DOSSIER PÉDAGOGIQUE L ’ART LA MACHINE & L ’INFORMATIQUE Le Frac Centre-Val de L
DOSSIER PÉDAGOGIQUE L ’ART LA MACHINE & L ’INFORMATIQUE Le Frac Centre-Val de Loire est un établissement public de coopération culturelle créé par la Région Centre-Val de Loire, l’État et la Ville d’Orléans Francisco Javier Seguí de la Riva & Ana Buenaventura, Orden cósmico, 1972 Collection Frac Centre-Val de Loire Le Frac Centre–Val de Loire est un lieu de vie et d’expérimentation qui, en 1991, a pris le parti de réunir l’art contemporain et l’architecture expérimentale des années 1950 à aujourd’hui au sein d’une même collection. Celle-ci est constituée aujourd’hui de 22 310 œuvres, dont 1 185 maquettes et 1 000 œuvres et installations d’artistes. « Madrid, octobre 68 », première exposition dédiée en France à la scène expérimentale espagnole des années 1960-1980, affirme l’approche transversale et atypique souhaitée par le Frac Centre-Val de Loire. Présentée du 12 octobre 2018 au 24 février 2018, l’exposition revient sur l’aventure du Centre de Calcul de l’Université de Madrid qui a reuni artistes, architectes, ingénieurs, scientifiques et intellectuels autour des possibilités offertes par le calcul automatique généré par l’informatique. Ces pionniers formant alors une communauté dont l’expérience – collective – autour de la rencontre entre art et informatique réaffirme une autre forme de production artistique, à la croisée des disciplines. À cette occasion, Sophie Frey et Géraldine Juillard, enseignantes missionnées du service des publics du Frac Centre-Val de Loire proposent un parcours transversal et complémentaire à l’exposition, autour de la thématique des mathématiques, de la machine et de l’informatique. Ce dossier permet de créer des ponts entre l’exposition et les programmes pédagogiques en vigueur, à travers des entrées et des exemples variés de l’histoire de l’art. Le dossier se décline en trois axes : le lien entre l’art et les mathématiques, la machine et l’artiste puis l’apparition de l’informatique comme outil créatif. À travers ces différents domaines, les questions liées à la représentation de l’espace et au statut de l’artiste, au regard de la machine à dessiner et des programmes informatiques, seront abordées renforçant l’inscription du dossier dans les programmes de l’Éducation nationale. FOCUS SUR QUELQUES ENTRÉES DE PROGRAMMES Cycle 4 Représentation, images, réalité, fiction / La conception, la production et la diffusion de l’œuvre plastique à l’ère du numérique La matérialité de l’œuvre, l’objet et l’œuvre / Le numérique en tant que processus et matériau artistiques (langages, outils, supports) L’œuvre, l’espace, l’auteur, le spectateur / Les métissages entre arts plastiques et technologies numériques Programme de Seconde en arts plastiques : Le dessin de l’espace et l’espace du dessin L’artiste dessinant et les « machines à dessiner » Programme limitatif au baccalauréat pour la session 2019 notamment : Machines à dessiner, protocoles ou programmes informatiques pour générer des dessins, trois études de cas avant l’ère du numérique : Méta-matics de Jean Tinguely, Wall drawings de Sol LeWitt, les dessins assistés par ordinateurs de Véra Molnar. « L’utilisation de machines, de protocoles de travail ou de programmes informatiques pour dessiner, avant même l’ère du numérique, a connu et poursuit des développements contribuant à l’évolution globale des pratiques, des démarches et des attitudes artistiques. Elle ouvre sur une variété de modalités de création et de finalités exprimant également des positions critiques dans l’art et sur la société. Les Méta-matics de Jean Tinguely (1925-1991), les Wall drawings de Sol LeWitt (1928-2007), les dessins assistés par ordinateur de Véra Molnar (née en 1924) reconfigurent, élargissent ou déplacent les manières de convoquer ou de générer le dessin. Héritières de lointaines traditions et témoignant de divers usages du dessin en art, elles sont porteuses de nombreuses caractéristiques de la modernité en art. » 5 DOSSIER PÉDAGOGIQUE / L’ART, LA MACHINE & L’ORDINATEUR Introduction « Il faut s’attendre que de si grandes nouveautés transforment toute la technique des arts, agissent par-là sur l’invention elle-même, aillent peut-être jusqu’à modifier merveilleusement la notion même de l’art. » Paul Valery Les innovations techniques bousculent le champ de l’art et de la création, soit par leur approche technique, leur aspect visuel ou leur dimension d’outil. Dès le XIXe siècle, trois révolutions vont se succéder ouvrant le chemin vers d’autres innovations : la vapeur et le charbon, l’électricité, puis, le pétrole et le moteur à explosion apporteront le fer, l’éclairage, et la voiture. Ces diverses innovations vont devenir les sujets des Expositions universelles et les nouveaux motifs des artistes, révélant ainsi la société en pleine métamorphose. L’un des premiers symboles de la révolution industrielle est sans doute le Crystal Palace(1) œuvre de Joseph Paxton qui imagine pour l’Exposition universelle de 1851, en l’espace de sept jours seulement, une