Borie Pour les articles homonymes, voir Borie (homony- mie). Le terme borie a d
Borie Pour les articles homonymes, voir Borie (homony- mie). Le terme borie a deux acceptions, l'une ancienne ou première, de « domaine agricole », d'« exploitation ru- rale », de « ferme » ou de « métairie », encore pré- sente dans une bonne partie du Sud-ouest (Dordogne, Lot, Aveyron, Tarn, Tarn-et-Garonne, etc.), l'autre, plus récente, de « cabane en pierre sèche », apparue dans le Sud-est (Bouches-du-Rhône, Vaucluse). 1 Borie au sens d'« exploitation ru- rale » Article détaillé : Ferme (agriculture). Borie est la francisation du mot féminin bòria (avec un Lieu-dit La Borie Neuve à Laguiole dans l'Aveyron au début du XXe siècle. accent grave sur le o) désignant le domaine agricole, la ferme, dans la langue des pays d'oc à l'ouest du Rhône ; la forme masculine, bòri (même remarque pour l'accent grave), propre à la Provence, est tombée en désuétude très tôt[1]. Bòri ne doit pas être confondu avec boli / bori (sans accent grave sur le o), qui désigne 1. le sédiment que forment l'huile et les autres liquides (Aubert, Dictionnaire des dialectes de Valensoles et des Mées, manuscrit, cité par S.-J. Honnorat, Dic- tionnaire provençal-français, 1846), 2. le bol d'Arménie, substance d'un brun rouge (Hon- norat, op. cit.), 3. de la craie, sorte de pierre tendre, bonne à marquer, et dont les maçons et les ouvriers se servent pour tracer des lignes (avril 1980), 4. un crayon de cire colorée utilisé pour marquer tem- porairement le bétail sur le poil ou la laine. Dans son Dictionnaire occitan-français[2], Louis Alibert donne bòria comme signifiant « Ferme, domaine agri- cole » et comme synonyme de bòrda, granja, mas, capmàs. Boriassa est une grosse ferme et borieta une pe- tite ferme. Boriaire est l'habitant d'une ferme, un fermier. L'ethnologue Maurice Robert donne à borio le sens de « domaine important isolé », et de « maison » en basse Auvergne[3]. Borie est présent dans la littérature régionale. Quand Jean Carrière, dans L'épervier de Maheux, décrit le Haut-Pays des Cévennes avec ses « bories aux murailles de forte- resse..., enfouies au plus profond des combes, ou tapies dans quelque trou » (...) (avec leurs) « pièces du rez-de- chaussée presque toujours pris dans le flanc de montagne, ou adossé contre le versant le mieux abrité de la cuvette », il dépeint les fermes rébarbatives de ce pays[4]. De même, quand tel habitant d'Ayssènes près de Saint- Affrique (Aveyron) déclare que « les boryes sont toutes trabessudes » (c'est-à-dire à flanc de montagne), il s’agit également de maisons de fermes[5]. Enfin, Frédéric Mistral, dans son discours de la Sainte- Estelle du 24 mai 1882, ne disait-il pas : ...E se voulés que rèston, aqueli païsan, dins si vilage e dins si bòri... (« Et si l'on veut que ces paysans restent dans leur village et dans leur ferme »[6]. 1.1 Définitions Marcel Lachiver, dans son Dictionnaire du monde ru- ral[7], donne un aperçu des emplois anciens du terme et de ses variations : • « Dans le Midi, exploitation où le labour se fait avec des bœufs. • Dans le Massif central, l'Aquitaine, exploitation agricole et plus particulièrement ses bâtiments. • Dans les montagnes de Basse-Auvergne, domaine de plusieurs dizaines de sétérées[8], au XVIIIe siècle. • Au XVe siècle, biens fonciers d'un citadin, dans la même région ». 1 2 2 BORIE AU SENS DE « CABANE EN PIERRE SÈCHE » À ces définitions rencontrées par l'auteur dans des re- vues savantes, on peut ajouter celle donnée par Paul Cayla dans son Dictionnaire des institutions, des coutumes et de la Langue en usage dans quelques pays de Languedoc de 1535 à 1648 (l'Aude actuelle)[9] : « Groupement de par- celles de terres cultivables avec pour centre un ensemble de bâtiments d'exploitation et d'habitation. La borie de- vrait être considérée comme une unité de culture d'où son possesseur devait tirer toutes les ressources nécessaires à sa vie familiale ; elle était le plus souvent exploitée direc- tement par un agriculteur tenancier à emphytéose de ce bien rural (...). (...) on voit donc que la borio doit se suf- fire à elle-même ; on ne doit donc pas s’étonner de les voir isolées et former des cellules rurales ». 1.2 Usage comme toponyme et patronyme Dans sa carrière multiséculaire, borie/boria a donné nais- sance à des noms de lieux-dits ou de quartiers, tels La Borie, Les Bories, et leurs dérivés, La Boriette, La Bou- riette (occitan borieta), La Bouriotte (occitan boriota). L'appellatif se trouve souvent accompagné d'une épi- thète : La Borie Neuve, La Borie Nouvelle, La Borie Noble, La Borie Blanque, La Borie Basse, etc. L'appellatif est passé également à l'habitant, d'où les pa- tronymes Borie, Laborie, Bory[1]. 