ETIENNE KLEIN L L L L L L L LE E E E E E E E T T T T T T T TE E E E E E E EM M

ETIENNE KLEIN L L L L L L L LE E E E E E E E T T T T T T T TE E E E E E E EM M M M M M M MP P P P P P P PS S S S S S S S D D D D D D D DE E E E E E E E L L L L L L L LA A A A A A A A P P P P P P P PH H H H H H H HY Y Y Y Y Y Y YS S S S S S S SI I I I I I I IQ Q Q Q Q Q Q QU U U U U U U UE E E E E E E E1 1 En dépit de son allure familière, le temps suscite des impasses et des paradoxes de toute sorte, dont le nombre semble grandir avec la pénétration du regard. La première difficulté, déjà repérée par saint Augustin, est que le mot temps ne dit pratiquement rien de la chose qu'il est censé exprimer. Le mot temps désigne - en apparence - l'objet d'un savoir et d'une expérience immédiats, mais il se perd dans les brumes dès qu'on veut en saisir le contenu. Bien sûr, on peut tenter de définir le temps: dire qu'il est ce qui passe quand rien ne se passe; qu'il est ce qui fait que tout se fait ou se défait; qu'il est l'ordre des choses qui se succèdent; qu'il est le devenir en train de devenir; ou, plus plaisamment, qu'il est le moyen le plus commode qu'a trouvé la nature pour que tout ne se passe pas d'un seul 1 Texte publié dans Dictionnaire de l'ignorance, Albin Michel, 1998, ouvrage collectif sous la direction de Michel Cazenave; reproduit dans notre Bulletin avec l'autorisation de l'auteur. 2 coup. Mais toutes ces expressions présupposent ou contiennent déjà l'idée du temps. Elles n'en sont que des métaphores, impuissantes à rendre compte de sa véritable intégrité. D'où une certaine frustration, dont seul (à mon avis) Ludwig Wittgenstein peut nous libérer: "Un mot, écrit-il dans ses Carnets Bleus, n'a pas un sens qui lui soit donné pour ainsi dire par une puissance indépendante de nous, de sorte qu'il pourrait ainsi y avoir une sorte de recherche scientifique sur ce que le mot veut réellement dire. Un mot a le sens que quelqu'un lui a donné". Ainsi, il faut reconnaître que le sens d'un mot n'est rien d'autre que les façons qu'on a de s'en servir, sans qu'on soit sûr qu'il y ait quelque chose derrière. Il n'y a pas à se poser la question d'une vérité qu'il détienne ou qu'ils masque. De fait, les physiciens sont parvenus à faire du temps un concept opératoire sans être capables de définir précisément ce mot. De façon générale, nous méditons sur le temps sans trop savoir à quel type d'objet nous avons affaire. Le temps est-il un objet naturel, un aspect des processus naturels, un objet culturel? Est-ce parce que nous le désignons par un substantif que nous croyons abusivement à son caractère d'objet? Qu'est-ce donc qu'indiquent vraiment les horloges quand nous disons qu'elles donnent l'heure2? Est-ce parce que nous sommes capables de mesurer le temps que de nombreuses locutions familières suggèrent que le temps est un objet physique? Mais l'idée que nous avons du temps est-elle un fidèle décalque de la réalité? En temps qu'objet de réflexion, ne se ramène-t-il pas plutôt à une représentation forgée par l'individu? Le temps existe-t-il autrement que par les traces qu'il laisse dans l'espace (écoulements, érosions, battements réguliers, cycles...)? Une deuxième difficulté vient de ce que nous ne pouvons pas nous mettre en retrait par rapport au temps, comme nous ferions pour un objet 3 ordinaire. Nous pouvons le mesurer, mais pas l'observer en le mettant à distance, car il nous affecte sans cesse. Nous sommes inexorablement dans le temps. Une troisième difficulté vient de ce que le temps n'est une "matière" à aucun de nos cinq sens. Il n'est pas perceptible en tant que phénomène brut. Les expériences des spéléonautes, ces hommes (et ces femmes) qui ont vécu plusieurs mois dans des grottes ou des bunkers, coupés de tous les cycles temporels externes et donc livrés à leurs seuls rythmes biologiques, ont bien établi l'impossibilité de palper l'épaisseur du temps lorsque tous les repères extérieurs ont disparu. Enfin, il y a le paradoxe, et même le prodige, de la réalité du temps. Puisque le passé n'est plus, que l'avenir n'est pas encore, puisque le présent lui-même a déjà fini d'être dès qu'il est sur le point de commencer, comment pourrait-on concevoir un être du temps? Comment pourrait-il y avoir une existence du temps si le temps n'est ainsi composé que d'inexistences? De fait, le temps est toujours