt, sont déguisés, comme ceux des familles bourgeoises, pour la traditionnelle photo au cerceau (ci-dessous). Lucien partageait avec Albert l’amour du football. Moins doué que lui pour les études, il sera embauché à quatorze ans comme coursier à 80 francs par mois chez Ricôme, le négociant en vins de Bab-el-Oued qui employait déjà leur père. «CE MONDE DE PAUVRETÉ ET DE LUMIÈRE…» 15 s’apprête à rentrer à Alger; la déclaration de guerre, le 3 août, l’envoie en métropole où il est mobilisé chez les zouaves. Catherine Camus quitte alors Mondovi avec ses deux enfants pour s’installer chez sa mère, au 17, rue de Lyon (aujourd’hui rue Belouizdad), au Champ-de-Manœuvres, quartier est d’Alger. Blessé à la bataille de la Marne, Lucien Camus meurt le 11 octobre 1914 à l’hôpital militaire de Saint-Brieuc. Catherine Camus, qui est illettrée, doit faire des ménages pour élever Lucien et Albert, sous la tutelle impérieuse de la grand-mère Sintès. En 1921, la famille déménage uploads/Histoire/ camus-l-x27-homme-re-volte-the-rebel-french-version.pdf

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  • Publié le Dec 04, 2022
  • Catégorie History / Histoire
  • Langue French
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