1 DENIS DEMONPION HOUELLEBECQ 2 On l’a dit fasciste, raciste, eugéniste, antifé

1 DENIS DEMONPION HOUELLEBECQ 2 On l’a dit fasciste, raciste, eugéniste, antiféministe, islamophobe… Mais qui est vraiment Michel Houellebecq ? En 2005, Denis Demonpion publie chez Libella/Maren Sell la première biographie complète du scandaleux écrivain. Quinze ans plus tard, il reprend le fil de son enquête et apporte de nouveaux éclairages sur ce phénomène littéraire mondial : son entrée dans le cinéma, les coulisses du prix Goncourt, ses relations avec des figures politiques de premier plan… Car depuis le succès phénoménal des Particules élémentaires en 1998, Houellebecq a collectionné les best-sellers et acquis un statut de rock star rarissime en littérature. Il a enflammé le débat public, connu des revers, repris du poil de la bête et pris de l’âge. Aujourd’hui, sa quête de reconnaissance est intacte. Écrivain français contemporain le plus lu dans le monde, Goncourt 2010 et chevalier de la Légion d’honneur, il n’est pas dit pour autant qu’il rentre dans le rang… En s’appuyant sur un nombre considérable de documents et 3 de témoignages, dont les plus récents sont inédits, l’auteur redéfinit les frontières entre l’œuvre de Houellebecq, l’homme et son personnage public, dissipant peu à peu le brouillard sulfureux dont s’entoure ce symbole de la littérature postmoderne. Journaliste, Denis Demonpion a successivement travaillé pour Paris Match, l’Agence France-Presse, Libération, Le Point et L’Obs. Il est l’auteur de biographies à succès, dont Arletty (Flammarion, 1996), Salinger intime. Enquête sur l’auteur de L’Attrape-cœurs (Robert Laffont, prix Goncourt de la Biographie 2018). 4 Les publications numériques des éditions Buchet/Chastel sont pourvues d’un dispositif de protection par filigrane. Ce procédé permet une lecture sur les différents supports disponibles et ne limite pas son utilisation, qui demeure strictement réservée à un usage privé. Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur, nous vous prions par conséquent de ne pas la diffuser, notamment à travers le web ou les réseaux d’échange et de partage de fichiers. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivant du Code de la propriété intellectuelle. ISBN : 978-2-283-03360-9 5 Il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. Beaumarchais Il se protégea derrière une carapace de secret et de mystère, guettant le monde comme une proie. Baron Corvo He was a man, take him for all in all 1. Shakespeare 6 1. « C’était un homme, prenez-le pour ce qu’il est. » 7 Avertissement Ceci est une biographie revue, corrigée, selon la formule consacrée, mais aussi réactualisée et substantiellement augmentée. Lors de la première version, parue en août 2005, sous le titre Houellebecq non autorisé. Enquête sur un phénomène, l’écrivain n’avait pas souhaité me rencontrer. Ou alors à ses conditions intangibles – et pour moi inadmissibles –, à savoir qu’il puisse lire le manuscrit, l’annoter, l’amender et, le cas échéant, contrevenir à sa publication ou, à tout le moins, allumer des contre-feux afin de tuer dans l’œuf un récit susceptible de lui déplaire ; ce qui ne devait pas manquer d’arriver. Car Michel Houellebecq ne tolère que les écrits de ses thuriféraires. Normal, donc, que ce texte lui ait déplu, avec sa somme de révélations sur ses petits et grands arrangements avec l’existence en général et l’état civil en particulier – de l’enfance à ses débuts en littérature en passant par les études, plutôt brillantes. Jusque-là, nul ne savait que, né Michel Thomas, il avait modifié avec une facilité déconcertante sa date de naissance, et qu’à 8 l’école Louis-Lumière, il avait appris aussi bien les techniques cinématographiques que l’art de capter le silence, les bruits de fond et les projecteurs. Bref, la maîtrise de l’image, de sa propre image qu’il renvoie au public. En brouillant les pistes, il s’est imposé sans jamais être contredit. D’autant moins après le succès phénoménal de son deuxième roman, Les Particules élémentaires (1998) l’ayant, à juste titre, érigé en héraut fin de siècle des lettres. On vivait dans une fiction. Il avait l’air d’être tombé du nid. Tout lui semblait permis. Il avait habilement donné ses parents pour morts, alors qu’ils étaient, à l’époque, bel et bien vivants. Ils ont l’un et l’autre accepté, pour la première fois, de parler de leur fils, de sa vie et de ses succès, longuement, sans fard et sans éluder les questions sur « l’abandon » que Michel Thomas/Houellebecq affirme avoir éprouvé enfant, et même plus tard, avec un ressentiment irréductible. Des précisions utiles pour mieux cerner le personnage. L’écrivain venait de quitter son éditeur Flammarion pour passer avec