LA DIVINE COMÉDIE DANTE ALIGHIERI LA DIVINE ,. COMEDIE Traduction par Lucienne

LA DIVINE COMÉDIE DANTE ALIGHIERI LA DIVINE ,. COMEDIE Traduction par Lucienne PORTIER LES ÉDITIONS DU C;ERF 29, bd Latour-Maubourg, Paris 1987 © Les Éditions du Cerf, 1987 ISBN 2-204-02685-9 ISSN en cours A ALDo VALLONE premier lecteur de cette traduction, en profonde gratitude pour ses paroles : « La sua traduzione non solo è nuova, profondamente vissuta dall'interno e rigeneratrice della parola di Dante, ma è anche necessaria perché Dante resta e trova sempre intelligenza e sentimento per accoglierlo. » A Jacques et Françoise Lagarrigue qui ont accompagné ce long travail avec leur incomparable amitié Introduction Mon ambition eût été de voir le lecteur entrer directement dans la lecture du « Poème sacré », sans intervention autre qu'une brève présentation du mode de traduction, le traducteur disparaissant bien vite derrière l'œuvre qui seule compte. Cette ambition fut jugée déraisonnable, et fut estimée nécessaire une introduction que voici. LA VIE TRAGIQUE DE DANTE Les images que le seul nom de Dante fait naître dans les esprits sont très diverses et toutes ont certainement un aspect de vérité. On se souvient de celle que dressait Victor Hugo en ces « vers écrits sur un exemplaire de la Divine Comédie » : il les a placés en tête du troisième livre des Contemplations, intitulé Les Luttes et les Rêves. Quel patronage pour les luttes et les rêves que celui de Dante ! Voici donc le rêve : Un soir, dans le chemin, je vis passer un homme Vêtu d'un grand manteau comme un consul de Rome, Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux. Ce passant s'arrêta, fixant sur moi ses yeux Brillants, et si profonds qu'ils en étaient sauvages, Et me dit : - J'ai d'abord été dans les vieux âges, Une haute montagne emplissant l'horizon ; Puis, âme encore aveugle et brisant ma prison, Je montai d'un degré dans l'échelle des êtres, 1 1 LA DIVINE COMÉDIE Je fus un chêne, et j'eus des autels et des prêtres, Et je jetai des bruits étranges dans les airs ; Puis je fus un lion rêvant dans les déserts Parlant à la nuit sombre avec sa voix grondante ; Maintenant, je suis homme, et je m'appelle Dante. C'était au temps où Victor Hugo s'adonnait aux sciences occultes, se laissait séduire par la métempsycose, la migration des âmes. A travers ces fantaisies il a su montrer l'aspect de grandeur terrible de certaines créations du poète. A l'opposé sont les dessins de Botticelli: ce fin profil spiritualisé, cette figure aérienne et sans poids, suspendue ou glissant dans les sphères célestes, d'une légèreté et transparence qui font penser à la pureté de l'enfance. Celle de ce petit enfant, nommé Dante Alighieri, qui un jour de mai naissait à Florence sur les bords de l'Arno il y a sept cents ans (1265). Et la gloire de cet enfant devenu poète n'a cessé de grandir, de susciter témoignages d'admiration, de respect, d'amour. Cinquante ans après la mort du poète, Boccace déjà était chargé d'un commentaire public de la Comédie, et ainsi furent instituées ces « Lectures de Dante » qui n'ont pas cessé et se font encore chaque semaine à Florence. Elles se font aussi en d'autres villes et toujours avec un éclat et une ferveur qui ne se sont point démentis, et toujours avec une vue neuve et de nouvelles trouvailles, suggérées par la richesse inépuisable des cent chants assemblés du Poème. Mais ce poète, pendant les cinquante-six ans de sa vie mortelle, fut un homme meurtri : l'homme Dante n'a connu à peu près que des échecs. Très tôt orphelin, il eut une marâtre et son père semble avoir été un homme assez médiocre. Si son enfance ne fut pas celle d'un enfant comblé, on peut imaginer une jeunesse insouciante, pendant quelques années alors que Florence exceptionnellement n'était pas en guerre ; car sous le signe de Mars qui fut le protecteur de la ville païenne, elle semblait destinée, comme le remarque le poète, à des luttes sans fin. Jeunesse insouciante partagée entre les amitiés, la poésie, l'amour. Les jeunes poètes, Guido Cavalcanti, Lapo Gianni, Dino Frescobaldi, Cino da Pistoia et d'autres encore, 12 INTRODUCTION échangeaient des sonnets sur l'amour, la nature de l'amour, la façon de le chanter : Guido, je voudrais que toi et Lapo et moi Fussions pris par un enchantement et mis dans une nef qui à tout vent allât par mer à votre gré et au mien [ . . . ] et là, parler d'amour toujours. Jeunesse illuminée par l'amour pour Béatrice, où l'on peut voir une expression littéraire de l'amour courtois, dont il a les caractéristiques, mais qui