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Digitized by the Internet Archive in 2011 with funding from University of Toronto http://www.archive.org/details/christianismeeOOboye LA FORMATION DE SAINT AUGUSTIN CHRISTIANISME ET NÉO-PLATONISME DANS la miinf di mumm THÈSE COMPLÉMENTAIRE POUR LE DOCTORAT ES LETTRES Présentée à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris PAR Charles BOYER « Hoc nomen salvatoris mei Filii tui, in ipso adhuc lacté matris, tenerum cor meum praebiberat et alte retinebat : et quidquid sine hoc nomine fuisset, quamvis litteratum et expolitum et veridicum, non me tStiim rapiebat. » (Confessions, 1. III, c. iv, n. 8.) PARIS GABRIEL BEAUCHE8NE II7, RUE DE RENNES, II7 I92O I G833 Nihit obstat Tolosae, I* maii 1920. F. Cavallera, Censor depiitoAus. Imprimatur Tolosae, 5« maii 1920. F. Saleicd, pic. «''»', A LA MÉMOIRE DU PERE EUGENE PORTALIE DR LA COMPAGNIE DE JÉSUS, PROFESSEUR A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE TOULOUSE. Ce travail doit beaucoup aux encouragements et aux directions de deux maîtres dans l'histoire des premiers siècles chrétiens : M. Aimé Puech, professeur à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris, et M. Ferdinand Cavallera, professeur de théologie positive à VInstitut Catholique de Toulouse. Qu'ils veuillent bien agréer l'expression émue de notre reconnaissance. Charles BOYER. Maison d'études philosophiques de Vais, près Le Puy-en-Velay, le 21 avril 1920. 80. 5 ~T .619 INTRODUCTION Article premier. — Notre objet. L'ardeur avec laquelle on s'est porté depuis près d'un siècle à l'étude de l'histoire des dogmes ne pouvait man- quer de susciter un renouveau des études augustiniennes. Le rôle de saint Augustin dans la formation de la théologie catholique est hors de pair. Il a recueilli l'héritage des grands docteurs qui l'avaient précédé, il a dégagé des pratiques traditionnelles les croyances qu'elles impli- quaient, il a scruté lui-même pendant quarante-cinq années les sources scripturaires. De tant de richesses amassées, il a composé une synthèse puissante, où se trouvent intimement fondus les apports de la religion nouvelle et les acquisitions de la philosophie antique. Il est le docteur de la grâce et le docteur de la Trinité, dominant à la fois, avec une autorité incontestée, les discussions sur ce qu'il y a de plus délicat dans les ensei- gnements pratiques du christianisme et sur ce qu'il y a de plus élevé dans sa spéculation. Il a été l'un des maîtres principaux du moyen âge. La "réforme et le jansénisme se sont réclamés de lui. Aujourd'hui, son nom et ses textes remplissent les manuels et les traités des théolo- giens ; et dans les problèmes de l'apologétique, peu touchés au moyen âge, ses méthodes et ses solutions apparais- sent étonnamment opportunes. Expliquer saint Augustin, son évolution et ses doctrines, ce serait avancer profon- dément dans la connaissance des sciences théologiques et de leur développement. 2 LA FORMATION DE SAINT AUGUSTIN. § 1. — La théorie récente sur la conversion de saint Augustin. Depuis une trentaine d'années, de nombreux travaux ont eu pour objet de raconter par quelles étapes saint Augustin est arrivé à soumettre, aussi pleinement qu'il l'a fait, sa pensée et sa conduite à l'autorité de l'Eglise. Jusqu'alors, si l'on excepte quelques réserves de Jean Phérépon 4 , on avait accepté en toute confiance l'autobio- graphie que saint Augustin nous a laissée dans ses Confes- sions. Les récentes études, au contraire, par des systèmes divers et même opposés, tendent, pour le plus grand nombre, à transformer profondément sur ce point les idées traditionnelles. Une théorie se répand, identique dans les grandes lignes, sous des variations secondaires, qui n'entend plus comme une conversion au christianisme la (( conversion » de saint x\ugustin. Ce ne serait que plus tard, après sa retraite à Cassiciacum, après son bap- tême même, que le fils de sainte Monique serait revenu vraiment à la foi de son enfance et aurait mis au premier plan, dans son esprit, l'enseignement catholique. En attendant, il se serait abandonné presque uniquement à l'influence des néo-platoniciens. La gravité de cette conception apparaît aussitôt. Non seulement elle modifie l'interprétation d'un des faits les plus touchants de l'histoire des âmes, mais encore, en i. Jean Phérépon (pseudonyme de Jean Le Clerc), 1 657-1 736, dans ses annotations aux livres de saint Augustin, et particulièrement aux Confes- sions, émet beaucoup de doutes et d'hypothèses qui ont été récemment repris. A propos de la scène du jardin, il écrit : « Sed rhetor noster, quod cum pace ejus dictum sit, omnia exaggerat, quibus persuadere poterat non agi hic de homine vulgari sed singulari vocatione divinitus ad Ecclesiam allecto; quae tamen ex alius calamo rectius fluxissent » (Migne, P. L., t. XLVII, col. 210). Parlant des raisons qui rendraient les Confessions sus- pectes, il dit : « Quae suspiciones, quamvis forte iniquiores sunt, ex inusi- tata tamen nascuntur ratione qua Augustinus cum Deo garrit atque argu- taiur, rhetoricoque fuco quo pictae sunt hae Confessiones » (ibid., col. 21 3). INTRODUCTION. 