Spinoza et Freud (1) : l’inconscient Publié le 21 mars 2012 Dans l’article préc
Spinoza et Freud (1) : l’inconscient Publié le 21 mars 2012 Dans l’article précédent, nous avons rapproché Spinoza de la psychanalyse sur deux points : en reliant d’une certaine façon passion et pulsion et par la localisation d’un événement dans le passé. Cela ne signifie nullement que spinozisme et freudisme soient proches l’un de l’autre. Que du contraire, nous pensons que les deux visions du monde sont totalement inconciliables, même si certains liens peuvent évidemment, comme nous l’avons fait, être mis en évidence. Ces liens ne permettent pas du tout de dire comme on peut le lire à maints endroits que « Spinoza a ouvert la voie à Freud », et même si Freud semble admettre, lui-même, du bout des lèvres une certaine influence de Spinoza sur son œuvre : «J’avoue volontiers ma dépendance à l’égard des enseignements de Spinoza. Si je n’ai jamais pris la peine de citer directement son nom, c’est que je n’ai pas tiré mes présupposés de l’étude de cet auteur mais de l’atmosphère créée par lui. Et parce que je n’avais rien à faire d’une légitimation philosophique. » Dans cet article et le suivant, nous allons souligner les différences profondes entre les deux systèmes, en commençant par la différence essentielle : celle portant sur la célèbre notion d’inconscient que tous les psychologues considèrent comme l’apport fondamental de Freud à la psychologie. En effet, en occident Freud est vénéré comme celui qui, grâce à l’introduction de l’inconscient, a révolutionné le paradigme de la psychologie. Il y aurait la psychologie « avant » et la psychologie « après » Freud. Commençons par présenter la théorie de l’inconscient selon Freud : 1. L’inconscient n’est pas une partie du cerveau! Il faut bien distinguer le cérébral et le psychique, le niveau des fonctions neurologiques du cerveau et celui de la pensée. Lorsque Freud distingue des « lieux » psychiques qu’il nomme des instances et dont il décrit le fonctionnement dans ses topiques, ces “lieux” sont la représentation figurée de processus et non des zones « dans » la pensée, qui n’est pas quelque chose de matériellement divisible. Les topiques ont pour but de permettre la représentation du fonctionnement de la pensée (que Freud appelle fonctionnement psychique) à l’aide d’un modèle simple (la représentation spatiale) de façon à en faciliter la compréhension. Première topique : ICS // (PC / CS) ICS : l’inconscient, lieu des pulsions et des tendances refoulées. PC ou pré-conscient : ce qui n’est pas actuellement présent à ma conscience mais qui peut le devenir (certains souvenirs par exemple, les gestes qu’on accomplit mécaniquement). CS : le conscient (je), ce que je pense, ce que je perçois actuellement. L’ensemble (PC / CS) constitue ce que le sujet identifie comme son être, son Moi. Vivre Spinoza Chemins spinozistes pour parcourir le monde // : c’est la « barrière » de la censure, qui représente l’activité du refoulement qui divise le psychisme humain. Refoulement : force qui tend à s’opposer au devenir conscient de certaines tendances. 2. L’inconscient n’est pas « le vrai moi »! Même pour Freud, il n’y a qu’un Moi, l’être que j’ai conscience d’être. Ce que Freud ajoute c’est que le Moi ignore les tendances inconscientes qui le constituent. Ainsi les pensées conscientes sont conçues par Freud comme un point d’équilibre entre des forces psychiques diverses et contradictoire: a) les pulsions, source interne de l’excitation et de l’énergie psychique; b) la censure, qui représente des interdits, les exigences intériorisées de la Loi ; c) le rapport à la réalité. D’où la seconde topique : SURMOI CA MOI RÉALITÉ Surmoi : instance qui représente l’intériorisation des interdits, les exigences civilisationnelles, sociales et familiales. Ça : les pulsions refoulées. La réalité : le monde réel, à quoi on doit s’adapter, dont on doit tenir compte. Moi : l’instance de la conscience de soi qui, à son insu, emploie l’essentiel de son énergie à tenter de concilier les exigences contradictoires du Ca, du Surmoi et de la Réalité. Principe de plaisir : recherche exclusive et pressante de la satisfaction selon lequel agit le Ca. Principe de réalité : nécessité de l’adaptation des exigences de satisfactions à l’ensemble des conditions réelles d’existence d’un sujet particulier. Les deux principes s’harmonisent rarement dans la vie. D’où d’inévitables frustrations et le caractère pathétique d’affirmation du type : «moi, je fais ce que je veux» (on fait toujours « comme on peut », chacun sait cela). Commentaire de Freud sur la seconde topique : «Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche, rétablir l’harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : «Ah, la vie n’est pas facile.» 