1.3 Étymologie Deux étymologies ont été proposées pour bòria[1] : • le terme serait un produit du bas latin bo(v)aria « étable à bœufs » (dérivé en -aria de bovis, bœuf), mais le latin bo(v)aria aurait dû aboutir à boièra, boièra, boièira selon les lois de la phonétique et non bòria, bòira ; tout comme le bas latin bo(v)arius « bouvier » a donné l'ancien français boier[10]. • le terme serait issu du bas latin du Ve siècle borium (au pluriel boria), emprunt au germanique, à rappro- cher de buron de même origine[11]. 1.4 Évolution récente Aujourd'hui, l'acception première de borie/boria tend à s’estomper du fait du déclin de la société rurale et des langues vernaculaires dans le Midi de la France, mais non sans entrer en conflit avec l'acception nouvelle de « ca- bane de pierre sèche », diffusée par la littérature et les officines touristiques[12]. 2 Borie au sens de « cabane en pierre sèche » Article détaillé : Cabane en pierre sèche. Le terme borie, dans la langue touristique relative à la Grande nef gordoise à Gordes (Vaucluse), appelée « cabane » par les gens du pays jusque dans les années 1970, puis « borie » par les touristes Provence, désigne une cabane en pierre sèche qui servait de grange, d'écurie ou d'habitation saisonnière à un agri- culteur du XIXe siècle dans une parcelle foraine (sur une autre commune) ou trop éloignée de sa ferme. 2.1 Étymologie Le terme est la francisation et féminisation du terme pro- vençal bòri (masculin) (cf l'occitan bòria, féminin) em- ployé au XIXe siècle dans le sens péjoratif de « masure », de « cahute » (comme l'indique Frédéric Mistral dans son Tresor dòu Felibrige) et ce après avoir désigné une ferme, une métairie ou un domaine rural dans les Bouches-du- Rhône aux XVIIe et XVIIIe siècles ainsi que l'attestent la toponymie et les documents d'archives (il existe ou exis- tait des lieux-dits Les Borrys dans le Vaucluse, à Buoux et à Mérindol). Le mot « borie », pris dans l'acception nouvelle de cabane en pierre sèche, a été popularisé par des érudits proven- çaux de la 2e moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle pour habiller archéologiquement un objet d'étude purement ethnologique et par trop contemporain. Ainsi, au début du XXe siècle, David Martin se rendant dans les cafés villageois pour poser la question suivante : « Com- ment appelez-vous les cabanons pointus de la colline ? » ; comme on lui répondait « ce sont des agachons ou postes de chasse », il répliquait : « Ces cabanons ne sont pas des agachons (…) Il doit y avoir un autre nom plus an- cien »[13]. Les vestiges d'un habitat rural saisonnier ou tempo- raire en pierre sèche que leurs propriétaires villageois ou forains avaient appelés jusque là « cabanes » et « caba- nons », se sont vu attribuer une appellation obsolète qui, 2.2 Aire de répartition 3 La « cabane Bonnet » à Malemort-du-Comtat, Vaucluse (carte postale du début du XXe siècle) en Provence, ne s’était appliquée qu'à l'habitation perma- nente et qui ne subsistait plus qu'à l'état de rares topo- nymes. Le terme a été repris par Pierre Desaulle dans les années 1960 avec son livre Les bories de Vaucluse, par Pierre Viala, créateur du « Village des Bories », dans les années 1970, et enfin par le Parc naturel régional du Lu- beron dans les années 1990 avec le livre Bories. La vogue du mot a même gagné le Périgord dans les années 1970, non sans y entrer en conflit avec l'acception d' « exploitation rurale », de « ferme isolée », à laquelle il était cantonné jusque là dans cette région, et en concur- rençant le terme vernaculaire chabano ou chebano[14]. Nouvelle vicissitude, le terme borie a été appliqué en 2008 aux cabanes en pierre sèche des Alpes-Maritimes par l'auteur d'un livre qui leur est consacré[15], occultant de ce fait les appellations vernaculaires de cabana (fémi- nin) et de chabot (masculin)[16]. Les milieux occitanistes provençaux, en la personne de Jean-Yves Royer, se sont élevés contre l'emploi des termes provençaux lo bòri et la bòria dans le sens inventé de « cabane en pierre sèche »[17]. 2.2 Aire de répartition Les bories (au sens générique moderne de cabanes en pierre sèche) se rencontrent communément dans uploads/Ingenierie_Lourd/ borie-wikipedia-fr.pdf
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- Publié le Apv 27, 2022
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