PREMIÈRE ASSISE THÉORIQUE Dialogos  8/2003 22 PSYCHOLINGUISTIQUE, COGNITION, C

PREMIÈRE ASSISE THÉORIQUE Dialogos  8/2003 22 PSYCHOLINGUISTIQUE, COGNITION, COMMUNICATION Michaela GULEA La transdisciplinarité des sciences a carte des sciences sociales, - y compris les sciences de la communication – présente encore de vastes territoires inexplorés. Leur investigation suppose soit une spécialisation toujours plus poussée de chaque science en sous– disciplines d’une discipline formelle, soit la création d’unités transdisciplinaires se trouvant au carrefour de plusieurs sciences et ouvrant sur un champ d’investigation plutôt que sur une sous-discipline proprement dite. [37] La tendance actuelle – de l’avis de la plupart des spécialistes de l’interpénétration des disciplines – est à la formation de nouveaux domaines « hybrides ». Or, la plupart des chercheurs semblent encore penser que les sciences sociales ont des frontières et persistent à poursuivre le chimère de l’ « interdisciplinarité », « terme trop vaste, mal défini et comprenant n’importe quoi » [12, p.7] En réalité, la fragmentation de chaque discipline rend l’amalgame de l’interdisciplinarité impossible, du fait qu’elle laisse un vide entre les spécialités résultant de la division sociale en disciplines formelles. Par contre, les « hybrides » permettent la création de passerelles et souvent parviennent à combler une lacune sur la carte du savoir [32]. Mais qu’est-ce qu’un hybride ? Les spécialistes pensent que les sciences progressent grâce aux interactions entre elles, le processus étant irréversible. Au fur et à mesure qu’elles avancent, les vieilles disciplines accumulent une formidable masse de connaissances qui les oblige à se diviser. Chaque fragment d’une discipline est alors en contact avec un/des fragments d’autres disciplines, au-delà de leurs frontières et perd souvent le contact avec d’autres sections de la discipline d’origine. « En même temps, les spécialisations qui s’isolent trop deviennent moribondes » [32, p.25]. Par conséquent, s’ils n’engendrent pas une deuxième génération d’hybrides, leur évaluation s’arrêtera. De ce fait, l’échange d’idées entre chercheurs d’horizons différents – sous la forme, par exemple, de « collèges invisibles » – devient vitale. [38] Car, autrement, la grande variété des approches restrictives ainsi que les contradictions entre les recherches en différentes sciences, risquent de créer des morcellements (R. Ghiglione parle, par exemple, d’une science de la communication « morcelée ») [14] La psycholinguistique résulterait donc d’un processus d’hybridation entre deux fragments appartenant à deux sciences différentes. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples que ça. Mais, remontons d’abord, aux sources. Genèse de la psycholinguistique (P.L.) L’arbre généalogique des sciences sociales remonte à la philosophie qu’on pourrait diviser en deux branches: la philosophie de la nature et la philosophie de la morale. Celles–ci allaient engendrer les sciences naturelles et les sciences sociales. A leur tour, les sciences sociales se multiplièrent. La psychologie, longtemps considérée comme un sous-domaine de la philosophie, n’avait même pas au début du siècle passé un département propre dans les universités; la linguistique non plus, d’ailleurs, alors que la philologie était étudiée dans les départements de langues anciennes et modernes. Au fil des années et des « écoles », la linguistique et la psychologie délimitèrent leur objet et devinrent à leur tour, « des sciences–mères ». Mais alors que la linguistique – science ancienne entre toutes – reste cohérente, par son corps central « la langue » et que les chercheurs choisissent une spécialité – la phonétique, la phonologie, la morphologie, la syntaxe, la pragmatique sans pour autant perdre le contact avec les autres spécialités -, la psychologie, elle, englobe non moins de 17 spécialisations assez autonomes [12], dont la psychologie sociale, la psychologie cognitive et la psycholinguistique. Comme d’autres disciplines, la psychologie a commencé à être affectée sur son territoire, toute tentative de délimitation claire de ses frontières étant L PREMIÈRE ASSISE THÉORIQUE Dialogos  8/2003 23 en ce moment hasardée [24] Ceci s’explique peut- être par la complexité du domaine. Ainsi pour Pierre Janet [17, p.6], la psychologie est la science la plus vaste, la science universelle, car les faits psychologiques se trouvent partout. (De même, Grégory Bateson [1, p. 151] voit dans « la communication » la matrice dans laquelle sont incorporées toutes les activités humaines.) Les liens entre la linguistique et la psychologie datent depuis la naissance de la psychologie du langage, née en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Ainsi Bronckart [3, p.250] considère-t-il W. Wundt « comme l’un des premiers psycholinguistes dans la mesure où ses remarquables écrits sur le langage (1900) étaient directement inspirés des travaux des néo-grammairiens allemands. De la même manière, les travaux de P. Guillaume (1927) ou