L’ÉCONOMIE VERTE AU MAROC Résumé La transition vers une économie verte respectu

L’ÉCONOMIE VERTE AU MAROC Résumé La transition vers une économie verte respectueuse des équilibres écologiques et susceptible d’ouvrir de nouvelles opportunités de création de richesses et d’emplois durables, s’inscrit désormais comme un objectif majeur des nouvelles approches stratégiques du développement durable en cours d’adoption par certains pays de l’Afrique du Nord, et en particulier le Maroc. Les contraintes environnementales (stress hydrique, dégradation des sols, très forte dépendance énergétique, vulnérabilité au changement climatique, pollutions diverses) et les retombées limitées de la croissance économique et des politiques de développement social en termes d’emplois et de réduction des disparités sociales et spatiales imposent une réorientation du modèle économique au profit d’une économie verte et inclusive, portée par le secteur privé et à même de créer des emplois, d’aider à réduire la pauvreté et résorber les déséquilibres au niveau du développement territorial. Tels sont les principaux enjeux pour le Maroc qui a définitivement fait de l’économie verte un axe stratégique de sa politique de développement durable. Le pays s’attache à mobiliser l’ensemble des acteurs et à construire des partenariats publics-privés (PPP) innovants afin d’accroître les investissements respectueux de l’environnement et susceptibles de créer de la valeur ajoutée et des emplois durables, particulièrement pour les jeunes dont le taux de chômage a atteint 19% en 2013. Une réflexion est en cours pour la mise en place d’un Fonds d’investissement vert pour encourager les entreprises à lancer des projets innovants. Des réformes (institutionnelles, règlementaires et financières) et des politiques incitatives sont déjà mises en œuvre pour améliorer l’intégration de la dimension environnementale et promouvoir le développement de filières stratégiques telles que les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’économie de l’eau, la gestion durable des déchets solides et liquides, l’agriculture inclusive, l’aquaculture ou encore l’écotourisme. Des efforts complémentaires sont attendus dans les domaines suivants : adaptation et application de la règlementation, fiscalité environnementale, tarification des biens et services environnementaux, mécanismes de financement durables et adaptés, mobilisation des connaissances et de l’innovation et enfin le suivi-évaluation. La construction d’une économie verte, car il s’agit bien d’un processus à mener, ne se fera pas sans l’établissement de partenariats innovants avec le secteur privé, les collectivités locales et la société civile. Ces partenariats devraient permettre de mobiliser les investissements et les solutions technologiques nécessaires, promouvoir les compétences locales et renforcer l’engagement de tous ainsi que la solidarité. Les PME éco-innovantes seront les moteurs réels de l’économie verte. Pour cela, leurs capacités devront être améliorées et elles devront bénéficier des nouveaux outils de financement vert et de mesures d’accompagnement adaptées. Une attention particulière devra être accordée à l’intégration du secteur informel, compte tenu de son importance. Le niveau d’engagement des entreprises marocaines en faveur de la responsabilité sociétale (RSE), bien qu’encore faible, est cependant un des plus avancés d’Afrique, du Maghreb et du monde arabe. Le rôle du secteur bancaire dans le financement de l’économie verte devra être renforcé ; les banques sont appelées à développer des produits financiers orientés vers l’économie verte. 2 L’ÉCONOMIE VERTE AU MAROC La nécessaire amélioration de la compétitivité des entreprises, dans le contexte d’une économie verte à forte valeur ajoutée, passe par l’innovation et le développement technologique. Aussi, le renforcement et l’adaptation du système national d’innovation constituent un enjeu de taille pour le pays qui occupe la 84ème place sur 143 pays dans l’indice mondial de l’innovation 2014, mais qui demeure confronté à des performances limitées, notamment en termes d’innovation dans le milieu des affaires et de sophistication du marché. Les financements affectés à la recherche scientifique et technique, essentiellement publics, ne dépassaient pas 0,8% du PIB en 2010 (contre 2 à L’économie verte nécessitera aussi une convergence et une adaptation des politiques et des outils, notamment (i) de la politique industrielle et des pratiques de développement durable au sein des entreprises, (ii) des politiques territoriales, (iii) des systèmes nationaux de formation, d’éducation et d’innovation et, (iv) des systèmes nationaux d’information et de suivi-évaluation. Enfin ce processus devra être accompagné d’une communication et d’un dialogue continus et inclusifs autour de l’économie verte. Accroître les investissements verts, un objectif devenu prioritaire Le Maroc, fort de son engagement politique en matière de développement durable1 s’oriente résolument vers la promotion de l’économie verte. Une Charte nationale2 et une Loi-cadre3 de l’environnement et du développement durable ont été adoptées afin d’inscrire toutes les politiques publiques dans le cadre d’une stratégie nationale de développement durable (SNDD), actuellement en cours de