armes et bagages chez Fayard, quand la première version de cette biographie est parue. Moyennant un contrat mirobolant, il avait la promesse de voir financer son premier long-métrage adapté de son troisième roman La Possibilité d’une île. Rien ne s’est passé comme prévu. De quoi rager quand on se croit arrivé. Quinze ans ont passé. Michel Houellebecq a connu des revers, repris du poil de la bête, décroché le prix Goncourt qu’il attendait comme le messie, déclenché le scandale par des prises de position à rebrousse-poil, joué aussi la prudence, et pris de l’âge. Carte blanche lui a été donnée pour une exposition de ses humeurs, davantage que de ses œuvres plastiques, et 9 il a fait, sans forcer, l’acteur dans deux ou trois films. Ses parents, entre-temps, sont morts pour de bon. De même que son chien bien-aimé Clément. Exilé en Irlande, il est revenu vivre en France, sans attendre une réforme fiscale favorable aux auteurs multimillionnaires. Il s’est marié pour la troisième fois et a reçu la Légion d’honneur. Pas dit, pour autant, qu’il rentre dans le rang. C’est cela, et tout le reste, qui justifie aujourd’hui cette version augmentée de la biographie consacrée à Michel Houellebecq. La première fois que je me suis intéressé au phénomène, c’était en 2001, suite à ses déclarations fracassantes au magazine Lire : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam 1. » Il assurait la promotion de Plateforme, son troisième roman. Le journal Le Point, mon employeur à l’époque, décide de lui consacrer sa une sous le titre : « L’anatomie d’une polémique ». Fervent lecteur de ses écrits, je me retrouve préposé au décryptage de la prose jugée scélérate par ses détracteurs. L’enquête commence. Non sans mal car, dans le tumulte des réactions et des menaces, bon nombre d’interlocuteurs potentiels sont aux abonnés absents, en particulier chez son éditeur Flammarion. Michel Houellebecq est même exfiltré vers ses pénates irlandais, loin de la fureur et des cris d’orfraie. D’anciens collaborateurs de la Revue Perpendiculaire, une bande de copains de Niort lancés à la conquête du Tout-Paris littéraire – Houellebecq en a fait partie –, se confient. De même que Maurice Nadeau, vieux sage de l’édition, qui avait publié Extension du domaine de la lutte. Beaucoup d’autres encore… J’avais moi-même croisé Houellebecq à plusieurs reprises, rue Racine à Paris et dans un 10 restaurant-boîte de nuit des Champs-Élysées, la silhouette ployant sous le mal de vivre, embrumé, l’éclair du regard bleu, indifférent. Le journal bouclait. On était le mardi 11 septembre 2001. Des avions de ligne venaient de percuter de plein fouet les deux tours du World Trade Center, les plus hautes de New York. Al-Qaida et son chef Oussama ben Laden s’apprêtaient à connaître une renommée planétaire. L’attentat islamique était manifeste. L’enquête sur Houellebecq passait à la trappe, actualité oblige. Un spécial 42 pages, improvisé dans l’urgence, allait le remplacer : « État de guerre ». La concomitance des événements jeta le trouble dans les esprits. On voyait l’écrivain, d’un côté, comme un visionnaire, de l’autre, comme un provocateur xénophobe. Michel Houellebecq restait égal à lui-même, impassible, sa sempiternelle cigarette coincée entre le majeur et l’annulaire. L’œil rivé à sa lunette d’entomologiste, il observe, dissèque, consigne. Et en rajoute. Sur la misère sexuelle, la perte des valeurs, la dissolution des repères, le mal français, le déclin de l’Occident, la faillite de l’humanité. Il parle de souffrance. La violence est partout, la mort guette, inéluctable, l’amour, à présent impossible, déserte les rapports humains. Le diagnostic est impitoyable, le miroir tendu insoutenable. Toujours sur la ligne de crête, il sait le danger qu’il y aurait à pousser le bouchon trop loin. Le malaise, la peur, il en joue avec une maîtrise insoupçonnée. Les eaux troubles, c’est son champ de prédilection. Tout à son œuvre et sûr d’être le meilleur, Michel Houellebecq s’en moque. Lucide et désabusé, il ricane, souverain dans l’indifférence et le mépris. C’est une forte tête qui n’a pas peur d’avancer à contre- courant. 11 Et si le philosophe et théologien Nicolas Malebranche (1638-1715) avait raison quand il écrit : « La connaissance que nous avons des autres hommes est fort sujette à l’erreur si nous n’en jugeons que par les sentiments que nous avons de nous-mêmes 2 » ? Certes, Michel Houellebecq est un romancier. Pas un pamphlétaire. Mais au fond, n’est-ce pas lui qui, derrière ses personnages, avance masqué ? Difficile de mesurer la part de réel ou de uploads/Litterature/ demonpion-denis-2019-houellebecq-la-biographie-d-x27-un-phenomene.pdf

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