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Dialogue http://journals.cambridge.org/DIA Additional services for Dialogue: Email alerts: Click here Subscriptions: Click here Commercial reprints: Click here Terms of use : Click here Art, nature et expérience esthétique chez Kant Claude Veillette Dialogue / Volume 35 / Issue 02 / March 1996, pp 219 - 234 DOI: 10.1017/S0012217300008325, Published online: 13 April 2010 Link to this article: http://journals.cambridge.org/ abstract_S0012217300008325 How to cite this article: Claude Veillette (1996). Art, nature et expérience esthétique chez Kant. Dialogue, 35, pp 219-234 doi:10.1017/S0012217300008325 Request Permissions : Click here Downloaded from http://journals.cambridge.org/DIA, IP address: 150.216.68.200 on 24 Apr 2015 Articles Art, nature et experience esthetique chez Kant CLAUDE VEILLETTE Universite de Montreal Au §45 de la Critique de lafaculte dejuger, Kant ecrit: «La nature etait belle lorsqu'elle avait incontinent l'apparence de l'art; et l'art ne peut etre appele beau que lorsque nous sommes conscients qu'il s'agit bien d'art, mais qu'il prend pour nous l'apparence de la nature))1. Ce qui semble a premiere vue n'etre qu'un simple «paradoxes Gedankenspieh2 nous convie au contraire a l'un des problemes les plus interessants de la troisieme Critique: celui du rapport entre la beaute de l'art et celle de la nature. L'intention de la pre- sente analyse est de preciser l'importance de ce rapport dans l'economie et dans l'articulation generate de cette oeuvre. Comment devons-nous com- prendre cette sorte de «chasse-croise» entre l'art et la nature? Est-ce que, par exemple, Paffirmation qui declare que l'art ne peut etre beau que s'il apparait comme nature possede, aux yeux de Kant, le meme statut philo- sophique que celle qui dit que la nature pour etre belle doit apparaitre comme art? En somme, est-ce que d'apres Kant la relation entre les belles formes naturelles et les beaux produits de l'art en est une de reciprocity? Avant de repondre a ces questions, il faut d'entree de jeu convenir que la demarcation entre le beau de l'art et celui de la nature peut paraitre assez Dialogue XXXV (1996), 219-34 © 1996 Canadian Philosophical Association/Association canadienne de philosophic 220 Dialogue surprenante. De fait, dans l'«Analytique du Beau» (§1 a 23), qui constitue de loin la section la plus longue de la premiere partie de la «Critique de la faculte de juger esthetique», Kant fait methodiquement abstraction de toute distinction entre les differentes formes de beaute. En outre, aucun ecart reel n'est creuse entre le beau de la nature et le beau de l'art. Le domaine du beau est par definition ce qui plait dans le simple jugement. On a souvent fait remarquer que l'«Analytique» n'a d'autre dessein que de degager les conditions necessaires a l'engendrement d'un jugement a priori sur le beau3. Ce qui constitue la nature esthetique de l'objet en tant que telle, ce n'est pas une propriete inherente a l'objectivite de l'objet lui- meme, mais uniquement son rapport au sujet et a une espece particuliere de sentiment que Kant appelle le gout (Geschmack). Ne renvoyant qu'a une forme singuliere de sentiment eprouve par le sujet, la «beaute» n'est pas une propriete reelle ou une categorie objective appartenant en propre a tel ou tel objet ou substance. Autrement dit, et c'est bien la l'originalite de l'esthetique kantienne, le beau est explicite par l'etat du sujet et non celui-ci par le beau4. Pour le dire dans les termes de Kant, le bel objet (tant naturel qu'artis- tique) est celui qui est capable de susciter un sentiment d'un type particu- lier, appele sentiment de plaisir, apte a produire une association libre et harmonieuse de l'imagination (Einbildungskraft) et de l'entendement (Verstand), selon que cette juste «proportion» est precisement celle que necessite toute connaissance en general5. II faut attendre Hegel pour voir l'esthetique acceder au niveau d'une esthetique de l'objet, tandis que chez Kant l'esthetique reste somme toute au niveau d'une pure analyse des conditions a priori de l'impression subjective. D'ailleurs c'est en partie pour ce motif que Schopenhauer reproche a Kant d'avoir relegue le domaine de la beaute a une simple enquete sur le jugement de gout et, par- tant de la, de l'avoir explique dans les termes du jugement en general6. Aussi, bien avant Gadamer, Schopenhauer fait remarquer qu'en limitant l'experience de la beaute a l'experience du sujet jugeant, l'esthetique kan- tienne etait le symptome manifeste d'une subjectivation de la beaute. Que nous soyons en accord ou non avec cette critique importe peu pour les fins de notre enquete. En revanche, ces quelques constatations suffi- sent, croyons-nous, pour montrer que la distinction au