La conduite délictueuse des adolescents et quelques facteurs explicatifs Marc L
La conduite délictueuse des adolescents et quelques facteurs explicatifs Marc Le Blanc, Ph.D. (Criminologie), Société Royale du Canada, Boursier Killam, Professeur titulaire, École de psycho-éducation, Chercheur titulaire, Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant, Université de Montréal Au Québec divers travaux analysent la conduite délictueuse des adolescents et ses facteurs explicatifs. Ces travaux, d'ordre sociologique, psychologique et criminologique, ont été, pour la plupart, recensé (voir Le Blanc 1985a, Le Blanc, 1994a). Ce texte se limite à trois objectifs. Premièrement, exposer nos résultats originaux, en particulier un modèle du développement de l'activité délictueuse chez les adolescents. Deuxièmement, identifier les facteurs clé qui ressortent de nos recherches longitudinales, plus spécifiquement ceux relatifs à la famille, à l'école et aux pairs. Et, troisièmement, résumer notre théorie de la régulation personnelle et sociale de l'activité délictueuse. 1. Le développement de l'activité délictueuse Le Blanc et Fréchette (1989) ont identifié deux processus qui assurent le développement de l'activité délictueuse, l'activation et l'aggravation. Le processus d'activation réfère à la manière dont l'agir délinquant est stimulé dès qu'il s'amorce. Une fois que ce processus a joué, le résultat est une activité délictueuse marquée par un niveau élevé de fréquence (l'accélération), de durée (la stabilisation) et de variété (la diversification), avec en plus la présence de précocité. Les donnés rapportées par ces auteurs établissent l'effet de la précocité sur la productivité ultérieure chez les jeunes délinquants. Ce qui est remarquable dans les distributions des médianes de fréquence, de durée et de variété, c'est leur décroissance monotonique. Ces tendan ces s'observent également chez les prépubères et pour les troubles de comportement (Le Blanc et McDuff, 1991). En somme, l'effet d'activation passe par plusieurs voies. La première est celle de la stabilisation, la précocité s'affirme alors source puissante de durée; les activités illicites sont persistantes mais elles ne sont pas nécessairement abondantes et/ou variées. La seconde voie est celle de l'accélération, l'apparition de l'agir délictueux, soit au cours de la latence, soit au milieu de l'adolescence, entraînant une fréquence élevée; les activités illégales sont alors nombreuses mais elles ne sont pas nécessairement variées et/ou durables. La troisième voie est celle de la diversification, la précocité favorisant un degré important de diversité délictueuse; les activités criminelles sont alors hétérogènes mais elles ne sont pas nécessairement abondantes et/ou durables. Finalement, la quatrième voie, la plus criminogène de toutes, prend appui sur l'interaction entre la durée, la fréquence et la variété sur un fond de précocité, les activités délictueuses débutent tôt et par la suite deviennent abondantes, variées et durables de par l'effet dynamique de ces trois mécanismes l'un sur l'autre. C'est ainsi que la délinquance chronique se construit. La question de l'aggravation, de l'existence d'une séquence spécifique de conduites délictueuses dans le développement de l'activité délictueuse, est âprement débattu dans les cercles criminologiques (voir Blumstein et ai., 1986). Les analyses de Fréchette et Le Blanc (1987) et de Le Blanc et Fréchette (1989) sur la délinquance auto rapportée des jeunes délinquants montrent, d'une part, que les types de délits semblent s'enchaîner de façon spécifique selon l'âge du début, la durée et l'âge d'arrêt de l'activité délictueuse et, d'autre part, que les types de délits commis, la fréquence, la gravité et la violence des activités délinquantes changent à mesure que l'âge s'accroît. En faisant l'examen de ce graphique, la conclusion qui s'est imposée aux auteurs est celle qu'une séquence spécifique de délits existe dans le développement de l'activité délictueuse. Cinq stades de développement de l'activité délictueuse émergent; l'apparition, l'exploration, l'explosion, la conflagration et le débordement. Au départ, habituellement entre huit et dix ans, les activités délictueuses s'affirment homogènes et bénignes, s'exprimant à peu près strictement sous la forme de menus larcins; c'est le stade de l'apparition ou de l'émergence. Par la suite, les essais se continuent, généralement entre dix et douze ans, par une diversification et une aggravation des délits; avec essentiellement le vol à l'étalage et le vandalisme, c'est le stade de l'exploration. Ultérieurement, autour de treize ans, une augmentation substantielle de la variété et de la gravité des délits apparaît et quatre nouveaux types de délits prennent leur essor, qui sont le vol simple, les désordres publics, le vol avec effraction et le vol d'une personne; c'est le stade de l'explosion avec, très certai nement comme épine dorsale, le vol avec effraction, qui à cause de sa longévité plus importante, constitue le ferment majeur de cette nouvelle expansion. Ensuite, autour de quinze ans, l'hétérogénéité, la variété et la gravité augmentent encore en même temps que la rétention est présente et quatre types de