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Tous droits réservés © Les Publications Québec français, 1994 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne. https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Cet article est diffusé et préservé par Érudit. Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. https://www.erudit.org/fr/ Document généré le 20 août 2021 15:03 Québec français Pour une exploration du conte africain en classe Monique Lebrun Littérature, société Numéro 92, hiver 1994 URI : https://id.erudit.org/iderudit/44483ac Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Les Publications Québec français ISSN 0316-2052 (imprimé) 1923-5119 (numérique) Découvrir la revue Citer cet article Lebrun, M. (1994). Pour une exploration du conte africain en classe. Québec français, (92), 43–45. H O R S D O S S I E R POUR UNE EXPLORATION DU CONTE AFRICAIN EN CLASSE PAR MONIQUE LEBRUN ' L'originalité du conte africain Le conte est un genre littéraire universel. Sous une forme d'abord orale, puis écrite, il a instruit et diverti les peuples de toutes les latitudes. C'est en Afrique Noire que le conte a le plus conservé son caractère oral, en raison de la prédilection des communautés pour la perception auditive du message, par opposition à la perception visuelle des peuples occi- dentaux. Dans la société africaine tradi- tionnelle, la gratuité de l'art ne se conçoit pas : toutes les occasions sont bonnes pour éduquer, à plus forte raison lors d'une « séance » de contes. Dès lors, la morale des contes prend tout son sens : il s'agit de responsabiliser l'individu face à l'égard de son groupe, de veiller à l'harmonie, de préserver l'équilibre de la société à travers la rectitude des comportements. Le conte africain, on le comprend, cultive les valeurs ; la malhonnêteté, la jalousie, l'irrespect, l'indiscrétion, le mensonge et l'égoïsme y sont fustigés. On y présente la véritable autorité, héritière de la sagesse et de l'expérience de l'âge. Dans la société africaine, hautement gérontocratique, on s'attend à ce que les enfants obéissent aux parents et aux aînés. Les contes font souvent état d'épreuves terrifiantes imposées aux enfants avec interdiction de se rebeller. Plus que tout prime le sens commu- nautaire, qui assure la justice et maintient l'équilibre. Mentionnons quelques autres caractéristiques du conte africain relatives à l'oralité, au merveilleux et à la situation même du « contage ». Les contes africains opèrent la jonction entre la parole profane et la parole sacrée. La parole profane se retrouve dans les interactions communautaires, ainsi, dans les salutations. Quant à la parole sacrée, elle est dite avec des rites : il faut avoir été initié pour la proférer. Qui dit parole dit également silence : en Afrique, le silence peut être signe de sagesse, de politesse et de discrétion. Le merveilleux des contes africains peut étonner les Occidentaux, car il s'entremêle étroitement à la réalité la plus concrète : objectivité et subjectivité se confondent. Ainsi, le héros peut emprunter aux animaux et aux êtres inanimés leurs défauts et qualités et leur faire prendre part à la comédie humaine. Ici, le chant et le refrain jouent un rôle de premier plan : ils sont un code d'accès à l'univers du merveilleux. L'alchimie de la parole permet l'interpénétration du réel et du surréel. En Afrique traditionnelle, le conte se dit souvent à la tombée de la nuit, lorsque les esprits se rapprochent des hommes. Les formules rituelles de début plongent habituellement dans un passé très lointain : « C'était du temps où la lune et le soleil vivaient ensemble. » ; « C'était au temps où les animaux et les hommes se parlaient... ». Pour réussir à faire accepter 1 ' intrusion du merveilleux et l'interpénétration des mondes, le conteur traditionnel doit avant tout être un acteur, interpeller son auditoire, croire en ce qu'il raconte. Il peut digresser, enrichir le texte, le mimer, jouer avec les intonations. Avec l'alphabétisation de 1 'j\frique, l'oralité des contes s'est doublée d'un passage à l'écrit. Aux griots ( conteurs ) et aux i\nciens ont succédé des Noirs instruits qui ont sauvegardé, en les consignant, ces trésors qui portent témoignage sur la vitalité des sociétés traditionnelles. C'est ainsi qu'aujourd'hui, dans les écoles primaires et secondaires d'Afrique Noire, les écoliers et les élèves peuvent lire les trésors irremplaçables, reflets de leur passé, dont leurs grands-parents ne se souviennent pas toujours ... A l'écoute des contes en classe Mais qu'en est-il de nos classes québécoises, où le conte, comme genre littéraire, ne trouve officiellement droit de cité qu'en troisième secondaire ? Ne serait-il