3. Freud affirme l’existence d’un inconscient psychique C’est-à-dire d’une activité de pensée qui n’est pas accompagnée de conscience, qui est ignorée du sujet conscient. Il ne faut donc pas confondre l’inconscient avec les automatismes corporels dont Descartes donnait déjà des exemples («il arrive que nous marchions ou que ne mangions sans penser en aucune façon à ce que nous faisons»). C’est précisément cela le « scandale » de l’affirmation freudienne : la pensée en nous ne se borne pas à l’activité psychique consciente; plus encore, les pensées conscientes sont le produit de tendances inconscientes : «le Moi n’est pas maître dans sa propre maison» (quand je veux, « ça » veut). 4. Le principe de la démarche psychanalytique et le problème de la preuve de l’inconscient Mais comment affirmer l’existence de ce qui par définition échappe à la conscience? Comment admettre un tel démenti de l’expérience vécue de la conscience de soi? Le principe constant de recherche de Freud est que «tous les faits psychiques ( toutes les productions mentales et tous les comportements) ont un sens». Il suffit que l’interprétation montre qu’un phénomène que le sujet juge en toute bonne foi insignifiant ou a-signifiant peut se comprendre comme une intention ou une tendance douée de sens pour prouver qu’il existe des processus de pensée inconscients. La réussite de l’interprétation (d’un rêve par exemple) montre donc que la conscience n’est pas l’origine de tout ce qui a sens pour le sujet, ni le foyer unique de l’intention : il y a une activité intentionnelle inconsciente, une causalité inconsciente et ce qui a sens pour le sujet est plus vaste que ce dont il a conscience. Donc le sujet s’ignore, il est dans un état d’aveuglement sur soi. L’herméneutique (la démarche d’interprétation) freudienne est une démystification des illusions du Moi. 5. Exemples Les actes manqués, catégorie dont font partie les lapsus : ce sont les maladresses de comportement ou les erreurs de langage : si des actes sont manqués du point de vue de l’intention consciente, ce sont bien souvent des actes réussis du point de vue de l’inconscient : c’est le cas lorsque le lapsus est porteur d’un sens, ou lorsqu’une maladresse réalise un désir dont l’expression est interdite et qui doit être refoulé (d’où le thème freudien du retour du refoulé). Les symptômes : ce sont pour Freud des commémorations du traumatisme qui en est l’origine. Les oublis : ils témoignent de l’activité du refoulement, en tant qu’il a partie liée avec les intérêts du Moi. Le refoulement agit comme une force qui s’efforce d’éviter tout déplaisir à la partie consciente du psychisme. Les oublis des noms de personnes familières sont très caractéristiques de l’activité inconsciente. Comment rendre compte de ce type d’oubli? Freud propose de cesser de considérer l’oubli comme une déficience de la faculté de remémoration, et d’y voir reconnaître l’activité d’une force (le refoulement) qui empêche le ressouvenir: si je ne me souviens pas, c’est que «je» ne veux pas me souvenir. Les rêves : Freud distingue le contenu manifeste (le rêve tel qu’il se présente au souvenir) du contenu latent (= caché) qui est porteur des pensées que le rêve exprime de façon figurée. Le rêve est énigmatique car les pensées dont il est porteur subissent un processus de figuration qui fait du contenu manifeste un rébus à interpréter. Ainsi des pensées sont présentes dans tout rêve, mais elles sont exprimées de façon détournée. 6. Inconscient et connaissance de soi Aux yeux de Freud la conscience de soi n’est en rien une connaissance de soi, bien au contraire : elle est le lieu d’une mystification. Par conséquent l’autobiographie ou l’introspection, qu’elles procèdent intuitivement ou réflexivement ne peuvent pas être connaissance de soi; car le sujet ignore qu’il est le produit de déterminations inconscientes. Se “connaître” c’est dévoiler progressivement par l’interprétation analytique le réseau des déterminations qui constituent l’être au monde du sujet, son existence. Ce n’est pas connaître un illusoire « vrai moi » mais réduire le sentiment d’altérité en soi, réduire en soi le conflit entre les différentes tendances qui nous animent. Certains passages de l’Ethique pourraient faire penser à une certain « inconscient ». Par exemple : « Nul ne sait ce que peut le corps », ou encore uploads/Philosophie/ spinoza-et-freud-1-l-x27-inconscient-vivre-spinoza.pdf
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- Publié le Dec 01, 2022
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