délits viennent étoffer cette amplification, soit le commerce des drogues, le vol d'un véhicule à moteur, le vol grave et l'attaque d'une personne; c'est le stade de la conflagration. Finalement, un cinquième stade se manifeste uniquement au cours de l'âge adulte, celui du débordement vers des formes plus astucieuses ou plus violentes d'agir délictueux. De plus, le chevauchement des durées à la figure 2 illustre très bien le phénomène de la rétention des délits d'un stade à un autre, particulièrement en ce qui concerne les stades de l'exploration et de l'explosion, de l'explosion et de la conflagration. Le Blanc et ai. (1991a) rapportent qu'une proportion substantielle des adolescents conventionnels progressent de délits moins graves vers des délits plus graves, particulièrement de l'apparition à l'exploration et dans une proportion moindre de l'ex- ploration à l'explosion. Et, Le Blanc et Fréchette (1989) signalent que 92% des jeunes délinquants progressent lorsque les cinq stades sont considérés, 31% gagnent un échelon, 43% deux échelons, 25% trois échelons et 3% de quatre échelons. 2 Les facteurs clé d'ordre social et psychologique Il ne saurait être question de synthétiser l'ensemble de nos travaux sur le thème de l'influence des facteurs sociaux et psychologique ou même de résumer tous ceux réalisés au Québec (voir Le Blanc 1985a et 1994, Fréchette et Le Blanc 1987). Ce texte se borne à souligner quelques progrès récents. Famille. La documentation criminologique sur le rôle de la famille dans la genèse de la conduite délictueuse est abondante, ce qui est tout à fait compréhensible car la famille est le premier agent de socialisation de l'enfant. Deux questions reviennent constamment dans les écrits: quel type de famille est le plus néfaste? Quel facteur familial est davantage actif? Toutes les études s'entendent pour démontrer que c'est dans les familles brisées, en comparaison des familles intactes, que l'on retrouve davantage de délinquance, ceci comme pour les autres formes de troubles de comportement. Toutefois, les familles monoparentales matricentriques présentent un taux de délinquance moins élevé que les familles reconstituées et beaucoup moins élevé les familles monoparentales patricentriques <Le Blanc et ai., 1991b). Ce que ces auteurs ont aussi établi, c'est que le fonctionnement psychosocial de la famille est affecté de la même manière par ces types de familles. Les familles les plus déficientes sont les familles mono-parentales patricentriques, suivi des familles reconstituées, ensuite des familles monoparentales matricentriques et enfin des familles intactes. Par contre, le mécanisme en vertu duquel les facteurs familiaux modulent l'activité délictueuse est indépendant du type de famille. Cinq domaines principaux de facteurs le constitue: les conditions structurelles, la conjugalité, les liens psychosociaux, l'exposition aux modèles parentaux déviants et les contraintes sociales. Les analyses de Le Blanc et Ouimet (1988) établissent que les conditions structurelles (statut socio-économique, grandeur de la famille, travail de la mère, etc.) et la conjugalité (rapports affectifs entre les parents, discorde, etc.) n'affichent pas de liens directs avec la conduite délictueuse, mais qu'ils déterminent la qualité des liens entre l'enfant et ses parents et l'importance des modèles déviants. Ces deux dernières catégories de variables ne manifestent pas davantage de rapports directs avec la conduite délictueuse, plutôt ils modulent les contraintes. Les contraintes intériorisées légitimité des normes familiales, etc.) et imposées (règles, supervision et sanctions) présentent les seuls liens directs avec la conduite délictueuse, plus elles sont déficientes plus le niveau de délinquance de l'individu est élevé. Elles agissent comme une sorte de catalyseur de l'impact de l'ensemble des facteurs familiaux. Ce mécanisme semble indépendant de l'âge, il a également été observé chez des prépubères (Le Blanc et McDuff 1991), et du sexe de l'adolescent. Le Blanc et Ouimet (1988) montrent qu'il s'applique à la fois aux filles et aux garçons mêmes Si les facteurs affectifs présentent un poids plus élevé chez les filles et la conjugalité une importance supérieur chez les garçons. Qu and à la valeur prédictive de ces divers domaines de variables, les contraintes dominent pour la délinquance à la fin de l'adolescence et les liens psychosociaux pour expliquer la criminalité adulte (Le Blanc 1992, 1994b). École. Si la délinquance apparaît comme une activité illicite courante au cours de l'adolescence, elle est peu répandue en milieu scolaire; par contre, la relation entre l'inadaptation scolaire et la délinquance s' avère significative et bidirectionnelle (Le Blanc 1985b). Le Blanc et al. (1992) proposent et vérifient un modèle explicatif qui comprend cinq catégories principales de variables scolaires: les conditions structurelles (l'éducation des parents, etc.), la performance (retard scolaire, résultats), les liens avec l'école (attachem ent au professeur, uploads/Litterature/ le-blanc-la-conduite-delictueuse-des-adolescents.pdf
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- Publié le Mar 28, 2022
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