est aussi bien autre chose : un amour qui l'a véritablement sorti de la « volgare schiera », de la troupe vulgaire, et qui a maintenu en lui une vie ardente et délicate. L'intensité du sentiment et une sensibilité qui de tout fait souffrance devaient connaître trop tôt la grande douleur de la mort de cette Dame. Peut-on parler d'échec parce qu'il a vu disparaître sa bien­ aimée alors qu'il avait vingt-cinq ans ? Avec cette Dame, le poète n'a connu de rapports visibles qu'un sourire accompagné de quelques paroles dans une rue de Florence où elle passait avec deux amies et qui lui firent toucher « le comble de la bé atitude », et puis un salut refusé et enfin un sourire moqueur dans une réunion mondaine et dont il « crut bien mourir». Au chapitre XVIII de la Vita nuova, cette œuvre où se mêlent poésie et prose dans le récit de son amour, on lit ceci : Jusqu'alors toute sa béatitude consistait à recevoir le salut de sa Dame mais depuis que ce salut lui a été refusé, il a placé sa béatitude en ce qu; nul ne peut lui ôter : la pure louange de la bien-aimée sans aucun retour sur lui. Ce tournant dans son histoire sentimentale (et qui pourrait donner lieu à une interprétation mystique) est à considérer dans la progression de son amour : toutes ses paroles désormais seront de louange, en admiration absolue, en don total sans jamais rien 13 LA DIVINE COMÉDIE demander. Rien ne peut donc désormais détruire cette béatitude. Dans ces conditions, la mort de Béatrice lui arrachera des torrents de larmes, certes, et des cris de douleur, mais surtout cette Dame unique sera désormais le guide et le réconfort de ses pensées, elle restera la Beatrice beata qu'il voudra louer plus que jamais, et plus prodigieusement que Dame le fût jamais, dans et par la Divine Comédie. C'est sur un autre plan que se placent ses échecs qui commencent alors qu'il prend part à la vie politique de sa patrie, la République de Florence. En juin 1300, il était prieur. Tous mes malheurs, écrira-t-il plus tard, eurent cause et commencement dans mon élection au priorat. Florence, après les luttes sanglantes entre guelfes et gibelins (partisans du pape ou de l'empereur), tour à tour vainqueurs et vaincus, était restée finalement guelfe passant au régime de la Seigneurie et viscéralement démocratique. Pour protéger l'indépendance des gouvernants, elle enfermait les prieurs, élus pour deux mois seulement, dans une tour, la fameuse torre della castagna ; ainsi pensait-elle les soustraire aux pressions des puissants. Elle inventait une multitude de conseils renouvelés tous les six mois, tant elle craignait la tyrannie, interdisant la réélection, comme la possibilité de siéger dans plusieurs conseils ; elle nommait comme podestà un étranger pour qu'il fût indépendant des luttes intestines. Deux mots reviennent constamment dans les revendications : popolo et giustizia. La République était le lieu de rivalités sans cesse renaissantes entre ce peuple qui périodiquement se réaffirmait maître et les Grands qui trouvaient toujours le moyen de se réintroduire dans les affaires de la Cité. Justement en 1293 avaient été proclamés les Ordinamenta Justitiae: tout homme n'exerçant pas un métier était exclu des fonctions publiques, c'était le cas des nobles. La vie à Florence devint alors impossible, tout était sujet à bagarre, on en venait aux mains et aux armes. Aussi avait-on dû introduire un adoucissement aux ordonnances de Justice : l'exercice effectif d'un 14 INTRODUCTION métier n'était plus obligatoire, il suffisait d'être inscrit dans les registres d'un Art; c'est par ce biais que Dante, qui était poète- et poète ce n'est pas un métier -, put participer au gouvernement de sa Cité en s'inscrivant à la corporation des médecins et apothicaires. Le choix pour lui était assez limité, les Arts majeurs étaient passés en 1292 de sept à douze: juges et notaires, changeurs, art de la laine, art de la soie, calimala (traitement des laines étrangères), médecins et apothicaires, fourreurs, fripiers, cordonniers, bouchers, forgerons, ouvriers de la pierre et du bois. On s'est demandé parfois, pourquoi Dante n'avait pas choisi l'Art des juges et notaires. Il est vrai que des poésies retrouvées dans des grimoires de notaires ont montré que des « hommes de plume » se partageaient entre deux activités écrivantes. Mais aussi on a constaté que la plupart des poésies écrites uploads/s1/ dante-alighieri-la-divine-comedie-pdf.pdf

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  • Publié le Fev 03, 2021
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