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Roger Grenier Camus, Gabriel Audisio et la Grèce, ΟΔΥΣΕΥΣ In: Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque. Numéro 7, 2003. pp. 521-532. Riassunto Negli anni trenta, lo spirito mediterraneo è un concetto alla moda. Gabriel Audisio, autore della Giovinezza del Mediterraneo et di Ulisse, ο Vintelligenza, influenzerà tutta una generazione di gio- vani Intellettuali algerini, soprattutto Albert Camus che scrive «Ho naturalmente il cuore greco ». Ad ogni tappa della vita e dell'opera di Camus ritroviamo la Greca, il suo pensiero, i suoi dei e spesso gli eroi di Omero. Abstract In the thirties, the Mediterranean spirit was a fashionable concept. Gabriel Audisio, author of Youth of Mediterranean Sea and Ulysses or intelligence, influenced an entire generation of young Algerian intellectuals and the most of all Albert Camus, who writes : «My heart is naturally Greek. » In every aspect of the life and work of Camus, we find Greece, her ideas, her gods and often Homer's thems. Citer ce document / Cite this document : Grenier Roger. Camus, Gabriel Audisio et la Grèce, ΟΔΥΣΕΥΣ. In: Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque. Numéro 7, 2003. pp. 521-532. doi : 10.3406/gaia.2003.1444 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/gaia_1287-3349_2003_num_7_1_1444 Camus, Gabriel Audisio et la Grèce ΟΔΥΣΕΥΣ Roger Grenier Gallimard, Paris Dans les années trente, l'esprit méditerranéen était un concept à la mode. Il semble l'être de nouveau aujourd'hui. En 1936, Paul Valéry fait une conférence à Alger : bnpresnons de méditerranéen. Mais c'est Gabriel Audisio que l'on peut considérer sinon pour l'inventeur, en tous cas le chantre inspiré de l'esprit méditerranéen. Disparu en 1978, il est né en 1900 à Marseille, d'un père italien qui est devenu le directeur de l'opéra d'Alger. Autour de Gabriel Audisio se développe un mouvement litté raire. Il y a un lieu de réunion à Alger, la librairie du jeune éditeur Edmond Chariot, Aux vraies richesses. Avec ses essais, Jeunesse de la Médit erranée et Sel de la mer, Audisio va influencer toute une génération d'écrivains, et en particulier Albert Camus. Méditerranée. Vous me direz qu'Homère ne connaissait pas ce nom qui n'est apparu qu'au me siècle après Jésus-Christ. Et pourtant, nous sommes bien dans l'esprit de notre colloque homérique, puisque l'essai qui couronne les écrits de Gabriel Audisio sur la Méditerranée a pour titre Ulysse ou V intelligence. Ce livre est publié en 1946. L'ouvrage d'Audisio, Ulysse ou l'intelligence, est on ne peut plus per sonnel. Audisio n'a pas peur de dire je. Son essai est passionné, poétique, et en même temps d'une érudition certaine. À travers Ulysse, Gabriel Audisio analyse l'ambivalence du caractère méditerranéen, décrit la Méditerranée véhicule des pensées orientales, parle des femmes, de la fidélité, de la jalousie dans le monde hellénique. Et de tous les sujets qui lui passent par la tête, mais qui le ramènent toujours au héros de Y Odyss ée. Gâta 7, 2003, p. 521-532. 521 GAIA7 Comme son titre le déclare, son livre est aussi, et surtout, une réflexion sur l'intelligence. Le thème d'Ulysse orchestre ma vie, écrit Audisio avec lyrisme. C'est un alcool dont je me soûlerai, même s'il doit paraître sans degré à tout autre que moi, même s'il faut le résoudre à l'ivresse solitaire. La figure, l'être, le mythe d'Ulysse n'ont jamais cessé de me hanter, m'habitent de plus en plus, s'emparent de mon intérieur, me dépossèdent en me possédant, me rendent à la vérité après m'avoir arraché à mes apparences. Sans eux, quel fantôme sans os serais-je ? Privé de ce songe, quelle serait ma réa lité? Audisio aime tellement son Ulysse qu'il s'ingénie à le disculper quand on l'accuse d'avoir joué un vilain rôle dans quelques affaires. Il aurait ainsi tué Diomède en le frappant dans le dos, pour s'attribuer à lui seul la gloire de l'enlèvement du palladion. Jaloux de Palamède, il l'aurait noyé ou fait condamner à mort grâce à un faux. Il serait responsable du suicide d'Ajax, après s'être fait attribuer frauduleusement par les juges les armes d'Achille. Enfin on connaît ses mauvais procédés envers Philoctète, abandonné sur son île et à qui il veut ravir les armes d'Héraclès. Audisio n'hésite pas : «Aucune des histoires que les moralistes repro chent à Ulysse ne figurent dans Homère». L'affaire du palladion? Calomnie, retournement de la vérité. Pal amède ? Xénophon et Lucien mettent en doute l'histoire. Selon Virgile, les Grecs ont fait périr Palamède parce qu'il était un traître, qu'il était contre la