© 2020 Pearson France – Stratégique 12e édition Stratégique 12e édition R. Whit

© 2020 Pearson France – Stratégique 12e édition Stratégique 12e édition R. Whittington, P. Regnér, D. Angwin, G. Johnson, K. Scholes F. Fréry Chapitre 2 – L’analyse du macroenvironnement Étude de cas Alibaba, le crocodile du Yang-Tsé Fin 2018, Jack Ma, le charismatique fondateur d’Alibaba, la plus grande entreprise chinoise de commerce en ligne, annonça qu’il quitterait le poste de président exécutif de l’entreprise le 10 septembre 2019, jour du 20e anniversaire de l’entreprise et de son propre 55e anniversaire. Il avait déjà choisi son successeur, Daniel Zhang, jusque-là directeur général. Disposant d’une fortune personnelle de 40 milliards de dollars, ce qui faisait de lui l’homme le plus riche de Chine, Jack Ma souhaitait désormais se consacrer à la philanthropie. Il précisa cependant qu’il ne disparaîtrait pas totalement d’Alibaba : il restait un actionnaire important et un membre permanent du « groupement » de 36 membres qui nommait la majorité des membres du conseil d’administration. Un analyste financier avait fait remarquer que : « Jack Ma a été le chef spirituel d’Alibaba pendant deux décennies, depuis la fondation de l’entreprise, et tout le monde l’admire. Les gens l’appellent Professeur Ma. Cela veut dire qu’ils ne le considèrent pas comme un manager, un directeur général ou un président, mais bien comme un guide. » Autant Jack Ma était un entrepreneur extraverti, autant le nouveau P-DG, Daniel Zhang, 47 ans, était un manager discret. Comptable formé en Chine, il avait successivement travaillé pour les cabinets d’audit internationaux Arthur Andersen et PwC avant de rejoindre Alibaba en 2007. C’est lui qui avait eu l’idée de faire de la fête des célibataires, célébrée tous les 11 novembre en Chine en raison de la succession de « 1 » dans la date, qui étaient autant de symboles du célibat, un festival de la consommation orchestré par Alibaba. Le jour du 11 novembre 2019, Alibaba avait ainsi enregistré pour un milliard de dollars de commandes (907 millions d’euros) en seulement 68 secondes et pour 10 milliards d’euros en 1 heure, pour atteindre au total 268,4 milliards de yuans (34,7 milliards d’euros) en 24 heures, soit une hausse de 26 % par rapport au 11 novembre 2018. L’événement – surnommé « double-onze » – était désormais international. Dès sa nomination, Daniel Zhang avait affiché son ambition lors d’une allocution stratégique devant l’ensemble des salariés : « Nous devons absolument nous globaliser. Pour cela, nous allons mettre en place une équipe globale et adopter une mentalité globale. Notre but doit être acheter global, vendre global. » Jack Ma avait fondé Alibaba en 1999 avec l’idée d’être le premier portail chinois mettant en relation des industriels locaux avec des acheteurs étrangers. Depuis lors, le groupe avait connu une forte expansion. Il comprenait notamment : 1688.com (une plateforme d’entreprise à entreprise pour le marché domestique chinois), Taobao (une place de marché destinée aux PME et aux particuliers), Tmall.com (qui permettait aux entreprises occidentales telles que Nike, Burberry et Decathlon de distribuer leurs produits auprès des consommateurs chinois), ou Juhuasuan (qui offrait des promotions quotidiennes sur toutes sortes de produits, des jouets aux ordinateurs). Derrière ces sites, on trouvait d’énormes fermes de serveurs, qui permettaient à Alibaba d’être un acteur majeur de l’informatique dématérialisée (cloud computing) et Alipay, un équivalent de PayPal, personnellement dirigé par Jack Ma, par lequel transitaient 75 % des transactions au sein du groupe. D’une manière ou d’une autre, on trouvait absolument tout sur Alibaba. Les services secrets américains y avaient ainsi interpellé des revendeurs qui tentaient de fournir de l’uranium à l’Iran. En 2018, Alibaba représentait environ 58 % du commerce en ligne en Chine, qui était le premier marché du commerce en ligne au monde. Le groupe avait pris des participations dans ses concurrents Snapdeal en Inde et Lazada à Singapour, et occupait de solides positions au Brésil et en © 2020 Pearson France – Stratégique 12e édition 2 Russie. L’international représentait près de 7 % du chiffre d’affaires total du groupe au dernier trimestre 2018, soit environ 1 milliard d’euros (voir tableau 1). L’attrait pour l’international Alibaba avait toujours eu un penchant pour l’international. Jack Ma avait commencé sa carrière comme professeur d’anglais à Hangzhou, une ville située à 200 kilomètres au sud-ouest de Shanghai. Au milieu des années 1990, il avait découvert Internet lors de voyages aux États-Unis. Dès 2000, il avait convaincu la grande banque d’investissement américaine Goldman Sachs et le géant japonais d’Internet SoftBank d’investir dans Alibaba. En 2005, le portail américain Yahoo!, alors en pleine gloire, avait acquis environ un quart de son capital. Après l’introduction