La pratique liturgique dans l’Ordre des Elus-Cohens De l’utilisation des Rites
La pratique liturgique dans l’Ordre des Elus-Cohens De l’utilisation des Rites et Cérémonies Liturgiques au sein de l’Ordre des Elus-Cohens De la Liturgie en usage dans l’Ordre & Missel Romain Pratique de la voie Martiniste Par un serviteur de l’Ordre 1 LA PRATIQUE LITURGIQUE DANS L’ORDRE DES ELUS COHENS Par un serviteur de l’Ordre « […] le culte que le Créateur exige aujourd’hui de sa créature temporelle n’est pas le même de son premier mineur créé, lorsqu’il était dans son premier état de gloire ; ce premier culte n’étant qu’à une fin, parce qu’il devait être tout spirituel, et celui que le Créateur exige de sa créature temporelle, postérité d’Adam, est à deux fins, l’une temporelle et l’autre spirituelle (Traité de la Réintégration des Etres, ms. Kloss, § 14) » E présent volume se propose de présenter les rapports entre les pratiques inhérentes à l’Ordre des Elus Cohens – les obligations incombant à ses membres – et la pratique liturgique. D’ores et déjà, en relation avec cette étude, renvoi est fait à deux autres volumes de cette même collection : le premier, abordant de manière spécifique l’utilisation des psaumes au sein de l’Ordre (cf. La pratique des Psaumes dans l’Ordre des Elus-Cohens) ; le second, plus général en fait, s’intéressant au recours qui y est fait à l’Ecriture, présentant au passage la Bible dont le plan général est donné (cf. Le matériel biblique & les Elus-Cohens). Remarquons ce fait tout de suite, outre le recours exprès au matériel liturgique que l’Eglise met à la disposition des Fidèles (et, nous le verrons dans ses lettres, Martines de Pasqually y renvoie souvent), il est, çà et là, des textes particuliers (prières, invocations, etc.) dont tant l’origine que la teneur sont typiquement « élus cohens ». L 2 Ainsi, par exemple, en est-il des Prières de six heures en six heures qui figurent au fonds lyonnais, et sur lesquelles je reviendrai plus loin1. En effet, comme on peut le constater à l’étude de ces dernières, si le fonds est incontestablement Romain (il réfère aux heures canoniales de l’Ordre Romain2), il n’en demeure pas moins que la forme-même des oraisons est maintes fois adaptée à la spécificité de l’Ordre Cohen. Matériel originel ou création tardive et de circonstance ? On tendrait à pencher pour la seconde solution… 1 Cf. BML, Ms. 5526 (1). Il s’agit là des quatre prières quotidiennes, les « prières des heures », destinées à ponctuer la journée de l’Elu Cohen. Il faut ici noter que leur caractère chrétien – plus précisément catholique romain – est évident ; tant par l’esprit général, que par la forme même qui emprunte (reprenant quelquefois presque mot à mot) à la liturgie romaine. A ce titre, il faut rappeler deux choses : 1° quant à l’Ordre Cohen tel que pensé et mis sur pieds par Martines de Pasqually lui-même, la pratique de sa théurgie particulière rendait nécessaire (c’était une exigence à l’époque) la participation des « émules » aux rites de l’Eglise de Rome ; 2° quant au fonds lyonnais en cause ici, plus que Martines (dont la théologie et, singulièrement, la christologie ne laissaient pas de heurter un catholique « orthodoxe »), Jean-Baptiste Willermoz (avec ses « collègues » en initiation) a accentué ce caractère chrétien (et même romain), lequel caractère lui seyait mieux. Pour ce qui est de la structure générale de cet Office, on notera qu’il emprunte beaucoup aux « Prières de la vie chrétienne » (avec celles du matin et du soir) et, surtout, au Bréviaire Romain, dont il copie finalement l’Office Divin. Précisons donc quant à ce « caractère chrétien ». Jérôme Rousse-Lacordaire, dans le numéro 142 de la revue Renaissance Traditionnelle (avril 2005, p. 131-157 : La journée chrétienne des Elus Coëns), s’intéresse aux sources du recueil des « Prières des six heures » utilisé par Jean-Baptiste Willermoz. Ce recueil, notons-le tout de suite, a connu une première publication dans la même revue, par René Désagulier (a Latómia univérsa : cf. n° 42, avril 1980, p. 105-111 ; n° 43-44, juillet-octobre 1980, p. 227-233 ; n° 45, janvier 1981, p. 56-63 ; n° 46, avril 1981, p. 143-149 et n° 47, juillet 1981, p. 224- 230) ; l’auteur le présente alors en ces termes : « […] C’est un petit livre à tenir dans la main, recouvert d’une étoffe ancienne et usée, de 175 feuillets de l’écriture de Jean-Baptiste Willermoz. Il renferme les 4 prières des Elus Coëns à dire de six heures en six heurs, suivies des “Prières particulières pour l’Ordre des Elus Coëns de l’Univers”… (RT, n°.42, avril 1980, p. 105). » Dans son article, Jérôme Rousse-Lacordaire repère ces sources dans des ouvrages comme