pas possible de tenter avec nos élèves un petit parcours africain, histoire de les sensibiliser à une littérature francophone originale et à des valeurs socio-culturelles profondément ancrées dans des textes d'une grande diversité ? Je ferai état ici d'une expéri- mentation menée sur le conte africain dans une perspective interculturelle auprès de cinq classes d'élèves du secondaire de la région de Montréal. Cette expérimentation a été développée sous l'égide de la Commission du français langue maternelle dont fait partie l'A.Q.P.F. Deux enseignantes, Mes- dames Francine Gauvreau et Jacqueline Charbonneau, ont vaillamment défendu le projet auprès de leurs élèves, de même qu'une étudiante aux études avancées à l'UQAM, Madame Raymonde Ame- tooyona, d'origine béninoise, qui a fait la recherche documentaire et assuré l'animation des groupes. QUÉBEC français • HIVER 1994 «NUMÉRO 92 43 Il était intéressant de confronter les élèves de 14 et 15 ans à une aire culturelle différente de la leur afin de les décentrer par rapport à leurs manières habituelles de percevoir la réaUté. Les psychologues parleront de rupture d'équilibre et de restructuration ... et ils auront raison. L'équipe du projet était intéressée à ce que les élèves confrontent sans cesse deux univers culturels, dans un premier temps pour être déstabilisés, et, dans un second, pour percevoir les affinités à travers les différences, donc pour nuancer leur perspective. Nous avons proposé aux élèves quatre contes africains. Ce sont L'héri- tage, de Birago Diop, tiré de Les contes d'Amadou Koumba ; La cuiller sale, du même conteur, tiré de Les nouveaux contes d'Amadou Koumba ; Rakoutou, d'Odette Roy Fombrum, tiré de Contes africains ; Une drôle de tante, de Jean Juraver, tiré de Contes créoles. Il s'agissait évidemment de versions transposées à l'écrit. Nous ne nous sommes pas lancées dans un contage en règle, bien que nous n'en écartions pas l'idée, pour des expérimentations ultérieures. Le travail sur les contes africains s'est déroulé en deux étapes. Durant la première, l'enseignante exploitait les contes à l'aide du guide que nous lui avions fourni. Ce guide, ou « dossier de l'enseignant », comprenait un bref aperçu de la littérature africaine, des explications sur quelques concepts de base, tels la tradition orale, le merveilleux et la temporalité, de même que des analyses structurelles des divers contes, le tout complété par une fiche sur la structure du conte africain ( voir la fiche Structure du conte africain à la suite de ce texte ). À ce chapitre, nous deman- dions à l'enseignante de veiller à motiver les élèves à l'étude de cette littérature, qui occupe une place réduite, sinon inexistante, dans les programmes québécois. Nous lui suggérions de lire elle-même le conte à haute voix, ou mieux, de le raconter. Nous lui propo- sions ensuite l'exploitation d'un questionnaire indicatif construit de façon non pas à récupérer purement et simplement l'information du texte, mais bien à discuter des valeurs sous-jacentes et à favoriser les prises de position ( ex. : Quels personnages du conte vous sont sympathiques ? Dites pourquoi ? Y a-t-il des passages où vous avez eu de la difficulté à comprendre ? Quelle est votre scène préférée ? Auriez-vous proposé une autre morale ? Laquelle ? Cette histoire vous en rappelle-t-elle une autre que vous auriez lue ou entendue ? ).Nous l'enjoignions à faire émerger une discussion socio-culturelle faisant ressortir les éventuelles similitudes et les nécessaires différences. La seconde étape consistait en une causerie avec l'étudiante-animatrice du dossier. Cette dernière était fort attendue des élèves. Dans un cas, ceux-ci, de concert avec l'enseignante, ont préparé, dans la bibliothèque scolaire, une mini- exposition sur l'Afrique. Les élèves étaient libres de poser les questions de leur choix. Elles ont porté sur la situation de l'Afrique face à la modernisation ; plusieurs, séduits par l'univers des contes, ont exprimé leur crainte que ne dispa- raissent de si riches et si authentiques traditions. D'autres se sont interrogés sur la spécificité des contes créoles : il a fallu évoquer la traite des Noirs, le déracinement des cultures d'origine, l'émergence de nouvelles valeurs. La sagesse des « anciens » en a séduit plus d'un, de même que la place spéciale occupée par l'enfant, liée à son inn- ocence. L'animatrice a dû expliquer les notions de parole sacrée, de discrétion et de silence, auxquels se rattachent des rituels particuliers, de même que l'absence de la notion de solitude, qui n'a uploads/Litterature/ pour-une-exploration-du-conte-africain-en-classe-monique-lebrun.pdf

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