DICTIONNAIRE INTERNATIONAL DES TERMES LITTÉRAIRES (DITL) Unicode. Norbert-Bertr
DICTIONNAIRE INTERNATIONAL DES TERMES LITTÉRAIRES (DITL) Unicode. Norbert-Bertrand Barbe (Universidad Nacional Autónoma de Nicaragua) Lexique de l’esthétique de Roland Barthes Sous la direction de / Edited by Jean-Marie Grassin (Université de Limoges) Participez au DITL ! Les remarques, suggestions, corrections sont les bienvenues dans ce projet coopératif. Les spécialistes sont instamment invités à proposer un article de référence sur des notions relatives à l’esthétique barthésienne. Conseils pour les rédacteurs d’article . Écrire à : grassin@unilim.fr / Contribute to the DILT ! Specialists are invited to submit an article on the terminology of Roland Barthe : grassin@unilim.fr Seules de brèves citations sont autorisées avec la référence : Barbe, Norbert B., «Lexique de l’esthétique de Roland Barthes», in : Grassin, Jean-Marie (ed.), Dictionnaire International des Termes Littéraires, http://www.ditl.info [date de la consultation]. Copyright : Vita Nova Introduction Il est évident aujourd'hui que Roland Barthes (1915-1980) a eu un rôle central dans et pour la pensée esthétique du XXème siècle. Nombreux sont ses émules et son principal apport à la théorie sur l'art est sans doute d'avoir, par la pluridisciplinarité de sa démarche, grandement contribué à éclaircir les conceptions de l'esthétique traditionnelle. Le caractère systématique de ses analyses et sa volonté constante d'intellectualisation n'ont laissé aucun "vide", aucun "creux", aucune "inconnue", dans l'élaboration de sa pensée. Le moindre terme, la moindre notion, par leur récurrence au sein même de ce que l'on peut aujourd'hui appeler l'"œuvre" de Barthes, ont permis un véritable travail sur le sens. Nous pensons néanmoins que ce travail doit moins porter, malgré ce qu'a voulu Barthes, sur les oeuvres qu'il a étudiées que, comme nous l'avons dit, sur l'esthétique traditionnelle. Or, en se raccrochant à cette esthétique ambiante et en en éclaircissant les termes et les notions de manière systématique, Barthes nous permet d'en faire la critique. C'est pourquoi, afin de rendre encore plus palpables ces termes et ces notions, disséminés dans l'ensemble de l'œuvre de Barthes, nous nous proposons dans les pages qui suivent d'en offrir un petit dictionnaire. (NBB) Adjectif : en tant qu'expression même de "l'impossibilité de dire", selon Barthes, l'adjectif représente parfaitement le vide sémantique de l'art, qui s'oppose par là même à la littérature. C'est pourquoi dans la terminologie barthésienne, le statut de l'adjectif recouvre complètement et de manière récurrente la notion de "tautologie", v. "Poujadisme", "Rien", "Tautologie", "Tout". Affect : v. "Cadre", "Ethos/Pathos", "Frite", "Sentimentalisme (de l'art)". Analité : v. entre autres notamment "Animalité /Analité", "Femme", "Hystérie". Animalité/Analité : le Du Sublime (ouvrage attribué au philosophe et stoïcien grec Longin, qui vécut au IIIème siècle après J.-C., mais probablement antérieur - peut-être du Ier siècle après J.-C. -; en 1674, Nicolas Boileau fut le premier à en donner une traduction en français dans ses Œuvres diverses, plusieurs fois rééditée du vivant de l'auteur) et les phénoménistes (John Locke, David Hume) opposent traditionnellement le monde animal, qui n'a pas de langage et marche à quatre pattes, à l'humanité, langagière et "bipède" (en référence directe donc, on le voit, à la définition aristotélicienne classique). Longin va même jusqu'à écrire que chez l'animal la bouche est au niveau du derrière. Dans L'obvie et l'obtus (v. cette occurrence), Barthes oppose pareillement l'animalité à la position debout ("dressée") dans les niveaux d'"écoute". La première écoute, animale, est pour lui celle des actes primitifs, la seconde celle du langage. Barthes confond donc ici deux discours : premièrement philosophique (l'opposition entre l'animalité et l'humanité, langagière) et psychanalytique (l'idée freudienne que l'art est une pulsion non totalement assouvie). Ainsi, Barthes oppose le langage (humain par excellence, écoute "dressée") et l'art (première écoute, primitive, celle des "bruits"). V. par ex. "Bruit", "Ecoute", "Entre-deux", "Freud (Sigmund)", "Musique", "Oralité", "Primordial", "Psychanalyse". Arcimboldo (Giuseppe) : peintre de "caprices" italien (vers 1527-1593), représentant de l'illustre Ecole de Prague de l'empereur germanique, roi de Hongrie et de Bohême, Rodolphe II (1552- 1612), célèbre notamment pour ses portraits dont chaque élément (le nez, les yeux,...) est figuré par un fruit, un légume, un poisson, etc. Barthes lui a consacré un texte en 1978. Sans nul doute l'art d'Arcimboldo, avec celui de peintre français contemporain Réquichot peut- être (et celui du cinéaste russe Eisenstein au cinéma) est l'archétype, pour Barthes, de l'art comme "insignifiance", à cause de la décomposition des visages de ses personnages (ce qui a d'ailleurs valu sa célébrité au peintre). Or cette décomposition symbolise pour Barthes la "dé-figuration", c'est-à-dire la mort du sujet linguistique, en ce qu'elle rend parfaitement l'impossibilité de l'art à interpréter les caractères, qu'il ne peut qu'imiter. V. "Détail (statut du... en art)", "Décomposition", "Imitation", "Platon", "Récit", "Sujet linguistique (perte du)", "Visage". Aristote : philosophe grec (384-322 av. J.