Archétype (psychologie analytique) 1 Archétype (psychologie analytique) L'arché
Archétype (psychologie analytique) 1 Archétype (psychologie analytique) L'archétype est une forme a priori de toute expérience humaine, inscrite dans la structure du cerveau et conditionnant tout schéma de pensée ou de représentation. L'archétype (prononcé [aʁketip]) est un concept appartenant à la psychologie analytique élaborée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875 - 1961) qui le définit comme une « forme de représentation donnée a priori »[1] , ou encore comme une « image primordiale » renfermant un thème universel, commun à toutes les cultures humaines mais figuré sous des formes symboliques diverses, et structurant la psyché inconsciente. L'archétype est pour la psychologie jungienne un processus psychique fondateur des cultures humaines car il renferme les modèles élémentaires de comportements et de représentations issus de l'expérience humaine à toutes les époques de l'histoire, en lien avec un autre concept jungien, celui d'inconscient collectif. Du grec ancien αρχέτυπον arkhêtupon signifiant « modèle primitif », entré dans les langues modernes par l'intermédiaire du latin « archetypum », soit « grandes images », les archétypes apparaissent dans les mythes, mais aussi dans les rêves ; ils y forment des catégories symboliques structurant les cultures et mentalités, et orientant le sujet vers son évolution intérieure, nommée individuation dans la psychologie de Jung. Pour ce dernier, les archétypes sont caractérisés fondamentalement par le fait qu'ils unissent un symbole avec une émotion, ce faisant, ils sont des « potentiels d'énergie psychique »[2] constitutifs de toute activité humaine et orientant la libido[3] . Les archétypes sont ainsi, dans l’espace mental, des dépôts permanents d’expériences continuellement répétées au cours des générations. Si Jung et ses continuateurs ont toujours évoqué l'archétype comme une hypothèse à propos de la structure profonde du psychisme, ils en ont cependant fait un pivot de la psychologie analytique très polémique, corollaire du concept également controversé d'inconscient collectif. Pourtant Jung n'est pas le premier à évoquer la possibilité d'existence d'« images primordiales » conditionnant l'imaginaire et la représentation ; avant lui en effet de nombreux philosophes en ont postulé l'influence sur la nature humaine. Enfin, le concept a connu, après Jung et jusqu'à des théories scientifiques modernes, une renaissance qui en fait une hypothèse d'actualité. Définition en psychologie analytique L'archétype : une structure de représentation Carl Gustav Jung considère l'archétype comme étant « une structure de représentation » car, s’il ne peut se représenter, il influence du moins les valeurs et les expériences de la conscience du sujet (de son « âme » dans le vocabulaire jungien). En d'autres termes, et Jung insiste maintes fois sur ce point, suite aux malentendus et récupérations peu rigoureuses faites de ce concept, l'individu ne peut connaître de l'archétype que ce qu'il manifeste objectivement. L'archétype est ainsi un processus psychique de la « psyché objective » (la partie psychique qui ne dépend pas du sujet), liée à l'inconscient collectif ; c'est pourquoi Jung le classe au sein des processus « trans-personnel ». Il est inhérent et émergeant même de la structure psychique humaine (voire animal pense Jung) : « Les archétypes sont les formes instinctives de représentation mentale »[4] . Il pense ainsi que les archétypes sont issus des instincts les plus Archétype (psychologie analytique) 2 anciens de la bio-psychologie humaine, et qu'ils ressortent de la phylogénèse du vivant, conditionnant les représentations[5] . Carl Gustav Jung, psychiatre suisse, proposa de voir dans les archétypes l'origine des mythes universels. Murray Stein, dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse (2005), résume ainsi le concept jungien d'archétype : « [l'archétype] est chargé de coordonner et d'organiser l'équilibre homéostatique de la psyché ainsi que ses programmes de développement et de maturation. Un des archétypes, le Soi, est au centre de cette coordination de l'ensemble de la dynamique psychique auquel il donne son ossature. L'archétype lui-même n'est pas directement accessible à l'expérience ; seules ses images et les schèmes créés par lui deviennent manifestes et perceptibles par la psyché. La quantité et la variété de ces images archétypiques sont virtuellement sans limites. On trouve ces schèmes universels inscrits dans les mythes, dans les symboles et les idées des diverses religions[6] , et transmis dans les expériences numineuses ; ils sont souvent représentés aussi dans des rêves symboliques et appréhendés dans les états de conscience altérés. Au sein de la psyché les images archétypales sont liées aux cinq groupes d'instincts, auxquels elles donnent une direction et un sens potentiel. »[7] . L'archétype est donc une somme et une complexion (un schème) d'énergie psychique et c'est de cette nature qu'il tire son