Laval théologique et philosophique Document généré le 25 oct. 2017 12:46 Laval
Laval théologique et philosophique Document généré le 25 oct. 2017 12:46 Laval théologique et philosophique Pourquoi l'art doit imiter la nature Saint-Martin-de-Tours Volume 21, numéro 2, 1965 URI : id.erudit.org/iderudit/1020076ar DOI : 10.7202/1020076ar Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Faculté de philosophie, Université Laval et Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval ISSN 0023-9054 (imprimé) 1703-8804 (numérique) Découvrir la revue Citer cet article Saint-Martin-de-Tours "Pourquoi l'art doit imiter la nature." Laval théologique et philosophique 212 (1965): 175–190. DOI : 10.7202/1020076ar Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique- dutilisation/] Cet article est diffusé et préservé par Érudit. Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. www.erudit.org Tous droits réservés © Laval théologique et philosophique, Université Laval, 1965 Pourquoi Fart doit imiter la nature Saint Thomas écrit son Prooemium du traité de la Politique à partir d’une citation des Physiques : « Comme le Philosophe l’enseigne avi deuxième livre des Physiques, l’art imite la nature. » 1 Et il entre prend sur-le-champ d’en rendre raison : Cujus ratio est. . ce qu’Aris- tote lui-même, comme nous allons le voir, n’avait pas cru nécessaire. Notre propos ne se borne pas à rendre plus manifeste, au moins quoad nos, la ratio ou argument dont saint Thomas use en ce Prologue. Notre principal intérêt va plutôt à ce fait que si l’on se rapporte à son commentaire des Physiques où il écrit de même : « Ejus autem quod ars imitatur naturam, ratio e s t. . . )> ,2 on constate qu’il justifie ce dire d’Aristote d’une tout autre façon. L’examen de ces deux passages : l’argument des Physiques et celui du Prologue de la Politique, fera donc l’objet du présent article pour les exposer, les comparer, et, si possible, rendre compte de leur diversité. i. l ’ a r g u m e n t d e p h y s iq u e s n, c. 2 1. Considérations 'préliminaires Comment et à quelle fin Aristote est-il conduit, au livre II des Physiques, à utiliser l’axiome : l’art imite la nature ? Au livre I des Physiques, il a mis en lumière les principes du sujet de la science naturelle, i.e. les principes de l’être mobile. Au livre II, il étudie les principes de la science qui porte sur l’être mobile. Il distingue d’abord parmi les êtres qui existent, les êtres naturels et ceux qui ne le sont pas. Sont naturels, dit-il, les êtres qui ont en eux- mêmes le principe de leur mouvement. Ces êtres existent et l’on n’a pas à le démontrer, leur existence étant un postulat incontestable. Mais nous ne savons pas leur essence. Qu’est-ce qui est nature en eux ? Leur matière, mais à plus juste titre leur forme, car c’est par la forme qu’une chose est ce qu’elle est et maintient son type dans la génération. Le naturalis doit donc étudier et la matière et la forme des êtres naturels. Aristote en donne trois preuves. C ’est dans le premier des trois arguments qui tendent à montrer que le naturalis doit considérer et la matière et la forme des êtres naturels qu’Aristote invoque le principe que nous sommes présente ment à étudier : l’art imite la nature. « Mais si, écrit-il, l’art imite la nature et si, dans une certaine limite, il appartient à une même science 1. In I Polit., Prol., n.l. 2. In II Phys., lect.4, n.6. 176 L A V A L THÉOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE de connaître la forme et la matière (par exemple, au médecin la santé, et la bile et le phlegme dans lesquels est la santé ; de même, à l’architecte, la forme de la maison et la matière, à savoir tuiles et bois ; de même pour les autres arts) alors il doit appartenir à la physique de connaître les deux natures. » 1 Dans ce passage, nous voyons qu’Aristote utilise l’axiome : l’art imite la nature, comme point de départ de son argument, sans l’expli citer en aucune façon, alors qu’il se sert d’exemples empruntés à la médecine et à l’architecture pour montrer qu’il appartient à la même science de connaître et la forme et la matière de ce qu’elle étudie. Il semble donc que pour Aristote la proposition « l’art imite la nature » soit une proposition évidente par soi. Cette conclusion ressort aussi du fait qu’à plusieurs reprises le Philosophe utilise ce principe, sans jamais tenter d’en montrer la vérité, et cela