finalisation. Réussir la transition vers une économie verte et accélérer la mise en œuvre de la politique nationale de lutte contre le changement climatique figure parmi les enjeux prioritaires de la SNDD. Afin de promouvoir les investissements verts et encourager les entreprises à lancer des projets durables, un plan d’investissement vert a été préparé et une réflexion est en cours pour la mise en place d’un Fonds d’investissement vert (capitaux publics et privés). Une feuille de route sur la croissance verte et le développement territorial a été adoptée dans le cadre des travaux du focus group4 « Croissance verte et développement territorial », piloté par le Maroc. Le pays est également partie prenante dans plusieurs 1 La nouvelle Constitution (juillet 2011) consacre « le droit au développement durable » et étend les missions du Conseil Economique et Social aux questions d’environnement et de développement durable (CESE). 2 La Charte nationale de l’environnement et du développement durable adoptée en 2012 vise à renforcer l’intégration de la dimension environnementale dans toutes les stratégies publiques et sectorielles. 3 Loi-cadre 99-12 portant Charte de l’Environnement et du Développement Durable (janvier 2014). 4 Initiative MENA-OCDE pour la gouvernance (2011-2015). De nouvelles filières vertes pour soutenir la croissance et créer des emplois § Energies renouvelables (CSP, PV, et éolien) ; § Efficacité énergétique ; § Assainissement liquide ; § Gestion et valorisation des déchets ; § Aquaculture ; § Adaptation et gestion des risques § Filières de valorisation du capital forestier ; § Plantes aromatiques et médicinales. 3 L’ÉCONOMIE VERTE AU MAROC initiatives (Global Green Growth Institute, initiative « Partnerships for Action on Green Economy (PAGE)5, Initiative Greco pour une compétitivité verte en Méditerranée, lancée par le PNUE en 2008). Une stratégie de développement des compétences dans les métiers verts est en cours de préparation. Les opportunités d’emplois verts ont été soulignées par plusieurs études récentes, dont celle du Conseil Economique, Social et environnemental (CESE, 2012) qui indique que les investissements projetés dans quatre secteurs clés de l’économie verte (énergies renouvelables, efficacité énergétique, gestion des déchets solides et assainissement liquide), d’un montant de 20 milliards d’euros, devraient permettre la création de plus de 90 000 nouveaux emplois à l’horizon 2020. Une cartographie des opportunités d’emploi et d’entreprenariat verts conduite dans le cadre du projet « YES Green »6 confirme en outre l’existence d’un potentiel important pour l’insertion des jeunes, dont le taux de chômage a atteint 19,3% en 2013 pour les 15-24 ans (source : HCP). L’engagement des entreprises en faveur de l’environnement est en évolution Pour accompagner les entreprises dans cette transition et renforcer le dialogue public- privé, la Confédération Générale des Entreprises (CGEM) a créé une commission « Economie verte » (précédemment Commission Développement durable) dont la mission est d’encourager et d’accompagner les entreprises dans leur démarche environnementale et leur adhésion à l’économie verte. Elle collabore dans ce cadre, avec le Centre marocain de production Propre (CMPP), qui fournit aux industriels, une assistance technique et un appui pour la mobilisation de financements. Plus de 55 entreprises membres de la CGEM ont reçu le label RSE de la CGEM (Norme Iso 26.000). Ce label créé en 2006 est attribué pour une période de 3 ans à la suite d’une évaluation menée par un cabinet d’experts indépendants accrédités par la CGEM. Malgré une certaine progression, le nombre d’entreprises certifiées ISO 14001 (gestion de l’environnement) demeure limité (l’on est passé d’une vingtaine d’entreprises en 2007 à une quarantaine en 2013) et concerne plutôt les grands groupes. Selon l’Agence internationale Vigeo7, le niveau d’engagement des entreprises marocaines en faveur de la RSE, bien que faible, est cependant un des plus importants d’Afrique, du Maghreb et du monde arabe. Le nombre d’établissements touristiques labellisés « clef verte » est également en augmentation avec 57 établissements en 2013 contre 60 en 2011 et seulement 13 en 2008. 5 PAGE est une Initiative conjointe (PNUE, OIT, ONUDI et UNITAR) mise en place pour soutenir les pays dans l’élaboration de stratégies nationales d’économie verte à l’horizon 2020. 6 Le projet « yes green » du PNUD appuie la formation des jeunes et la création de Très Petites Entreprises vertes (projets verts « Start-up »), en particulier dans les régions vulnérables de l’Oriental et de Tanger-Tétouan. 7 L’agence Vigeo créée en 2002 est reconnue comme un leader international de l’audit et de la notation en matière de RSE. Elle mesure les performances et les risques de plus de 2500 entreprises cotées dans le monde au regard de six domaines (environnement, respect des droits humains, valorisation du capital humain, engagement sociétal, éthique des affaires et la gouvernance d’entreprise), 22 critères et 250 indicateurs. 4 L’ÉCONOMIE uploads/Finance/ rapport-de-l-x27-economie-verte-au-maroc.pdf

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  • Publié le Aoû 24, 2022
  • Catégorie Business / Finance
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