Le catholicisme : Le salut par Jésus-Christ par Albert-M. Besnard (Extrait de L

Le catholicisme : Le salut par Jésus-Christ par Albert-M. Besnard (Extrait de Les religions. Éd. Marabout 1974) Albert-Marie Besnard [1926-1978]. Né à Toulouse, diplômé de l’École Polytechnique (Paris), il entra dans l’Ordre dominicain en 1949. Après son ordination sacerdotale et ses études, il fut successivement prieur au Couvent de Strasbourg, maître des novices au Couvent de Lille, maître des étudiants au Couvent du Saulchoir à Étiolle. En 1968, il fut assigné au Couvent Saint-Dominique de Paris pour prendre la direction de « La Vie Spirituelle » et en 1973 il fut élu prieur, charge qu’il garda jusqu’à sa mort. Théologien averti, grand prédicateur et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité, le frère Marie-Albert Besnard était plus encore un homme de prière. Le catholicisme représente en nombre et en extension, l'une des grandes religions mondiales : environ 613 millions de fidèles, répartis en 41 nations. La distribution en est très inégale : le catholicisme est massivement majoritaire en Amérique latine (226 millions, soit plus de 90 % de la population), majoritaire en Europe occidentale (250 millions. 56 %), passe de fortes minorités en Amérique du Nord et en Afrique noire (respectivement 23,6 % et 11,3 %), à de très faibles minorités dans le monde arabe (1,9 %) et en Asie (4 %). [Données de 1974] Les chiffres ci-dessus ne doivent cependant pas être reçus sans nuances. Ils recouvrent des degrés d'appartenance très divers. Si le baptême permet un repérage sociologique précis des adeptes du catholicisme, tous les baptisés sont loin d'être des pratiquants de leur religion, c'est-à- dire d'accomplir les actes religieux exigés par leur Eglise. Beaucoup ne s'affichent catholiques qu'à l'occasion des grands événements de leur existence : mariage, baptême des enfants, enterrement. De plus tous les pratiquants sont loin d'être des « fidèles » au sens fort du mot, c'est- à-dire loin d'avoir personnellement fait leurs les convictions et les engagements que le catholicisme leur transmet. Un tel décalage entre adeptes sociologiques et fidèles engagés existe dans toutes les religions. Ce décalage n'empêche cependant pas le catholicisme d'avoir une consistance ferme et des contours assez précis dans les divers pays où il est implanté. Cela tient à la solide unité qu'il a réussi à maintenir au cours des quelque vingt siècles de son existence, non sans drames cependant, dont nous reparlerons. Le catholicisme n'est pas seulement une « voie » spirituelle, comme le bouddhisme par exemple, il est une « Eglise » : le mot lui-même est de création chrétienne. Il faudra préciser tout ce qu'il représente pour les catholiques, mais déjà chacun sait qu'il désigne un système stable de structures socioreligieuses. La plus manifeste est la structure d'autorité et de gouvernement. L'Église catholique a un centre d'unité évident, le pape. Celui-ci nomme les évêques qui sont, en chaque diocèse, les responsables effectifs de la communauté catholique. Cette hiérarchie est secondée par un clergé, jusqu'ici célibataire et tout entier dévoué à cette tâche, d'ailleurs inégalement réparti selon les régions. On compte, dans le monde, près de 268000 membres du clergé séculier et environ 145 000 membres du clergé régulier. Mais alors qu'il y a en France environ un prêtre pour un millier de catholiques, la proportion est quatre à cinq fois moindre en Amérique latine. Pour beaucoup d'observateurs du dehors, l'Eglise catholique est essentiellement représentée par sa hiérarchie et son clergé. Leurs prises de position et leurs comportements sont purement et simplement identifiés à l'expression catholique. C'est une vue sommaire des choses, et l'on pourrait plus justement affirmer que le catholicisme, c'est avant tout la masse des laïcs auxquels les mouvements d'opinion de notre siècle, et plus particulièrement le récent concile de Vatican II, ont redonné conscience de leur rôle et de leurs responsabilités. Le catholicisme est une religion historique Les transformations et les évolutions auxquelles nous assistons dans le catholicisme rendent malaisée l'explication de ce qu'il prétend être. C'est au moment où on croit pouvoir l'identifier une fois pour toutes à une religion hiérarchique et centralisée, autoritaire et cléricale, cultuelle et moralisante, qu'il brouille déjà cet aspect qui, à certains, fait figure de repoussoir détestable et, à d'autres, de refuge bienfaisant. Mais tout s'éclaire si l'on remarque que le catholicisme est une religion historique. Cela ne veut pas dire simplement qu'il est né à un certain moment de l'histoire : toutes les religions, à ce titre, sont historiques. Cela veut dire que, né de la personne historique et du message de Jésus-Christ., il se considère comme un prolongement actif de la présence de Dieu dans l'histoire humaine avec le projet de la transformer du dedans. Il épouse donc l'histoire, il a partie