guerre déclarée aux Troyens. Ajax? S'il est vrai qu'il l'humilie, il en sollicite le pardon, lorsqu'il le rencontre aux Enfers. (Mais alors Ajax lui tourne le dos.) Philoctète ? Le cas dépasse les on-dit et Sophocle mérite quelques égards. Aussi Gabriel Audisio va-t-il consacrer tout un chapitre à montrer qu'Ulysse a rempli là une mission donnée par Dieu. Et puis, ce n'est pas vrai que la mère d'Ulysse aurait fauté avec Sisyphe. Et que Pénélope ait enfanté le Grand Pan. Audisio disserte longuement sur ce qu'est la ruse et le mensonge, pour les Grecs et dans le cas d'Ulysse en particulier, afin de leur enlever tout caractère péjoratif. Il cite Eschyle : « II est des circonstances^ où le ciel justifie la tromperie». Il appelle à la rescousse un père de l'Église, saint Basile, qui, dans ses Conseils aux jeunes gens sur la manière de tirer profit des lettres helléniques, leur donne en exemple l'Ulysse d'Homère. A l'époque où Audisio s'initie au monde homérique, les études sur Y Odyssée avaient été révolutionnées par Victor Bérard. Audisio l'appelle l'Enchanteur, il se disait ensorcelé par lui. Bérard avait identifié les itiné raires du héros, ses escales. Il conduisit même une croisière pour hellé nistes, qui les menait repérer où était le manoir de Circé, près des Marais pontins, les Cyclopes aux Champs phlégréens, l'île des Lotophages à Djerba, Eole à Stromboli... J'ai connu cela, moi aussi. J'entends encore 522 Camus, Gabriel Audisio et la Grèce mon professeur de grec, le très eminent Pierre Waltz, nous expliquer que la grotte de Calypso se trouve sur les rivages du Rif et s'écrier: «Et ne me dites pas que ce n'est pas vrai ! Je l'ai vu ! » Victor Bérard gémiss ait: «Avoir perdu vingt ans de ma vie à la poursuite d'une nymphe en Espagne!» Mais un jour, Gabriel Audisio en quatre mots, rompt le charme: «J'y suis allé voir». Le livre de Victor Bérard en main, il ne reconnaît rien. Et, proprement désenchanté, il pose le dilemme : Ou bien VOdyssée est un journal de bord, Ulysse et Homère ne faisant qu'un, et alors on peut essayer de retrouver les sites exacts. . . Mais Victor Bérard ne croit pas, et presque tout le monde en est d'accord, à cette identité de l'auteur et du héros. Donc pas de « situations ». Ou bien (selon l'avis de Bérard que partagent volontiers la plupart des lettrés) Homère est un écrivain en chambre qui s'inspire de récits de voyages et de légendes pour composer un poème d'aventures, et alors il est absolument vain de chercher où le héros poétique a mis ses pieds imag inaires. Gabriel Audisio écrit encore : H m'a fallu longtemps pour aboutir à ce qu'Ératosthène disait déjà: « qu'à tout prendre, avant de rechercher quels chemins suivit Ulysse, il vaudrait mieux d'abord tenter de retrouver le corroyeur qui cousit l'outre d'Éole. . . » Et j'ai renoncé à tout pèlerinage aux lieux supposés où mon Ulysse a mis ses pieds imaginaires. L'Ulysse de Victor Bérard n'est plus le sien. «Il m'en faut un à moi, sans histoire et sans partage ». Il ne reconnaît pas davantage le héros dans les représentations pictu rales qu'en ont données les anciens. Je le cite : Je te salue, amphore du British, où un Ulysse en son navire écoute les femmes-oiseaux, sphinx volants, sirènes à grosses pattes velues, plu- meuses! Je te salue pour te quitter, car je n'ai rien reconnu de mon Ulysse, malgré le torse gonflé de puissance ou de vanité, dans ce barbu assailli de volailles. Et pas davantage dans cet autre barbu, aux biceps de lutteur forain, qu'on voit avec une prétendue Circé aux allures de lupa nar, sur l'urne funéraire d'Orvieto. Et pas davantage sur l'urne de Vol- terra, où les sirènes sont des dames bien habillées qui jouent de la syrinx à un navigateur tout nu. Et voici qu'en 1940, on découvre près d'Alger, à Cherchell, une mosaïque du ne ou me siècle après Jésus-Christ, avec une nouvelle image du héros. Nouvelle déception : Que voulez-vous que je fasse de sa calotte blanche de matelot du com merce, de son encolure de paysan kabyle, de sa tête moustachue d'épicier mozabite ? 523 GAIA7 Ce n'est pas dans ces représentations, ni dans les caps, les détroits, les rochers, les calanques qu'il faut chercher Ulysse. Il suffit de lever les yeux, et Ulysse apparaît. L'historien byzantin Nicéphore Grégoras pré tendait déjà que «les âmes de ces hommes d'autrefois, (Achille et Ulysse) passaient dans d'autres corps et habitaient des hommes encore vivants». Pour Gabriel Audisio, Ulysse, c'est un marin à la fois uploads/Litterature/ grenier-roger-camus-gabriel-audisio-et-la-grece-odiseus.pdf

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