-C.). Barthes est sans doute l'auteur le plus proche d'Aristote, en ce qu'il analyse de manière beaucoup plus systématique qu'aucun autre au XXème siècle, des oeuvres artistiques particulières qu'il essaie d'analyser par la méthode linguistique. En effet, la plupart des autres auteurs (historiens de l'art et esthéticiens exceptés, bien sûr) proposent des classifications ou des théories générales de l'art, en ne s'attachant à l'étude d'une oeuvre en particulier que rarement. Au contraire, les textes de Barthes abondent en analyses d'oeuvres précises (d'Arcimboldo, d'Erté, de Réquichot, de Steinberg, de Lucien Clergue, d'Eisenstein, de la Tour Eiffel, etc.). Art : par ce terme, Barthes désigne souvent moins une forme d'art particulière que soit, d'une part, l'ensemble des arts autres que littéraires dans leur ensemble (architecture, peinture, etc.), soit, d'autre part, selon le modèle stoïcien (Aristote, Longin) et de quelques auteurs contemporains (Hana Jechová notamment), la rhétorique en tant qu'art littéraire. Art abstrait : l'art abstrait, en ce qu'il décompose les formes, devient pour Barthes, comme l'art baroque, et notamment celui d'Arcimboldo, le paradigme de l'art comme "dé-figuration" et "perte du sujet linguistique". Il s'inspire notamment en cela de la théorie de l'art contemporain mise en place par Robert Klein. V. notamment "Arcimboldo", "Baroque", "Cinéma", "Décomposition", "Dé-figuration", "Klein (Robert)", "Sujet linguistique (perte du)". Arts analogiques : synonyme chez Barthes d'arts plastiques, mais plus précisément cependant des arts du visuel (photo, cinéma, et accessoirement peinture). Auteur/Narrateur : la distinction entre l'auteur et le narrateur est souvent très confuse chez Barthes. Les deux s'identifient le plus souvent, le narrateur étant même souvent vu comme supérieur à l'auteur, en tant que le narrateur n'est autre que l'instance narrative, autrement dit le Verbe même, créateur d'une réalité alternative qui organise de manière rationnelle le "brouillé de la Vie". V. "Dieu", "Réalité", "Verbe". Baroque : mouvement artistique caractérisé par l'importance donnée au sentiment (v. "Sentimentalisme (de l'art)"), au naturalisme (v. "Nature"), et surtout au détail (v. "Détail (statut du... en art)"). On comprend donc aisément son importance dans la pensée esthétique de Barthes en tant que paradigme de l'art. Ce mouvement se développa durant une assez longue période, qui va approximativement du XVIème siècle au XVIIIème siècle. Différents mouvements se sont donc tout naturellement développés parallèlement, à la même époque, comme l'Ecole de Fontainebleau, le maniérisme, le classicisme (réponse académique à l'art baroque). Dans plusieurs textes, notamment dans Arcimboldo et dans ses articles sur la musique, Barthes s'intéresse de très près à l'art baroque, symbole pour lui de la déliquescence de l'art. De fait, Barthes considère explicitement l'ensemble des arts comme baroque, puisqu'il va même jusqu'à qualifier de "baroque" les artistes contemporaines (Erté). V. "Brouillé", "Romantique". Bêtise : l'art, pour Barthes, c'est la bêtise, comme le peuple (l'art abêtit le peuple, le peuple aime l'art parce qu'il est bête, c'est pourquoi Barthes associe les deux). V. "Cadre", "Prolétariat". Brouillé : pour Barthes, l'art n'offre pas de sens, il n'est pas "illocutoire" (v. cette occurrence). Il n'a pas de finalité morale, sinon de "faire joli". Aussi son sens, selon Barthes, est-il "brouillé" (autrement dit inexistant), comme la Vie elle- même, à laquelle Barthes identifie l'art (les meilleurs artistes selon lui étant ceux qui rendent cet aspect "brouillé" de l'art, en abandonnant jusqu'à la reproduction fidèle du monde tel qu'on peut l'observer, car la ressemblance pourrait laisser penser que l'art aurait pour le moins un sens descriptif). V. "Description", "Illocutoire", "Imitation". Bruit : autre terme de Barthes pour définir l'art comme un sens "brouillé" et non "illocutoire" (v. ces occurrences). Cadre : pour Barthes, l'art n'est que cadre (autrement dit un amoncellement de détails sans fil conducteur, v. "Détail (statut du... en art)"). L'exemple le plus évident de cette pensée est le récit que fait Barthes d'une journée au cinéma. Là en effet, il explique que le film lui importait moins que la salle de projection, dont l'ambiance feutrée et "noire" le prédisposait à dormir ("ce noir... conduit le sujet (v. cette occurrence)... à s'abîmer finalement dans un cube obscur, anonyme, indifférent, où doit se produire ce festival d'affects qu'on appelle un film", L'aventure sémiologique, Points-Seuil, 1984, p. 408). Cet état le rendait végétatif. Il se compare d'ailleurs explicitement à une "frite". L'art est donc explicitement pour Barthes ce sens vide qui abêtit. Caractères : pour Barthes, les caractères, autrement dit les actants (les personnages littéraires), en tant qu'exemples moraux qui doivent servir à l'éducation du lecteur (c'est ainsi qu'actants, narrateur et lecteur sont parfois uploads/Litterature/ lexique-de-l-x27-esthetique-de-roland-barthes.pdf
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- Publié le Sep 23, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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