notamment dans sa Rhétorique et dans sa Poétique. Ainsi dans la Rhétorique, au début du livre III qu’il consacre à l’étude du style oratoire, avant de présenter une admirable théorie du vocabulaire utilisé par le rhéteur, il présente quelques mots sur l’action oratoire : « Cette action s’occupe de la voix, des différentes façons de l’employer pour rendre chaque passion : tantôt forte, tantôt faible et tantôt moyenne. » 2 Dans ce texte, Aristote ne semble pas mettre en doute le fait que l’art — ici l’art oratoire — ait à imiter la nature. Le sujet de la rhétorique et la qualité des auditeurs exigent que l’orateur agisse sur les passions, ce que l’orateur ne peut faire, dit Aristote, qu’en imitant la passion au moyen de sa voix, « attendu que les mots sont une imitation et que la voix est de tous les organes celui qui se prête le mieux à l’imitation )> .3 Au premier chapitre de la Poétique, nous retrouvons des expressions semblables. De même que dans la Rhétorique Aristote veut que la voix « tantôt forte, tantôt faible et tantôt moyenne » « rende », imite chaque passion, de même au début de la Poétique, comparant les diffé rentes formes poétiques, il les distingue quant aux moyens d’imiter, aux objets à imiter et à leur façon d’imiter. « L’imitation, explique- t-il, est produite au moyen du rythme, des mots et de l’harmonie, employés séparément ou ensemble. Dans le rythme lui-même, sans le concours de l’harmonie, consiste l’imitation par la danse ; en effet, c’est par des attitudes rythmiques que le danseur rend les caractères, les passions, les actions. » 4 L’art imite donc « les caractères, les passions, les actions ». Par la suite, Aristote affirme que, parmi les imitations, c’est le drame qui, mieux que toute autre, reproduit l’action, et « comme 1. Phys., II, c.2, 194 a. 2. Rhétorique, III, c.l. 3. Ibid., 4. Poétique, c.l. POURQUOI l ’ a r t DOIT IM ITER LA NATURE 177 l’imitation s’applique aux actes des personnages et que ceux-ci ne peuvent être que bons ou mauvais (car les caractères se rangent à peu près toujours dans ces deux catégories, ne différant que par la pratique du vice ou de la vertu), il en résulte que les personnages sont représentés ou meilleurs ou pires ou dans la moyenne ».' Dans ce dernier passage de la Poétique, comme dans ceux qui ont précédé, Aristote suppose bien que l’art imite la nature, mais ne tente nullement d’expliquer pourquoi. Mais cette proposition est-elle bien évidente par soi? Si oui, saint Thomas, qui va manifester cette proposition à deux reprises, mérite d’encourir le blâme d’Aristote, pour qui éclairer « ce qui est manifeste par ce qui est obscur, c’est le fait d’un homme incapable de distinguer ce qui est connaissable par soi et ce qui ne l’est pas. C’est une maladie possible, évidemment : un aveugle de naissance peut bien raisonner des couleurs ; et ainsi de telles gens ne discourent que sur des mots sans aucune idée ».* Telle est l’erreur de ceux qui tentent de démontrer que la nature existe : « il est manifeste, en effet, qu’il y a beaucoup d’êtres naturels ».* Si cette proposition : l’art imite la nature, est une proposition immédiate, i.e. une proposition dont le prédicat est de la raison du sujet,4 elle n’est cependant pas une proposition connue de tous. Pour bien comprendre cette affirmation, il faut se rappeler la doctrine expo sée par saint Thomas dans son commentaire des Seconds Analytiques au sujet des propositions qui sont principes de démonstrations. H y a des propositions immédiates, dit-il, dont les termes sont si communs que tous les connaissent, telles sont les propositions : il est impossible qu’une chose soit ou ne soit pas en même temps et sous le même rapport, le tout est plus grand que sa partie, et autres sem blables. Ces propositions sont non seulement évidentes en elles-mêmes mais elles sont connues de tous. D ’autres propositions sont encore immédiates, mais leurs termes moins communs ne sont pas connus de tous. Alors, bien que dans ces propositions le prédicat soit de la raison du sujet, ces propositions ne sont pas admises par tous mais par ceux seulement qui connaissent la définition du uploads/Philosophie/ pourquoi-l-x27-art-doit-imiter-la-nature-laval-theologique-et-philosophique.pdf
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- Publié le Jan 10, 2021
- Catégorie Philosophy / Philo...
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