construction immense, pensée comme un assemblage de fer, de cadres en bois et de plaques de verre. Cet exploit impensable sans l’aide de la machine constitue ainsi le premier grand exemple de préfabrication rationnelle. Grâce à des éléments standardisés et usinés en atelier, il préfigure les méthodes actuelles. L’invention de la machine et l’utilisation du charbon transforment ainsi la vie et le travail des hommes : de grandes usines se créent et se déploient en Europe modifiant la société et son rapport au monde que les artistes tenteront d’exprimer. C’est le cas de jeunes peintres parisiens qui, avec l’invention du tube de peinture souple, sortiront des ateliers pour peindre en plein air, et saisir la lumière. Ils seront alors les premiers à témoigner picturalement des nouvelles activités économiques des villes embrumées par les fumées des machines, des voies de circulation des fleuves ou des chemins de fer. Claude Monet immortalisera ainsi la gare Saint-Lazare à douze reprises. Sur son tableau La Gare Saint Lazare(2) (1877), le peintre illustre non seulement les facteurs de la révolution industrielle, à savoir l’émergence de machines de plus en plus performantes comme la locomotive, mais traite son sujet avant tout plastiquement. « En 1877, note Lionello Venturi, la locomotive gonflait encore les cœurs d’enthousiasme comme un miracle de la science. Monet voulait montrer que même une machine noire et une verrière noire pouvaient être représentées par du bleu, que le gris sale du sol pouvait être vu en vert et que la fumée même pouvait devenir lumière. » (Jean Clay, L ’impressionnisme, Éditions Hachette Réalités, 1971). Les impressionnistes n’ont pas été seulement des paysagistes, mais aussi des observateurs sensibles de la vie moderne. De la même manière Joseph Paxton, Crystal Palace, 1851 Claude Monet, La Gare Saint-Lazare, 1877 2 1 6 DOSSIER PÉDAGOGIQUE / L’ART, LA MACHINE & L’ORDINATEUR l’avènement de l’industrie photographique menée par Kodak au cours des années 1870, puis de l’art cinématographique dans les années 1890 initié par Thomas Edison aux États-Unis et les Frères Lumière en France, vont profondément bouleverser le monde artistique. Non seulement le mouvement - élément indissociable de l’activité de la machine - peut désormais être capturé, mais il sera également glorifié par les futuristes, les dadaïstes et les surréalistes. Dans le Ballet mécanique(3) (1924) de Fernand Léger et Dudley Murphy, les artistes jouent avec des objets de cuisine qui deviennent, par des jeux de rotations de pistons et d’engrenages, de véritables machines. Au cours du XXe siècle, la machine s’affirme et devient un élément majeur de notre civilisation jusqu’à véritablement s’intégrer à tous les domaines de l’activité humaine et particulièrement dans la création artistique. Francis Picabia(4) écrit dans un article du New York Tribune en 1915 : « La machine est devenue plus qu’un simple instrument de la vie humaine. Elle est réellement une part de la vie humaine. Je me suis approprié la mécanique du monde moderne et je l’ai introduite dans mon atelier. » La machine n’est plus une simple inspiration, elle devient support et outil de création, introduisant la notion de logique et de système, comme le précise Soledad Sevilla(5): « la machine a obligé l’artiste à rationaliser sa propre méthode, de telle sorte que ses possibilités d’évolution dynamique, et donc de création, sont beaucoup plus grandes. La machine, loin de tuer l’élément créationnel et sensible de la peinture, le rend encore plus possible ». L’arrivée de l’ordinateur et des réseaux de communications dans les années 1950 sera également un moment majeur ouvrant une autre forme de travail, de socialisation, de communication et de pensée. L’UNIVAC, puis l’IBM 701, créés en 1951, sortent des circuits militaires pour devenir les premiers ordinateurs commercialisés. L’ordinateur, machine entièrement numérique, automatique et programmable, est fondé sur un certain nombre de principes totalement révolutionnaires. Les données, leur traitement et ses règles sont stockés et inscrits à même la machine. Capable de simuler le fonctionnement de n’importe quelle autre machine, l’ordinateur peut étudier n’importe quelle information ou donnée à partir du moment où elle est numérisable. Au préalable de l’ordinateur, existent le code, le calcul et les mathématiques. Ces dernières ont depuis l’Antiquité permit de construire et de créer. Tout d’abord outil au service de la construction, de la composition et de la représentation, les mathématiques trouveront dans l’outil informatique une infinité de possibles dont certains artistes s’empareront, élevant la machine et l’ordinateur jusqu’au statut d’œuvres à part entière. Fernand Léger et Dudley Murphy, Ballet mécanique, 1924 Francis Picabia, Machine, 1915 3 4 Soledad Sevilla, Mondrian, 1973 uploads/s3/ art-machine-informatique 1 .pdf
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- Publié le Oct 30, 2021
- Catégorie Creative Arts / Ar...
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