1 MIRCEA MIHALEVSCHI LE RENOUVELLEMENT DU DISCOURS LITTÉRAIRE AU XXème SIÈCLE –

1 MIRCEA MIHALEVSCHI LE RENOUVELLEMENT DU DISCOURS LITTÉRAIRE AU XXème SIÈCLE – Perspectives épistémologiques – 2 Foto: John Minihan – Samuel Beckett (portret) – Scenă din En attendant Godot © Editura Fundaţiei România de Mâine, 2002 ISBN 973-582-536-8 Redactor: Janeta LUPU Tehnoredactor: Brînduşa DINESCU Coperta: Marilena BĂLAN Bun de tipar: 22.04.2002; Coli de tipar: 10,75 Format: 16/61x86 Editura şi Tipografia Fundaţiei România de Mâine Splaiul Independenţei, nr. 313, Bucureşti, sector 6, O.P. 78 Tel.: 410.43.80, Fax: 411.33.84; www.SpiruHaret.ro 3 UNIVERSITATEA SPIRU HARET FACULTATEA DE LIMBI ŞI LITERATURI STRĂINE MIRCEA MIHALEVSCHI LE RENOUVELLEMENT DU DISCOURS LITTÉRAIRE AU XXème SIÈCLE – Perspectives épistémologiques – Editura Fundaţiei România de Mâine Bucureşti, 2002 4 TABLE DES MATIÈRES 5 Avant-propos……………………………………..………. 7 Argument ………………………………………………… 9 1. Le discours poétique ……………………………….. 13 2. Les métamorphoses du discours narratif ………... 93 3. Le discours théâtral ………………………………… 141 4. Le bilan du renouvellement dans la perspective épistémologique ……………………………………… 157 Conclusions et perspectives ……………………………... 163 Bibliographie …………………………….……………… 171 7 AVANT-PROPOS Le présent ouvrage comporte deux parties: ♦ La première a une vocation historique – taxino- mique: elle dresse l’inventaire des renouvellements spec- taculaires des formes d’expression littéraires au XXème siècle, accordant à chaque type de discours un chapitre à part. Accompagnée par le volume collectif – en prépara- tion sous notre coordination – La Littérature française du XXème siècle dans les textes – elle constituera le principal instrument de travail mis à la disposition des étudiants qui préparent ce cours d’histoire littéraire. ♦ La seconde partie est interprétative. Elle se pro- pose de rapporter à un dénominateur commun les motiva- tions profondes, les significations et les visées des ces métamorphoses dans une perspective épistémologique. De la sorte, le présent ouvrage se veut une contribution aux recherches actuelles visant à déceler les lignes de force du devenir de la création littéraire au seuil du XXème siècle et leur possible rôle dans une culture – force efficace à édifier. L’auteur 8 9 ARGUMENT Chaque siècle de l’histoire littéraire avait fourni des nouveautés sur le plan des formes d’expression de divers types de discours et parfois même des transformations sensibles dans les structures intimes des œuvres. Cependant les nombreuses, profondes et spectacu- laires métamorphoses du discours littéraire (et de celui artistique) qui ont eu lieu (en France et, pratiquement, sur tous les méridiens) en commençant avec la dernière partie du XIXème siècle n’ont certainement pas eu de précédant, comme importance et envergure, dans l’histoire de la cul- ture universelle. Ce renouvellement radical coïncide avec les mutations extrêmement rapides et spectaculaires du cadre de la vie (changements du statut socio-économique, de l’environnement, de l’emploi des objets et instruments utilitaires, des médias etc.). Des changements de cette nature avaient eu lieu, au cours de l’histoire, progressivement, à petits pas, à des intervalles comptant de nombreuses générations; à notre époque ils semblent marquer chaque décennie. D’autre part, le renouvellement qui a eu lieu sur le plan culturel laisse percer de nombreuses analogies avec les modifications des coordonnées d’ordre épistémolo- gique. Dans un livre consacré à ces mutations dans la con- figuration du savoir (La Nouvelle Alliance1), Ilya Prigogine (Prix Nobel pour la chimie) et Isabelle Stengers présentent 10 les aspects de l’actuel carrefour épistémologique comme découlant des contradictions internes dans les domaines des sciences exactes, contradictions nées entre leurs assises classiques (la physique newtonienne, par exemple) et les progrès extraordinaires marquées au cours du dernier siècle. Prenons en considération un pareil exemple de résul- tat spectaculaire dans le domaine de la physique à savoir la découverte par Werner Heisenberg, des „relations d’incer- titude” dans la description des particules élémentaires (selon lesquelles il est impossible de mesurer simultané- ment la position et la vitesse de celles-ci). Pour mettre en évidence la possible analogie des effets de cette découverte dans la configuration générale du sa- voir et certains changements de la vision sur la saisie des articulations du monde par la création littéraire et artis- tique imaginons le scénario suivant: Quel a dû être la réaction d’une personne ayant des connaissances assez solides dans le domaine de la phy- sique classique (un professeur du cycle secondaire, par exemple) face à l’énoncée de Heisenberg? Normalement, sa foi dans le progrès linéaire du savoir aurait dû le déter- miner à se dire que, malgré tout, cette limite théorique sera transgressée. Or, trancher les relations d’incertitudes dans les termes de la physique classique constitue une aber- ration: Pour décrire