(3) Leçon 1 – Corrigé de la L.A. n°6 « Les Animaux malades de la peste » La Fon
(3) Leçon 1 – Corrigé de la L.A. n°6 « Les Animaux malades de la peste » La Fontaine est un écrivain qui vécut à la marge de la cour de Louis XIV, qu’il n’eut de cesse de critiquer. L’auteur des Fables, dans « Les Obsèques de la Lionne » (Livre 8, 14) en parle en ces termes : Je définis la cour un pays où les gens Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu’il plaît au Prince […] La Fontaine choisit mal son parti : il se mit sous la protection du surintendant Fouquet. Mais celui-ci subit ensuite la disgrâce du roi, et fut condamné à la prison à perpétuité par le souverain. Le roi et la cour ne pardonnèrent jamais le lien qui unit La Fontaine à Fouquet. La Fontaine ne fut jamais reçu au Louvre ni à Versailles : le roi se montra toujours indifférent à son égard. Cette attitude hautaine du roi envers La Fontaine fut à la source de la critique du satiriste contre la cour et le roi lui-même. Les fables mettant en scène le Lion en monarque despote -telles « Les Obsèques de la Lionne », « La Cour du Lion » et « Les Animaux malades de la peste »- l’attestent. Par la suite, La Fontaine fréquenta les salons, et notamment celui de Madame de La Sablière. Publiées de 1668 à 1687, les Fables se divisent en 3 mouvements : 1- 1er recueil : livres 1 à 6, publié en 1668, s’adresse au dauphin (celui qui est destiné à devenir roi dès que le roi meurt) 2- 2e recueil : livres 7 à 11, publié en 1678 (à notre programme) est destiné à un public plus adulte, comme le souligne son adresse « à Madame de Montespan », favorite du roi, au début du Livre 7. (Cela le rapprochera un peu de la cour). 3- 3e recueil : livre 12, publié en 1694, est dédié au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Page 1 sur 7 La fable « Les Animaux malades de la peste » est la première de ce deuxième recueil ; elle ouvre donc le Livre 7. Le fabuliste y dépeint une cour qui cherche un parfait bouc émissaire afin d’éloigner la peste, perçue comme un fléau divin. Comment La Fontaine construit-il une véritable satire de la justice ? La fable « Les Animaux malades de la peste » se compose de plusieurs mouvements : 1- V.1-14 : description de la peste tel un fléau tragique 2- V. 15-33 : discours direct du Lion, qui prend une décision pour combattre le fléau 3- V. 34-42 : la réponse flagorneuse du Renard 4- V. 43-48 : narration du fabuliste, qui condense les discours des courtisans 5- V. 49-62 : discours et condamnation de l’Âne 6- V. 63-64 : morale de la fable La Fontaine décrit la peste tel un fléau tragique : « Un mal qui répand la terreur, / Mal que le Ciel en sa fureur » (v.1-2). L’anaphore du mot « mal », ainsi que la rime entre « terreur » et « fureur » renforcent cette dimension tragique : les hommes sont démunis face à ce fléau, ils en sont victimes, sans pouvoir agir : la fatalité s’abat sur eux. Nous assistons à un procédé de retardement, puisque « la peste » n’est nommée qu’au vers 4 ; cela renforce l’intensité dramatique. La référence mythologique à l’ « Achéron », qui désigne dans la mythologie grecque le fleuve des Enfers, souligne la dimension tragique : la peste amène la mort des hommes. Notons que cette référence à l’Antiquité est typiquement classique. En effet, les écrivains et artistes classiques (XVIIe s) avaient un goût prononcé pour l’Antiquité, qu’ils voyaient comme un modèle culturel absolu. A l’inverse, le Moyen Âge est vu par les contemporains de La Fontaine comme une période obscure. Cette tradition du retour à l’Antiquité a pris son origine en période de Renaissance (XVIe siècle). En somme, tout est fait, en ce début de fable, pour dramatiser la situation. La métaphore « guerre » (v.6) est d’ailleurs employée pour montrer l’ampleur du fléau. Le chiasme « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (v.7), couplé aux accents de fins d’hémistiches qui portent sur les mots « tous » et « frappés », souligne la dimension tragique du fléau : les hommes sont impuissants face à cette calamité. La dimension tragique est perceptible à travers l’oxymore « mourante vie » (v.9). Page 2 sur 7 D’ailleurs, à partir de ce moment-ci, le rythme change, puisque les vers 10 à 14 sont des octosyllabes, ce qui accélère le rythme : l’effet dramatique est mis en valeur. La diérèse sur le terme « épiaient » montre que les animaux ont totalement perdu le rythme de leurs habitudes (le rôle principal du renard est de traquer ses proies pour se nourrir) à cause de la peste : la fatalité s’abat sur eux. A partir du vers 15, l’on voit que les animaux tentent de trouver une solution. