1 Marion Duvauchel – Aphilè (Alternativephilolettres) Objet d’étude : la nouvel
1 Marion Duvauchel – Aphilè (Alternativephilolettres) Objet d’étude : la nouvelle fantastique. LE FANTASTIQUE Argentin, mais né à Bruxelles, il vécut à Paris une grande partie de son existence, et prend la nationalité française en 1951, en signe de protestation contre la dictature argentine. On le compare souvent à son compatriote Borges. A tort. Borges joue avec son érudition extraordinaire (son esprit semble n’avoir jamais quitté la bibliothèque de son père) tandis que Cortazar explore des formes narratologiques nouvelles, en particulier dans le fantastique. Les armes secrètes constituent une œuvre majeure pour une approche renouvelée du genre. .La nouvelle qui suit, de Julio Cortázar, publiée en 1963, peut se lire en exemple parfait de ce que Todorov a défini comme le texte fantastique, par lequel l'effet produit met le lecteur devant une solution incompatible avec ce qu'il sait, avec certitude, du monde où il vit. C'est également un exercice borgésien très remarquable. Julio Cortazar, Continuités des parcs, Les armes secrètes, 1959 (traduction Roger Caillois) Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l’abandonna à cause d’affaires urgentes et l’ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l’intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, après avoir écrit une lettre à son fondé de pouvoir et discuté avec l’intendant une question de métayage, il reprit sa lecture dans la tranquillité du studio, d’où la vue s’étendait sur le parc planté de chênes. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité de dérangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l’apparence des héros. L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au -delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes. Phrase après phrase, absorbé par la sordide alternative où se débattaient les protagonistes, il se laissait prendre aux images qui s’organisaient et acquéraient progressivement couleur et vie. Il fut ainsi témoin de la dernière rencontre dans la cabane parmi la broussaille. La femme entra la première, méfiante. Puis vint l’homme le visage griffé par les épines d’une branche. Admirablement, elle étanchait de ses baisers le sang des égratignures. Lui, se dérobait aux caresses. Il n’était pas venu pour répéter le cérémonial d’une passion clandestine protégée par un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs. Le poignard devenait tiède au contact de sa poitrine. Dessous, au rythme du cœur, battait la liberté convoitée. Un dialogue haletant se déroulait au long des pages comme un fleuve de reptiles, et l’on sentait que tout était décidé depuis toujours. Jusqu’à ces caresses qui enveloppaient le corps de l’amant comme pour le retenir et le dissuader, dessinaient abominablement les contours de l’autre corps, qu’il était nécessaire d’abattre. Rien n’avait été oublié : alibis, hasards, erreurs possibles. À partir de cette heure, chaque instant avait son usage minutieusement calculé. La double et implacable répétition était à peine interrompue le temps qu’une main frôle une joue. Il commençait à faire nuit . Sans se regarder, étroitement liés à la tâche qui les attendait, ils se séparèrent à la porte de la cabane. Elle devait suivre le sentier qui allait vers le nord. Sur le sentier opposé, il se retourna un instant pour la voir courir, les cheveux dénoués. À son tour, il se mit à courir, se Commentaire [MD1]: L’atmosphère est andine, un homme a acheté un livre, a commencé de le lire, a interrompu la lecture parce qu’il avait autres chose à faire de plus urgent, et rentre chez lui. Il ouvre le livre dans le train et reprend la lecture. Notez le brouillage des repères temporels et leur imprécision délibérée (en rouge). L’histoire semble commencer avec « ce soir là »… Commentaire [MD2]: A partir de là, nous entrons dans le récit du livre et non plus le récit d’un homme lisant un livre. Nous entrons dans l’histoire du livre lu. Commentaire [MD3]: Toute cette partie en noir signale que le récit est vu à travers la conscience du lecteur assis dans le fauteuil de velours vert et qui commente en même temps les qualités de l’ouvr age qu’il lit. Toute la suite en bleu appartient aux deux modalités : ce pourrait être le récit réfracté dans la conscience (et donc le point du vue du lecteur, mais ce pourrait tout aussi bien être le récit lui-même tel que l’auteur du livre aurait pu le raconter. 