ascendance sur la psyché. Au fur et à mesure du développement des représentations mentales, et au fil des temps, les archétypes se stratifient et organisent l'appareil psychique. Pour Jung, ce processus est naturel dans le sens où il est programmé dans le vivant et s'apparente à la croissance des plantes. Jung ajoute, dans Types psychologiques qu'ils sont « une forme symbolique qui entre en fonction partout où n'existe encore aucun concept conscient », c'est pourquoi la forme même de l'archétype est impossible à représenter : la conscience en perçoit seulement les manifestations à travers le filtre de la culture, principalement les motifs mythologiques ou les émotions numineuses dans les rêves. L'« Arbre de la Vie » est un archétype présent dans la plupart des cultures. Il figure principalement le développement naturel et harmonieux de la personnalité[8] . En réalité, l'archétype produit des manifestations, que l'homme perçoit sous forme symbolique et mythologique, mais ces dernières ne sont pas l'archétype même, qui échappe à toute conceptualisation puisqu'il s'agit d'une prédisposition mentale. Jung préfère parler de « motifs archétypiques » ou de « mythologèmes »[9] : « Or, les archétypes ne sont pas quelque chose d'extérieur, du non-psychique (...). Par opposition aux formes extérieures qui les traduisent à un moment donné et indépendamment d'elles, ils constituent bien davantage l'essence et la vie d'une âme non individuelle, qui est certes innée à tout individu, mais que la personnalité de celui-ci ne peut ni modifier ni s'approprier. (...) Elle constitue [cette âme] le support de toute psyché individuelle, comme la mer porte les vagues. »[10] . Une classification de l'imaginaire symbolique humain Au fur et à mesure de ses travaux sur la psyché humaine et ses manifestations, Jung en est venu à distinguer un certain nombre de ces « grandes images », revenant régulièrement dans l'histoire de l'humanité, qu'il classe en deux catégories : les « archétypes trans-personnels », représentant des qualités émanant de la culture et du collectif, et les « archétypes personnels », prenant la forme de ce que le psychiatre suisse nomme les « personnages » (la tendance Archétype (psychologie analytique) 3 masculine ou Animus et féminine ou Anima, l'Ombre, la Persona) ayant une fonction au sein de la dynamique psychique du sujet. L'imaginaire humain est donc formé d'un ensemble non défini[11] en nombre d'archétypes : « Un archétype s'inscrit toujours dans une trame factice, avec des représentations à double emploi. L'archétype s'inscrit dans une trame de représentations apparentées entre elles, conduisant toujours à d'autres images archétypiques et se chevauchant constamment les unes les autres, et dont l'ensemble forme le singulier tapis de la vie. »[12] . Jung a produit une méthode unique d'analyse de ces archétypes, fondée sur les réseaux symboliques dans lesquels les archétypes évoluent de tous temps : la « méthode des amplifications »[13] au sein de laquelle les archétypes sont, selon les mots de Charles Baudouin, des « constantes de l'imagination »[14] . Représentant des thèmes universels, à la source de toute interrogation humaine sur son devenir ou sa nature, tous les archétypes forment en effet un « champ de significations » (un peu comme les électrons existent au sein d'un champ physique) regroupant la totalité des représentations humaines. Les symboles archétypiques sont ainsi corrélés les uns aux autres, dans une certaine mesure, et en fonction de la culture de référence, de l'époque également (sachant que certaines problématiques ou crises psychiques collectives peuvent en altérer la perception commune). Jung les dit « contaminés » les uns aux autres. La « loi de contamination » est le concept au moyen duquel Jung décrit cette réalité, impossible à schématiser tant les archétypes sont fusionnés et tant l'espace imaginaire humain est étendu. Ils forment un ensemble idéel aux limites indéfinies, structurant et bornant la conscience humaine, les thèmes se faisant mutuellement écho, et reposant sur cette loi de contamination que Marie-Louise Von Franz, continuatrice officielle de Jung, à décrite davantage, en étudiant notamment les contes de fées, dans lesquels ils réapparaissent de manière régulière et semblant même en influencer la structure narrative[15] . La simplicité des contes de fées permet en effet selon elle d'accéder plus aisément à ces structures de base de la psyché[16] . Enfin, Jung postule que la vraie essence de l'archétype est transcendante : la conscience et son système perceptif ne peut la connaître. En soi, l'archétype est selon ses mots « schizoïde » c'est-à-dire qu'il transgresse la réalité psychique, évoluant dans sa forme inconsciente et indéterminée, dans un non-lieu où existe et règne la synchronicité. Michel Cazenave admet ainsi la polysémie uploads/Philosophie/arhetip.pdf
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- Publié le Aoû 31, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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