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques du registre tragique : les protagonistes luttent, mais en vain. La diérèse sur le terme « Lion » (v.15) met en valeur le pouvoir de celui-ci. C’est une habitude dans les fables de La Fontaine : le Lion, animal considéré comme le roi de la savane, puissant, qui porte une crinière qui rappelle symboliquement la couronne des rois, est une allégorie représentant le roi. Le discours direct du Lion (v.15-33) est une véritable parodie de la monarchie absolue de droit divin. Ce discours est stéréotypé. En effet, l’apostrophe « Mes chers amis » est démagogique, puisque le roi règne en tyran. Son discours est très nuancé en apparence, puisque celui-ci semble prudent dans son discours, comme le soulignent les termes « Je crois » (v.16), « Peut-être » (v.20) ou « je pense » (v.30). Mais ne nous y trompons pas : cette prudence relève de l’hypocrisie, puisque le roi est bien décidé à ne pas être la victime sacrificielle : « mais je pense / Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi » (v.30-31). Notons que le contre-rejet « mais je pense » traduit toute son hypocrisie, puisqu’il fait mine de se placer sur un pied d’égalité avec ses sujets, alors qu’il n’en est rien. L’on assiste là à la satire de la monarchie absolue de droit divin, théorisée par Louis XIV, contemporain de La Fontaine. D’ailleurs, le Lion donne un ordre explicite, comme le soulignent les vers « Que le plus coupable de nous / Se sacrifie aux traits du céleste courroux » (v.18- 19). Le verbe « Que…se sacrifie » est conjugué au subjonctif présent, qui a une valeur d’ordre, et qui remplace l’impératif présent, qui n’existe pas à la 3 e personne du singulier. Ainsi, le roi fait semblant d’adopter un discours judiciaire, qui cherche à établir des faits passés (l’origine de la peste) et à mettre en place un réquisitoire contre la société des animaux (des hommes), responsable du fléau, ainsi qu’un plaidoyer, où chacun va se défendre de ne pas être le coupable qui sera le parfait bouc émissaire. Ce discours judiciaire est une manière discrète pour La Fontaine, qui s’efface ici derrière les allégories animales, pour proposer une véritable critique de la justice de son temps, qui n’est que simulacre. Le fabuliste raille également la Page 3 sur 7 superstition, qui mine les sociétés humaines, notamment lorsqu’il fait dire au Lion « Peut-être il [le plus coupable des animaux] obtiendra la guérison commune. » (v.20) ; il apparaît que le modalisateur « Peut-être » est une marque d’ironie de La Fontaine. Effectivement, en laissant parler le Lion tel un démagogue et en n’intervenant pas, La Fontaine se montre ironique, puisqu’il laisse le lecteur observer la démagogie du roi. Autrement dit, La Fontaine fait semblant de s’effacer derrière le discours direct du Lion ; le fabuliste sous-entend qu’il est en total désaccord avec ce mode de gouvernance : ce sous-entendu est la définition-même de l’ironie. Ainsi, nous assistons à un blâme de la monarchie absolue de droit divin, comme le soulignent les vers 23-24 « Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence / L’état de notre conscience. » Les accents de fins d’hémistiches portent sur les termes « point » et « indulgence » dans le premier vers cité. Cela appuie sur l’hypocrisie du roi, qui fait semblant de se placer au même niveau que ses sujets sur le plan judiciaire. La diérèse sur le terme « conscience » fait d’autant plus entendre la tonalité satirique de La Fontaine, qui raille la prétendue morale du roi. A partir du vers 26, le rythme s’accélère ; les vers se font plus courts, comme le montre le trisyllabe « Le berger » (v.29). Au cours de ces vers 26 à 29, le roi passe très vite sur les méfaits qui pourraient l’accuser, puisque la question « Que m’avaient-ils fait ? » et uploads/Litterature/ lecon-1-la-fontaine-peste-corrige.pdf
Documents similaires










-
33
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Mar 08, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
- Taille du fichier 0.0833MB