6 faisant au néo-platonisme la part principale dans la forma- tion de saint Augustin, elle inclinerait à réserver à cette philosophie l'inspiration de doctrines augustiniennes dont l'importance doctrinale et historique est considérable. § 2. — Ses partisans. C'est en 1888 que la théorie prit naissance. Elle apparut, à peu près en même temps, et avec un souci de modéra- tion presque égal, dans deux publications, entre lesquelles nous ignorons si quelque dépendance peut être établie. Dans un article de la Bévue des Deux-Mondes, du i er janvier 1888 d , Gaston Boissier étudiait saint Augustin dans sa retraite de Cassiciacum et il opposait vivement le « pénitent » que décrit le récit postérieur des Confes- sions au « philosophe » que révèlent les Dialogues com- posés au moment même (pp. 320-323). — Néanmoins, il estompait lui-même par endroits le contraste et il le rédui- sait à une différence de point de vue et à un changement de couleur générale (p. 292). — De son côté, M. Ad. Har- nack publiait, la même année, et dans le même sens, une conférence dont l'influence semble être plus souvent reconnaissable. Tout en prenant grand soin de nuancer l'expression de sa pensée, il déclarait qu'Augustin, à Cassiciacum, ne s'inquiétait de rien d'autre que de philo- sopher, que sa « conversion » n'avait pas été le change- ment radical qu'il prétend, qu'il est facile d'opposer Augustin à Augustin, et que le récit de Fauteur des Con- fessions anticipe beaucoup sur son évolution réelle 2 . 1. La conversion de saint Augustin. Cet article a été réimprimé — moins la conclusion — dans La fin du paganisme, Hachette, 3e éd., 1898, pp. 291-325. Nous citons d'après le livre. 2. Ad. Harnack, Augustin''s Confessionen, 2 Auflag., Giessen, 1895, p. 16 : « Vieles von dem, was erst wahrend dieser Zeit in Augustin zur Reife gekommen ist, hat er unbewusst in den Moment des Umschwungs versetzt », et p. [7 : « So ist es nicht schwer, Augustin aus Augustin zu widerlegen ». 4 LA FORMATION DE SAINT AUGUSTIN. Friedrich Loofs accentua ces tendances. Mettant égale- ment en conflit les Confessions avec les Dialogues, il esti- mait que jusqu'en 391, — cinq ans après sa « conver- sion », — Augustin n'était qu'un néo-platonicien de plus en plus teinté de christianisme 1 . En 1900, M. Louis Gourdon présentait à la Faculté de théologie protestante de Paris un « Essai sur la conversion de saint Augustin» 2 . Il y disait avec une clarté parfaite que, dans les Confes- sions et dans les Dialogues, « nous sommes en présence de deux conversions et de deux hommes différents » (p. 46) et que « les Dialogues sont bien en contradiction flagrante avec les Confessions » (p. 5i). — Augustin se convertit au christianisme vers 390 seulement, et encore n'est-il pleinement chrétien qu'à l'époque des Confessions, vers l'an 4oo 3 . — Dans un travail publié en 1908, le docteur H. Becker déclarait aussi nettement, dès sa première phrase : « L'évolution d'Augustin a suivi un cours tout différent de celui qu'il a lui-même décrit dans les Confes- sions^... » Il reconstituait l'évolution de saint Augustin sans dire un mot de la scène du jardin (p. 38), et repor- tait à la mort de Monique le début de la conversion chré- tienne d'Augustin (p. 57). 1. Fr. Loofs, art. Augustinus dans la Realencyclopàdie fur prot. Stud. 3e éd., t. II, Leipzig-, 1897, et Leitfaden zum Studium der Dogmenge- schichte, Halle*, 1906; vg. pp. 348 et 35i. 2. L. Gourdon, Essai sur la conversion de saint Augustin, Cahors, 1900. 3. Ibid.y p. 87 : « La conversion de saint Augustin, intimement liée au développement général de sa pensée et de tout son être spirituel, a eu effec- tivement son terme dans les quelques années qui précèdent l'an 4oo. Tandis qu'il nous disait lui-même, dans les Confessions, que sa conversion avait été parfaite d'un seul coup, en 386, nous disons qu'elle s'est lentement» graduellement effectuée, qu'elle s'est peu à peu complétée, pour n'être par- faite qu'en l'an 4°° » ', et P- 45 : « En 386, Augustin passa par une crise qui le convertit : i° aux bonnes mœurs; 20 à uploads/Litterature/ christianismee00boye-bw-pdf.pdf
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- Publié le Jan 06, 2022
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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