liée avec elle d'une manière spécifique. Cette liaison est souvent ambiguë, parfois orageuse ; la génération qui monte conteste la manière dont s'y sont prises les générations antérieures ; ceux du dehors n'y voient qu'une habileté consommée pour survivre à tous les régimes et à tous les peuples particuliers, mais, quelque interprétation qu'on en donne, on ne peut supprimer cette originalité du fait catholique. En un sens, le catholicisme n'est donc pas une religion « pure » une doctrine spirituelle de salut indépendante du contexte historique. Il a déjà eu plusieurs visages, et il en aura d'autres. C'est pourquoi, pour le comprendre, il faut procéder en plusieurs étapes, superposer des lectures faites sous des éclairages différents, réunir des points de vue dont aucun n'est exclusif et dont tous sont nécessaires. Successivement, nous examinerons donc l'Eglise catholique : 1. Comme société particulière au sein de la société globale (schématique panorama de son histoire bimillénaire) ; 2. Comme communauté de croyants, dans l'essentiel de sa doctrine et de sa vie ; 3. Comme institution religieuse, dans son organisation et sa structure internes ; 4. Comme milieu spirituel et mystique. HISTOIRE Les rapports du catholicisme avec la société globale ont été si étroits, tout au long de son histoire, ils ont joué si fort dans les deux sens que nul ne pourrait comprendre certaines données culturelles de l'Occident s'il voulait ignorer la place séculaire qu'y a tenue le catholicisme. Mais, inversement, nul ne peut comprendre ce dernier s'il ne repère pas les grands tournants que l'évolution de la société l'a amené à prendre. Un tel survol historique n'est pas simplement utile pour décrire le passé du catholicisme, il est indispensable pour en saisir certaines particularités permanentes. On peut, schématiquement, distinguer dans l'évolution du catholicisme quatre grandes périodes, et nous venons tout juste d'entrer dans la cinquième. Une période de croissance et d'expansion Cette période va de la première prédication des disciples de Jésus (Pentecôte de l'année 30) jusqu'à l'édit de Milan de 313. Ces trois siècles sont une période de croissance et d'expansion. Le christianisme naissant se dégage du judaïsme Apparu d'abord comme une secte du judaïsme, le jeune christianisme prit très vite conscience de deux choses. La première, c'était que la reconnaissance de Jésus, non seulement comme le Messie (ou Christ) attendu par le judaïsme, mais aussi comme Fils de Dieu entraînait une nouveauté radicale dans le rapport des croyants au Dieu d'Israël., instituait une Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes. Celle-ci aurait pu apparaître à toute la communauté juive comme l'aboutissement de son histoire antérieure. Il n'en a pas été ainsi, et l'opposition tenace rencontrée en milieu juif (d'où il était pourtant issu) a accéléré, dans le christianisme naissant, sa deuxième prise de conscience, à savoir qu'il devait dépasser le particularisme judaïque — signifié par la loi juive et la circoncision — pour s'ouvrir à une vocation universelle. D'où le sens du mot « catholique », qui évoque l'idée d'universalité, de Tout intégré. La religion naissante acquit une ambition mondiale, selon le sens donné à la dernière parole du Christ dans l'Evangile de Matthieu : « Faites de toutes les nations des disciples. » Entre le judaïsme, qui allait continuer son destin avec les drames que l'on sait (destruction de Jérusalem. et du Temple en 70, diaspora ou dispersion définitive en 135), et le christianisme, qui commençait le sien, le conflit demeurera aigu de longs siècles durant. Les chrétiens, après avoir subi les premières vexations, succomberont volontiers et, il faut le dire, souvent jusqu'à l'odieux, à la tentation d'un antisémitisme dont ils ne conviendront, publiquement et solennellement, qu'à Vatican II qu'il était contraire à leurs principes mêmes. Dissidentes de la synagogue et composées en majorité de païens convertis, les communautés chrétiennes se fondèrent de plus en plus nombreuses au Moyen-Orient et dans les principales villes de l'Empire romain. Le terrain leur était favorable. Le polythéisme officiel gréco-romain ne satisfaisait plus des esprits qui, par ailleurs, étaient en proie à une réelle inquiétude religieuse. Seules, les « religions à mystères », venues d'Asie, obtenaient du crédit et, aux yeux de beaucoup, le christianisme n'apparaissait être que l'une d'entre elles : qui se douterait aujourd'hui que pendant un temps le culte de Mithra fut son plus redoutable concurrent ? Pourtant, le christianisme l'emporta. Son message parlait aux gens les plus divers : aux déshérités, qui semblent avoir été ses tout premiers clients, par ses promesses de fraternité et uploads/Religion/ albert-m-besnard-le-catholicisme-1974.pdf

  • 29
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager
  • Détails
  • Publié le Jui 26, 2022
  • Catégorie Religion
  • Langue French
  • Taille du fichier 0.3696MB