les particules élémentaires il faut envi- sager le continu spatio-temporel face auquel nos représen- tations fondées sur les identités fixes et les attributs stables (selon les philosophes du groupe „tel-quel”) ne sont pas opérantes: Les particules élémentaires ne se prêtent pas aux „représentations planétaires” affirment les physiciens. À comparer cette ultime assertion avec un texte de Samuel Beckett dans lequel, en 1945, il parle de l’impos- sibilité de la „représentation réaliste” du mouvement: 11 „Le ,réaliste’, suant devant sa cascade, et pestant contre les nuages, n’a pas cessé de nous enchanter. Mais qu’il ne vienne plus nous emmerder avec ses histoires d’objectivité et de choses vues. De toutes les choses que personne n’a jamais vues, ses cascades sont assurément les plus énormes. Et, s’il existe un milieu où l’on ferait mieux de ne pas parler d’objectivité, c’est bien celui qu’il sillonne, sous son chapeau parasol”.2 Dans la suite de l’article Samuel Beckett fait l’éloge des peintres van Velde qui avaient mis en œuvre des moyens picturaux visant à surprendre les conditions de la dérobade de l’objet. L’objet sera surpris: ou bien comme „suspendu” dans une intemporalité métaphysique ou bien sur le point de faire éclater sous une poussée centrifuge ses contours du moment. Les analogies de ce genre entre les solutions de continuité marquant les progrès scientifiques et celles des trajets suivis par la création littéraire et artistique, peut-être moins frappantes, nous semblent assez faciles à repérer. Notre démarche vise à inventorier les renouvel- lements du discours littéraire depuis la dernière partie du XIXème siècle. Cette activité taxinomique nous permettra d’attaquer de front le problème de la probable solidarité organique entre le renouvellement qui nous préoccupe et les coordonnées du carrefour épistémologique contem- porain. En voilà quelques-unes: L’on ne se limite plus à rendre l’inconnu au connu, l’on s’interroge surtout aux facettes se dérobant à notre emprise du prétendu „connu”; il n’y a pas d’objet commun pour tous les points de vue, ni de point de vue commun pour tous les objets; la raison humaine n’est plus censée être coextensive à la complexité du monde et en consé- quence l’homme n’est plus placé (théoriquement) au centre de l’univers (univers posé, d’ailleurs, comme décentré) etc. 12 Nous espérons que la confrontation des résultats de l’approche du phénomène littéraire avec cette perspective épistémologique seront édifiants pour une meilleure com- préhension du phénomène littéraire contemporain. Notes 1. Prigogine, Ylya et Stengers, Isabelle, La nouvelle Alliance, Gallimard, Paris, 1979. 2. Beckett, Samuel, Le monde et le pantalon, Ed. de Minuit, Paris, 1988, p. 29-30. 13 1. LE DISCOURS POÉTIQUE Les renouvellements profonds et féconds de ce type de discours s’inscrivent sur deux voies principales: l’une conçoit l’acte poétique comme acte de participation totale; l’autre, sans se situer en opposition avec la première, place au centre de l’intérêt la trame textuelle comme lieu privi- légié d’une médiation essentielle. Les deux premiers grands poètes visionnaires avec lesquelles débute cette vague de renouvellements d’une envergure sans précédent, Rimbaud et Lautréamont, pour- raient, en fin de compte, s’inscrire sur les deux voies à la fois. Nous commencerons par eux. ARTHUR RIMBAUD Les innovations sur le plan des formes d’expression – aussi bien sur celui du contenu – dans le discours poé- tique d’Arthur Rimbaud sont radicales. Elles sont net- tement étalés et soutenues aussi bien dans ses écrits théo- riques (Lettre à Demeny, dite „de la voyance”), que dans son oeuvre poétique. Le plus commode pour notre démarche serait de les classifier suivant l’axe de l’impact entre les divers registres du „moi” humain et les données du monde, axe sur lequel elles s’inscrivent de façon naturelle. De la sorte elle sera focalisée sur les trois objectifs suivants: le „moi” / le monde / l’instance de leur médiation. 14 Apparemment, cette opération taxinomique oblitère, par les distinctions établies, le fait que le „moi” a le statut paradoxal de participer du monde et en même temps de le contempler „de l’extérieur” (selon la perspective existen- tialiste). Cependant, elle nous intéresse (en partie, au moins) justement parce que l’analyse très nuancée du „moi” entreprise (explicitement et implicitement) par Rimbaud prépare le terrain pour la saisie existentielle de l’Être. Le monde vu comme l’Inconnu illimité Comme nous venons de le dire, Rimbaud est préoc- cupé par la complexité et la diversité des instances du moi. „Car je est un autre” écrit-il dans sa Lettre à Demeny, en parlant du „moi” poétique dont il contemple l’éclosion tandis que son „moi” ordinaire (commun à tous les êtres humains) est réduit a l’instance de simple spectateur. Son devoir – que la mission héroïque, assignée par ses dons de poète, lui impose – sera de catalyser les vertus uploads/Philosophie/ an-2-an-3-disc-lit-pdf.pdf

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