Histoire de l’Église Cardinal M. J. Congar (© Éditions du Cerf). Le livre n’est

Histoire de l’Église Cardinal M. J. Congar (© Éditions du Cerf). Le livre n’est pas encore complet. I L’Église de saint Augustin à nos jours Chapitre I Saint Augustin Saint Augustin a élaboré sa théologie de l’Église : 1) par la nécessité, comme prêtre (391) puis évêque (395), d’en expliquer le mystère aux fidèles, surtout en exposant les Écritures qui sont toutes relatives au Christ et à l’Église, 2) en répondant aux questions posées par le donatisme, 3) en assumant dans son ecclésiologie les exigences de ses positions sur la grâce. En tout cela Augustin a mis en oeuvre des catégories ou schèmes de pensée liés à sa synthèse d’inspiration néo-platonicienne. Si diverses préoccupations ont porté Augustin à développer plus spécialement tel aspect ou tel thème, sa vision de l’Église n’a pas connu de changement notable depuis son sacerdoce. Même le thème des deux Cités s’annonce dès le De cat. rud. (v. 400). La distinction que nous faisons de chapitres différents ne doit pas porter à séparer des thèmes qui coexistent dans la synthèse ecclésiologique d’Augustin. Proposition pastorale du mystère. Dès les premières Enarr. in Psalmos, qui datent d’avant son épiscopat mais d’après son sacerdoce, Augustin revient fréquemment sur l’unité que les chrétiens forment avec le Christ. Il définit alors l’Église comme le corps dont le Christ est la tête, en sorte que corps et tête, Église et Christ, constituent un seul homme, une unique personne, le Christ total : unus homo, unus vir, una persona, Christus integer ou totus. Souvent cette doctrine est illustrée par une référence à Ac. 9, 4, « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». Souvent aussi ce thème des deux formant un seul corps est fondu avec celui d’Époux et Épouse, par une citation d’Ep. 5, 31 (Gn 2, 24), « erunt duo in carne una ». Ce corps dont le Christ est le Chef est coextensif à tout ce qui par la grâce, vit dans la justice : il comprend tous les justes « ab Abel usque ad ultimum electum ». De cette unité avec le Christ il suit que les textes de l’Écriture peuvent être entendus du Christ ou de l’Église, et qu’en particulier ceux qui parlent de misères sont mis dans la bouche du Christ parlant pour son corps, l’Église. C’est toujours la première Règle de Tyconius, bien connue d’Augustin dès 395. Le Christ prie en nous, souffre en nous, est sainteté en nous malgré notre impuissance. Augustin a donc, de l’Église comme corps du Christ, une vue très concrète, vivante. Il n’a pourtant pas la théologie de la gratia capitis (grâce du Chef) qu’élaborera la Première Scolastique - la grâce qui vivifie le corps est celle par laquelle Jésus a, le premier, été fait Christ, c’est le Saint-Esprit. C’est en étant dans le corps du Christ, c’est-à-dire dans les structures dogmatiques et sacramentelles de l’Église catholique, qu’on vit de l’Esprit du Christ. C’est pourquoi aussi le sacrement sensible de la table du Seigneur, la communion au corps et au sang du Christ, sont, pour les fidèles, le moyen de devenir eux-mêmes ce qu’ils célèbrent, le corps du Christ (voir le fascicule sur l’Eucharistie). Les questions ecclésiologiques posées par le Donatisme. Augustin a rencontré le Donatisme partout autour de lui dès son ordination en 391. Au cours de la persécution de Dioclétien (303305), des évêques et des prêtres avaient livré les saintes Écritures. On les appela traditores. L’évêque de Carthage Mensurius étant mort, on élut pour lui succéder, en 312, son ancien diacre Cécilien. Les évêques de Numidie, qu’on n’avait pas attendus pour consacrer Cécilien, accusèrent celui-ci d’avoir été consacré par un traditor et élurent contre lui Majorinus auquel succéda bientôt Donat, qui occupa le siège de Carthage de 313 à 347. Ainsi naquit une Église parallèle, « l’Église des martyrs », l’Église des purs, qui avait des communautés presque partout en Afrique, surtout en Numidie intérieure. Mais en Afrique seulement. C’est là où Augustin articule une première critique. Il ne cesse de montrer que Dieu a voulu réaliser une Église « toto orbe diffusa ». Il apporte en ce sens plus d’une trentaine de textes scripturaires. Il développe une théologie de la catholicité conçue comme universelle, théologie qu’il avait déjà formulée dans sa critique du manichéisme. L’Église est essentiellement la Catholica ; on n’est chrétien que dans une communion à une unitas aussi vaste que le monde : Communicare orbi terrarum, être en communion avec le monde entier. Les donatistes, limités à l’Afrique, n’étaient que la pars Donati. Ailleurs on trouve d’autres sectes mais toujours, en face d’elles, la même et unique Catholica, dont Augustin ne méconnaît d’ailleurs pas les obligations de perpétuelle croissance. Cette