d’Alibaba au Nasdaq de la Bourse de New York en septembre 2014 (la plus vaste introduction de tous les temps, avec une valorisation record de 231 milliards de dollars, qui avait permis de lever 25 milliards), SoftBank détenait toujours 32,4 % d’Alibaba et 15 % de Yahoo!. Au conseil d’administration du groupe siégeaient Jerry Yang, le fondateur de Yahoo!, Masayoshi Son, celui de SoftBank, et Michael Evans, l’ancien vice-président de Goldman Sachs. Pour autant, Jack Ma n’hésitait pas à prendre ses distances avec les investisseurs occidentaux. Il avait ainsi déclaré : « Peu importe si les investisseurs de Wall Street nous insultent. Nous suivrons toujours notre principe : les clients en premier, les employés en deuxième et les investisseurs ensuite. » Tableau 1 : Chiffres clés (milliards de yuans) 2010 2012 2014 2015 2016 2017 2018 2019 Chiffre d’affaires d’Alibaba 6,7 20,0 52,5 76,2 101,1 158,3 250,3 376,9 PIB chinois 40 400 53 400 63 600 66 800 74 400 82 700 90 000 n.d. Marché chinois du commerce en ligne 500 1 300 2 800 3 900 5 200 7 200 9 000 n.d. Pourcentage d’internautes en Chine 34,3 % 42,3 % 43,3 % 51,3 % 52,2 % 52,8 % 61 % n.d. Sources : iResearchChina.com ; InternetLiveStats.com ; Statista.com ; alibabagroup.com (exercices clos au 31 mars). Taux de change indicatif : 1 yuan = 0,13 euro. D’ailleurs, en toute rigueur, les investisseurs étrangers ne détenaient pas directement des actions du groupe Alibaba. Ils étaient actionnaires d’une société-écran, une entité à intérêt variable (EIV), à laquelle Alibaba reversait ses profits. Les entreprises chinoises cotées à l’extérieur du pays utilisaient fréquemment ces EIV pour contourner les strictes restrictions qu’imposait le gouvernement sur l’actionnariat étranger. Pour autant, le gouvernement pouvait mettre fin à ces pratiques à n’importe quel moment, et les possibilités de recours des actionnaires étrangers vis-à-vis des dirigeants chinois étaient très limitées. Ironiquement, la controverse la plus célèbre à propos d’une EIV avait impliqué Jack Ma, lorsqu’il avait séparé Alipay du reste du groupe sans l’approbation de son conseil d’administration. Il avait affirmé que de nouvelles règles officielles l’avaient obligé à prendre cette décision. Yahoo! n’avait appris l’opération qu’au bout de cinq semaines, alors qu’un appel à nouveaux investisseurs avait valorisé Alipay à près de 50 milliards de dollars. Jack Ma entretenait un important réseau de relations en Chine et à l’étranger. Dès le départ, il s’était rapproché d’un groupe d’hommes d’affaires surnommé le « gang de Zhejiang », du nom de la province dont Hangzhou, la ville natale de Jack Ma, était la capitale. Parmi les membres de ce groupe, on comptait certains des entrepreneurs les plus fameux de Chine, dont Guo Guangchang (de Fosun, le conglomérat qui possédait notamment le Club Med, Thomas Cook et le Cirque du Soleil), Shen Guojun (de China Yintai Holdings, un géant de l’immobilier) et Shi Yuzhu (de l’entreprise de jeux vidéo en ligne Giant Interactive). Les relations avec le gouvernement Les relations entre Alibaba et le gouvernement chinois étaient difficiles à clarifier. Jack Ma insistait sur le fait qu’il n’avait jamais reçu de financement ou de subventions du gouvernement ou de ses banques et qu’il avait plutôt fait appel à des investisseurs étrangers. Cependant, étant donné qu’un tiers de l’activité économique en Chine relevait d’entreprises possédées par l’Etat, le gouvernement était nécessairement lié au premier acteur local du commerce en ligne. Jack Ma expliquait que sa philosophie consistait à « toujours essayer de séduire le gouvernement, sans jamais l’épouser. » De fait, le groupe Alibaba avait établi de solides connexions politiques. L’ancien dirigeant de Hong Kong, Tung Chee-Hwa, siégeait ainsi au conseil d’administration. Alibaba était aussi lié à plusieurs « princes héritiers », des enfants de responsables politiques influents, dont Winston Wen, fils d’un ancien premier ministre, Alvin Jiang, petit-fils d’un ancien président, He Jinlei, fils d’un ancien © 2020 Pearson France – Stratégique 12e édition 3 membre du Politburo et directeur d’une grande banque d’Etat, et Jeffrey Zang, fils d’un ancien vice premier ministre et directeur du fonds souverain chinois, Citic Capital. Pour autant, les vastes réformes politiques et économiques imposées par le président Xi Jinping pouvaient menacer la position d’Alibaba. En 2015, le frère aîné de He Jinlei avait été arrêté pour corruption. Parallèlement, le ministère chinois du Commerce et de l’Industrie avait publié une enquête concernant la vente de produits contrefaits sur le site Taobao, ce qui avait fait chuter l’action Alibaba de 10 %. À propos de ses relations avec le uploads/Finance/ e-tude-de-cas-1-alibaba.pdf

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  • Publié le Jui 01, 2022
  • Catégorie Business / Finance
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