de Stern (1907) sont de véritables travaux de psycholinguistique. En Roumanie, selon T. Slama- Cazacu, Ovid Densuşianu est le premier à utiliser le terme comme tel en 1926 – en parlant de « constatations psycho-linguistiques » [30, p. 46]. Au cours du siècle passé les liens entre la psychologie et la linguistique ne firent que se resserrer. De l’avis de R. Ghiglione: « Les linguistes eurent un rôle prédominant, durant les trois quarts de ce siècle, en sciences humaines, et les modèles qu’ils imposèrent, ancrés dans de vieilles traditions philosophiques mais revivifiés par leurs soins eurent un impact important sur les disciplines connexes telles que la psychologie générale, la psychologie sociale ou la sociolinguistique. D’ailleurs, Saussure et Jakobson après lui considéraient la linguistique comme « ouvrant sur », « faisant partie » de la psychologie sociale, et Chomsky pour des raisons non moins évidentes considérait la linguistique comme faisant partie de la psychologie de la connaissance ». [14, p.12] L’acte de naissance « officiel » de la psycholinguistique (PL) en tant que science à part entière ne fut signé qu’à la moitié du XXe siècle aux Etats- Unis. En 1951, un séminaire à la Cornell University sous l’égide de Social Science Research Council réunit six personnes (psychologues et linguistes) qui tentèrent de tirer au clair les relations entre les deux sciences. Leur intention était en même temps de se délimiter de la psychologie du langage. Un comité fut constitué réunissant John Carrol, James Jenkins, George Miller et Charles Osgood (psychologues) ainsi que Joseph Greenberg, Floyd Lounsbury et Thomas Sebeok (linguistes). Une partie de ces pionniers (Carrol, Osgood et Sebeok) ainsi que quelques autres chercheurs et étudiants se réunirent à nouveau en 1953 à Indiana University. Les travaux du séminaire furent publiés dans le volume « Psycholinguistics, a survey of theory and research problems » sous la rédaction de Ch. Osgood et T. A. Sebeok et rapidement diffusés par les revues « International Journal of American Linguistics » et « Journal of Abnormal and Social Psychology » [voir 30, p. 22-23]. On peut y lire une brève définition « de travail » de la PL qui affirme qu’elle se préoccupe directement des processus de codage et de décodage qui relient les messages des états des interlocuteurs: « psycholinguistics deals directly with the processus of encoding and decoding as they relate states of messages to state of communicators » [30, p. 23]. Ainsi, remarque Ghiglione, « la signification est passée du système de la langue au système cognitif » [14, p. 22] Courants en P.L. et apprentissage des langues Dans le paysage foisonnant de la P.L. les chercheurs ont adopté des options théoriques très diverses, et souvent opposées. Plusieurs tendances semblent être prépondérantes. La première école du début des années ’50 – exclusivement américaine – était centrée sur les processus de communication, qu’elle analysait à partir à la fois de la linguistique structurale (Bloomfield, Fries, Hockett et Pike), de la théorie de la communication (Shannon et Weaver) et de la psychologie behavioriste (Watson (1913), Jenkins (1954)) et néo-behavioriste (Skinner, Thorndike). Chacune des trois fut démolie par les courants qui s’ensuivirent: la « révolution » provoquée par les premiers travaux de Chomsky [7, p.26-58] laissa dans l’ombre le structuralisme – ses techniques de classification, l’analyse synchronique de l’énoncé – et se fonda sur une conception diamétralement différente. La théorie de la communication s’avéra être en fait une théorie mathématique de la transmission de l’information. Par son caractère mécaniciste elle fit beaucoup de mal aux sciences du langage en réduisant la communication humaine à un schéma: dont les éléments – émetteur, récepteur, message, code, (codage, décodage), canal, bruit, (redondance) – ne rendent compte que des caractéristiques apparentes du « comportement » langagier. De la sorte, les données recueillies au cadre de cette théorie ont trait essentiellement au taux d’information apportée au destinataire que PREMIÈRE ASSISE THÉORIQUE Dialogos  8/2003 24 celle-ci soit d’ordre phonétique, lexical ou syntagmatique. Enfin, le modèle «Stimulus – Réponse » dans ses formes plus ou moins élaborées, cher aux behavioristes, bien que fortement contesté, mérite une présentation plus détaillée du fait de son influence sur les méthodes d’enseignement des langues. Deux “learning theories” dominent ce courant et influent sur les recherches en P.L. Le modèle du conditionnement – fut-il direct ou « médié » – renvoie en didactique des langues autant à la méthode audio-orale (A. O.) américaine (R. Lado) qu’ à la méthode, beaucoup plus tardive, structuro-globale-audio-visuelle (S.G.A.V.) européenne (Brunot, Guberina, Rivenc, Gougenheim). [39] Les deux utilisent des « pattern-drils » (les seconds en laboratoire de langue) qui sont des exercices uploads/Philosophie/ 3-cahier-technique-automobile-electricite-t1.pdf

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