théologie de la catholicité est restée une acquisition de notre ecclésiologie et même de notre apologétique. Il en va de même de la critique (peut-être un peu facile) faite par Augustin de l’idée d’une Église de purs. Il ne s’est pas lassé de citer et d’expliquer les textes évangéliques fondant l’idée d,une Église mêlée, ecclesia mixta (il a récusé la catégorie tyconienne de « corpus bipartitum »), surtout Mt. 13, 24-40, 47-50. « La séparation des bons et des méchants n’est pas, ici-bas, corporelle : à ce plan-là, ils sont mêlés. Elle est spirituelle et ne deviendra corporelle qu’eschatologiquement, lors du jugement ». Augustin distingue ici ce que ne faisaient pas les donatistes, l’ « ecclesia qualis nunc est » et l’ « ecclesia quae futura est » : c’est de celle-ci seulement que vaut la formule paulinienne sur « l’Église sans tache ni ride ». Quant à la situation des pécheurs dans l’Église « qualis nunc est », question toujourà difficile, Augustin la formule en termes de « intus videri », que nous allons expliquer bientôt : les pécheurs sont corporellement, extérieurement de l’Église ou du corps du Christ, seuls les justes « proprie sunt corpus Christi » (C. Faust. XIII, 16). Mais Augustin utilise aussi parfois les termes, qui resteront classiques, « numero, non merito ». Les donatistes avaient une ecclésiologie qui se réclamait de saint Cyprien : le Saint-Esprit et le salut sont liés au baptême, qui n’existe lui-même que dans l’Église. Seul un ministre se trouvant dans la communion de l’Église pouvait célébrer des sacrements valides et communiquer la grâce : on ne donne que ce qu’on a. Augustin a compris cette position comme si les donatistes faisaient dépendre sacrements et grâce de la sainteté morale personnelle du ministre. Il n’est pas sûr que son argumentation portât sur ce point, autour duquel les donatistes gardent un halo d’ambiguïté. Elle portait, par contre, dans sa critique de fond en matière de théologie sacramentelle. Au fond, pour les donatistes, le vrai sujet de l’action sacramentelle était l’Église, c’était le sacerdoce. Non, dit Augustin, c’est le Christ, et ceci non pas seulement comme premier auteur d’un pouvoir transmis, mais de façon actuelle : « Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise... Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ». Cela signifie que l’Église et le sacerdoce n’exercent pas ici une potestas, un pouvoir, mais un ministerium, un service. C’est là que s’articule la théologie du caractère appliquée, non seulement au baptisé mais au prêtre ordonné. Ainsi ce n’est pas notre sainteté (!) qui est communiquée, c’est celle du Christ. Toute cette théologie, qui rejoignait les positions tenues par l’Église romaine dès le milieu du IIIe siècle, est également entrée dans le trésor de la tradition catholique. Elle a influencé l’ecclésiologie de différentes façons. Il semble en effet que, dans la mesure où l’on admettait la validité des sacrements en dehors de la Communion catholique, on devait, pour éviter de mettre en péril l’unité de l’Église, insister sur des éléments plus sociaux union aux pasteurs légitimes et l’autorité de ceux-ci. C’est ce qui est arrivé par la suite. Saint Augustin avait une autre façon de justifier l’unicité de l’Église et, pour ainsi dire, son monopole ecclésiologique. Certes les sacrements étaient valides là où la foi et la forme instituée par le Christ étaient gardées, mais ils n’étaient reçus « utiliter, ad utilitatem », « salubriter, ad salutem », que dans 1’unitas, à laquelle seule est assuré le Saint-Esprit. Cela restera la réponse de la théologie et de l’apologétique catholiques, au moins jusqu’à l’entrée de l’oecuménisme. Mais on l’entendra par la suite dans un sens institutionnel qui n’était pas exactement celui d’Augustin, et sans conserver vraiment l’inspiration de sa synthèse. Celle-ci s’inscrivait dans une perspective platonicienne selon laquelle une réalité existe à différents niveaux, le niveau inférieur étant déjà une certaine ébauche, une préparation ou une attente de ce qui n’existe en sa pleine vérité qu’au niveau supérieur. Il y a ainsi dans l’Egüse deux niveaux qu’Augustin désigne assez ordinairement par les termes communio sacramentorum, societas sanctorum (communion dans les sacrements, communauté de sainteté). Les sacrements sont des choses, des réalités corporelles et sensibles ; ils se rattachent à l’oeuvre du Verbe venu en notre chair « in forma servi ». Ils créent entre ceux qui les possèdent et les fréquentent une communio, mais extérieure, corporelle, uploads/Religion/ congard-yves-marie-joseph-histoire-de-l-x27-eglise 1 .pdf

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  • Publié le Oct 17, 2022
  • Catégorie Religion
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