2 Marion Duvauchel – Aphilè (Alternativephilolettres) courbant sous les arbres et les haies. À la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l’allée qui conduisait à la maison. Les chiens n e devaient pas aboyer et ils n’aboyèrent pas. À cette heure, l’intendant ne devait pas être là et il n’était pas là. Il monta les trois marches du perron et entra. À travers le sang qui bourdonnait dans ses oreilles, lui parvenaient encore les paroles de la femme. D’abord une salle bleue, puis un corridor, puis un escalier avec un tapis. En haut, deux portes. Personne dans la première pièce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors, le poignard en main, les lumières des grandes baies, le dossier élevé du fauteuil de velours vert et, dépassant le fauteuil, la tête de l’homme en train de lire un roman. QUESTIONS DE COMPREHENSION Où se trouve le personnage principal du premier paragraphe, et que fait-il ? Quelles expressions montrent que l’homme qui lit se laisse prendre par sa lecture ? Que signifie « illusion romanesque » à la ligne … ? Que sait-on sur l’homme et la femme des lignes 18 et 19 ? Quel est le point du vue narratif adopté ? A quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Justifiez votre réponse. Quels éléments du texte renvoient à l’univers policier ? Quels éléments du texte renvoient à cette définition du fantastique : « Irruption d’un événement irréel ou surnaturel dans le quatidien ; hésitation du lecteur entre le réel et l’imaginaire ». TRAVAIL D’ECRITURE I Rédigez une quatrième de couverture pour ce texte II TEXTE D’INVENTION Vous regardez un film policier à la télévision. On sonne à la porte. Vous vous levez pour ouvrir, mais il n’y a personne. Alors que vous revenez dans la pièce où vous visionnez le film, vous y percevez des changements subtils qui vous font penser petit à petit qu’un personnage du film est sorti de l’écran. Vous raconterez cet épisode à la première personne. Votre texte doit être cohérent et terminé, le développement final doit concerner votre retour devant la télévision (indices, doutes, angoisse questions). Vous êtes libre de choisir une fin surnaturelle, ambigüe, rationnelle ou réalise. Commentaire [MD4]: En rouge, une nouvelle modalité narrative : nous sommes dans le point de vue du personnage de l’histoire. Il connaît la maison, il sait que l’intendant est absent, et il est en effet absent, donc, il est seul dans la maison. On sent qu’il prépare un mauvais coup ou en tous les cas, on sent une atmosphère d’attente. Commentaire [MD5]: Le poignard en main est une inf ormation nouvelle. Un certain nombre de signes étaient donnés au lecteur sur la nature de la relation entre l’homme et la femme. Ils se débattent, c’est sordide, le poignard devenait tiède, il y a une liberté convoitée. C’est évidemment l’histoire d’une passion adultère, et il faut se débarrasser du mari. Commentaire [MD6]: Si le personnage de la nouvelle que nous lisons a pénétré dans l’ouvrage qu’il est en train de lire, le personnage à son tour a pénétré dans la réalité du lecteur qui fait partie désormais de l’histoire. Il est l’homme dont il faut se débarrasser. En même temps que l’homme dans le fauteuil vert construit l’univers dans lequel il est absorbé progressivement, cet univers prend une consistance nouvelle, et la réalité du livre lu devient la réalité que nous lisons. Ce n’est pas une boucle mais une interpénétration des deux réalités, jusqu’à ce qu’elles deviennent comme circulaires. Sauf que « le poignard à la main » signif ie qu’il y aura un terme. Encore que l’histoire se termine sur les mots : en train de lire un roman ». Ce qui doit rassurer le lecteur sur ‘espérance de vie de ce chargé d’affaires amateur d’histoires de passions adultères. Pas tant que ça… 3 Marion Duvauchel – Aphilè (Alternativephilolettres) PROPOSITION REDIGEE (C’est une idée et un travail d’élève, mais j’ai amélioré). Ce soir là, la chaîne publique programmait « Le fugitif », avec Harrison Ford… Je m’étais réfugié dans mon studio de la rue haute, pou éviter des élèves furieux d’avoir ramassé une mauvaise note avec un devoir sur uploads/Litterature/ julio-cortazar.pdf
Documents similaires
-
150
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Sep 14, 2022
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
- Taille du fichier 0.9416MB