niveau de l'«Ana- lytique» entre le beau de la nature et celui de l'art n'a aucune importance. Pourtant Kant n'en reste pas a cette pure analyse transcendantale du jugement de gout qui, parce qu'elle ramene la comprehension de la beaute a une harmonie interne des facultes de connaitre, exclut de l'esthetique toute consideration sur la nature du bel objet. Dans un second temps, Kant va franchir un pas en direction de ce qu'on pourrait appeler une metaphysique du beau. Suivant ce nouveau contexte le beau ne sera plus uniquement ce qui permet a l'imagination et a l'entendement de s'harmo- niser dans un libre rapport, mais il recevra en outre la possibility de «pre- Kant 221 senter» (vorstellen) symboliquement une mediation (Vermittlung) entre la nature et la liberte, entre le monde de la sensibilite et le monde des idees morales. On mesure deja tout ce qui separe la perspective de l'«Analy- tique» de celle que nous venons d'esquisser. Avec cette derniere, qui sera d'ailleurs le point de depart qu'empruntera l'esthetique idealiste alle- mande, Kant portera la Critique de la faculte de juger a une dimension speculative laissee en suspens dans l'«Analytique». Aussi faut-il le men- tionner, c'est principalement a ce niveau que la reflexion sur le beau de la nature et le beau de l'art va recevoir toute son acuite. 1. Le beau nature] en tant que modele des beaux-arts Afin de saisir plus clairement l'importance du rapport entre ces deux formes de beaute, nous commencerons par examiner le moment ou Kant dans le §45 soutient que l'art n'est beau que s'il apparait comme nature. Pour l'essentiel, et assez curieusement, ce a quoi Kant, volontairement ou non, nous convie avec cette these, c'est a une reflexion qui ouvre sur un probleme esthetique, celui de savoir a quelle condition une ceuvre d'art peut etre dite belle. Plus precisement, Kant vient cautionner ici la reven- dication de l'art a sa delicate et fragile autonomie. On comprendra aise- ment que cette affirmation a de quoi etonner. Comme on sait, Kant se defend bien d'avoir entrepris la troisieme Critique en vue de «la formation (Bildung) et la culture du gout» (KdU, p. 170; trad, franc., p. 920) ou encore dans le dessein de contribuer au developpement du discours centre sur la question de Pceuvre d'art. A vrai dire on ne peut etre que decu si en abordant la Critique de la faculte de juger on y cherche une philosophic de l'art au sens qu'a cette expression depuis Hegel7. Sans doute, et per- sonne ne le conteste, Kant a contribue grandement a la fondation de l'esthetique moderne. Mais de la a faire du noyau de la troisieme Critique une theorie de la creation artistique, il y a un pas que Kant n'a pas voulu franchir. Qui plus est, il ne fait quasiment aucune reference a une ceuvre d'art et les rares exemples qu'il donne sont somme toute bien peu con- vaincants. Les sections qui traitent de l'art et de la classification des beaux-arts (§43 a 53), que Kant, faut-il le mentionner, ne donne qu'a titre d'essai (Versuch), sont certes le signe d'une grande «profondeur», mais il serait difficile d'y trouver des elements venant confirmer une veritable connaissance du phenomene artistique8. Aussi ce n'est pas sans raison si certains commentateurs considerent que dans l'ensemble des idees developpees dans la Critique de la faculte de juger, l'etude sur l'art et les beaux-arts demeure la partie la plus depen- dante des conceptions theoriques en vigueur en France, en Angleterre et en Allemagne a l'epoque de Kant9. En conclure, cependant, comme Hegel l'a fait et a sa suite maints auteurs, qu'il s'agit d'une des faiblesses de l'esthetique kantienne, temoigne du refus de saisir l'usage veritable auquel Kant destine la reflexion sur l'art au sein de la troisieme Critique. 222 Dialogue Bien que le moment ne soit pas encore venu d'examiner dans le detail ce qu'apporte cette analyse du phenomene artistique, il nous suffit pour l'instant d'indiquer qu'elle participe a un dessein transcendantal: celui de comprendre, par-dela l'analyse mathematico-conceptuelle, la possibility d'une nature regie par un concept de finalite. Plus precisement, l'interet que porte Kant a la comprehension de l'art vise essentiellement, comme nous le verrons bientot, a donner une illustration de ce que pourrait etre l'organisation de la nature selon un procede technique, par opposition a une comprehension purement mecanique. Et pourtant, malgre le fait qu'il ne vise a aucune contribution positive en ce domaine, la these de l'art comme apparence de la nature fournit bel et bien a Kant des elements qui viennent conferer a l'art une dignite que l'esthetique rationaliste lui refu- uploads/Philosophie/ c-veillette-art-nature-et-experience-esthetique-chez-kant.pdf

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