disparaissant3. Son mode d'être est de ne pas être. "Il ne se montre que nié", écrit Marcel Conche4. Pourtant, si l'on devait penser que le temps n'est rien, il faudrait d'un seul coup nier la globalité de notre expérience humaine. Serions-nous prêts à assumer toutes les conséquences de cette hypothèse? Qui pourrait nier par exemple la "pression" qu'exerce sur nous le temps par le biais des calendriers, des horloges, des horaires, d'une façon parfois discrète, mais omniprésente et inéluctable5? Pas plus que nous ne pouvons concevoir 2 Le temps ordinaire se montre dans "la présentification de l'aiguille qui avance" (Heidegger, l'Être et le Temps, §81) 3 Ludwig Wittgenstein se demandait: "Où va le présent quand il devient passé, et où est le passé?" Voilà, disait-il, une des plus grandes sources d'embarras philosophique. 4 Marcel Conche, Temps et destin, PUF, 1992. 5 Cette pression est très forte dans les sociétés dont le mode de vie est occidental. La sagesse africaine dit que "ceux qui ont des montres n'ont pas le temps". 4 l'existence du temps, pas plus n'en pouvons nous concevoir l'inexistence. Il y a au moins deux sortes de temps: le temps physique, celui des horloges, et le temps subjectif, celui de la conscience. Le premier est censé ne pas dépendre de nous, il est réputé uniforme et nous savons le chronométrer. Le second, le temps que l'on mesure de l'intérieur de soi, dépend évidemment de nous et ne s'écoule pas uniformément: sa fluidité est même si variable que la notion de durée éprouvée n'a qu'une consistance très relative. Il n'y a vraisemblablement pas deux personnes qui, dans un temps donné, comptent un nombre égal d'instants. Il a été prouvé que notre estimation des durées varie notablement avec l'âge, et surtout avec la signification et l'intensité des événements qui se produisent. Notre temps psychologique est élastique. L'irréductibilité de ces deux sortes de temps semble insurmontable. Les tentatives pour dériver le temps du "monde" du temps de "l'âme" ou celui-ci de celui-là paraissent indéfiniment condamnées à l'échec. Cette aporie apparaît déjà autour de la structure du présent, fracturée entre deux modalités: l'instant ponctuel, réduit à une coupure entre un avant et un après illimités, et le présent vivant, gros d'un passé immédiat et d'un futur imminent. Aucune de nos sensations n'indique l'alchimie par laquelle une succession d'instants parvient à s'épaissir en durée (nous ne sentons pas les instants). Rien ne dit mieux cette conflictualité irréductible du temps du monde et du temps de l'âme, que la poésie la plus populaire, celle où l'on dit que la vie est brève, les amours éphémères et la mort certaine. Les scientifiques de toute discipline sont confrontés au temps. Je parlerai surtout des physiciens. Il peut sembler curieux d'associer le temps et la physique. Celle-ci cherche en effet, sans se l'avouer toujours, à éliminer le temps. Le temps est associé au variable, à l'instable, à l'éphémère, tandis que la physique, elle, est à la recherche de rapports qui soient soustraits au changement. Lors même qu'elle s'applique à des 5 processus qui ont une histoire ou une évolution, c'est pour y discerner soit des substances et des formes, soit des lois et des règles indépendantes du temps. Dans son désir d'accéder à un point de vue quasi divin sur la nature, la physique prétend à l'immuable et à l'invariant. Mais dans sa pratique, elle se heurte au temps. Reprenons la métaphore classique comparant le temps à un fleuve qui coule. Elle évoque les notions d'écoulement, de succession, de durée, d'irréversibilité. Ces symboles font partie du questionnement des physiciens. Est-il question d'écoulement? Les physiciens se demandent si l'écoulement du temps est élastique ou non. La physique classique, sur ce point, ne répond pas comme la relativité. Est-il question de durée? Les cosmologistes, quant à eux, aimeraient savoir si le temps a eu un début et s'il aura une fin. Enfin, à l'instar du fleuve, le temps a un cours: il s'écoule inexorablement du passé vers l'avenir (ce cours irréversible n'est pas un caractère du temps parmi d'autres caractères, il est la temporalité même du temps). Mais qu'en est-il des phénomènes qui se déroulent dans le temps, s'interrogent uploads/Litterature/ etienne-klein-le-temps-de-la-physique.pdf

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