l’Horologium auxiliaris tutelaris Angeli, ou L’Ange conducteur de Jacques Coret ; de même du Petit Livre du chrétien dans la pratique du service de Dieu et de l’Eglise (Jérémie Drexel, édité par André Melin, Lyon, 1698). Au reste, dans sa lettre du 2 septembre 1768 Martines de Pasqually recommande à Jean-Baptiste Willermoz l’utilisation de ce dernier livre. Pour autant, Jérôme Rousse-Lacordaire le note, si les prières des Elus Cohens trouvent là leur source, « elles ne sont pas strictement des calques des formules liturgiques catholiques (art. cit., p. 154) » : les psaumes ne reprennent pas les traductions usuelles, mais semblent avoir été traduits directement à partir de la Vulgate ; de même des antiennes, hymnes et oraisons. Tout cela fait envisager la possibilité « d’un travail original de traduction par et pour les Coëns (art. cit., p. 154) ». Ces caractéristiques conduisent alors à conclure que si on évoque souvent l’aspect judéo-chrétien de l’Ordre, « cet aspect est fort peu présent dans les quatre prières (art. cit., p. 155) » : ces dernières présentent certes des points communs avec les pratiques des Heures catholiques, mais elles s’en différencient par la présence d’éléments spécifiquement Cohens, en particulier par l’insistance sur la médiation angélique à laquelle elles ont recours. Pour Jérôme Rousse-Lacordaire, ces prières semblent se situer « à la charnière ou à l’intersection de deux courants du XVIIIe siècle finissant : le courant théosophique ou illuministe français d’une part, et le courant dévotionnel de piété laïque de l’autre – intersection qui prend une couleur particulière du fait de la nature sacerdotale et cultuelle de l’Ordre coën, sans sortir cependant tout à fait des grands courants du christianisme occidental (art. cit., p. 156) ». De fait, ce recueil ne peut-il pas être davantage considéré comme celui « d’un » Elu Cohen (Jean-Baptiste Willermoz), plutôt que comme celui « des » Elus Cohens ? De fait, le manuscrit figurant à la bibliothèque de Lyon est de la main même de Willermoz. Par ailleurs, selon René Désaguliers (cf. son article Les 4 prières des E.C.D.L.U., in Renaissance Traditionnelle, n° 42, avril 1980, p. 105), il aurait été écrit entre 1774 et 1785, c’est- à-dire après la disparition du fondateur de l’Ordre Cohen. Il s’agit là d’un exemplaire unique, sans équivalent dans les autres manuscrits ayant appartenu aux « émules » de Pasqually (fonds Z, Livre vert…). Qui plus est, s’il est parfois question des prières des six heures dans les textes Cohens, on n’y trouve aucune précision quant à leur exacte composition. Aussi l’hypothèse d’un recueil composé par Jean-Baptiste Willermoz lui-même, et pour son propre usage, mérite-t-elle qu’on s’y attarde. 2 Nom donné au livre qui contenait la manière de célébrer la Messe et les Offices des principaux jours de l’année, surtout ceux des quatre derniers jours de la Semaine Sainte et de l’Octave de Pâques. Cet ordre a été augmenté dans la suite, et appelé Cérémonial. 3 S’agissant de culte3, puisque le fait a été évoqué, voyons au travers de pièces de première main quelles obligations Martines de Pasqually a fixées pour ses émules, au sein de son Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns4 de l’Univers ; au passage, et accessoirement, je référerai à telle étude de Robert Amadou, dont l’importance de l’œuvre n’est plus à démontrer. Au tout premier chef, œuvre-maîtresse de l’Ordre, le Traité de la Réintégration des Etres créés dans leur primitive propriété vertu et puissance spirituelle divine5 qui s’ouvre sur cette constatation de l’impérieux devoir qui s’offre à l’être créé : « Dieu ayant créé pour sa propre gloire, dans son immensité divine, des esprits distincts « de lui, pour qu’ils exerçassent le culte que cette Divinité leur avait fixé et prescrit par « des lois immuables, des préceptes et des commandements éternels et inaltérables, ces « premiers êtres spirituels créés par Dieu furent tous créés libres et indépendants du « Créateur, quant à leur volonté et action spirituelle. Ils étaient donc, par ce moyen, « créés avec leur libre-arbitre. Ce qui ne peut se croire différemment, sans détruire la « faculté, la propriété et la vertu personnelle des premiers êtres créés, que l’Eternel avait « émancipés du sein de sa divinité, pour qu’ils opérassent avec précision dans les bornes « qui leur avaient été données et assignées par le Créateur pour être à leur seule « disposition et puissance. uploads/Religion/ pratique-liturgique-elus-cohens.pdf
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- Publié le Mai 04, 2022
- Catégorie Religion
- Langue French
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