1 2 ANTHONY BUCKERIDGE FAITES CONFIANCE A BENNETT « A vot' bon cœur, m'sieurs-d

1 2 ANTHONY BUCKERIDGE FAITES CONFIANCE A BENNETT « A vot' bon cœur, m'sieurs-dames!» Non, ce n'est pas la complainte d'un mendiant, mais celle de Bennett et de son complice Mortimer qui, en brandissant des boîtes de fer-blanc, font la quête dans le village de Linbury... Pour une noble cause, bien sûr! Malgré les interventions furibondes du professeur Wilkinson, rien n'arrêtera le sympathique collégien anglais dans ses initiatives. Ne voilà-t-il pas qu'il décide d'aller vendre un vieux piano qui pourrit au fond d'un hangar? Aïe! Echappant aux mains des déménageurs en herbe, le vieux zinzin glisse de sa remorque et atterrit au milieu de la Grand-Rue, créant un fantastique embouteillage... Mais il en faut davantage pour démonter notre héros. Faites confiance à Bennett! 3 ANTHONY BUCKERIDGE FAITES CONFIANCE À BENNETT TEXTE FRANÇAIS DE VLADIMIR VOLKOFF ILLUSTRATIONS DE DANIEL BILLON HACHETTE 4 L'ÉDITION ORIGINALE DE CE ROMAN A PARU EN LANGUE ANGLAISE CHEZ COLLINS, LONDRES, SOUS LE TITRE : TRUST JENNINGS! © Anthony Bucheridge, 1969. © Hacheite, 1981. Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays. HACHETTE, 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS VI 5 TABLE I. UNE SOIRÉE TRÈS ATTENDUE 7 II. UN BUT BIEN GARDÉ! 20 III. PARTI DU MAUVAIS PIED! 32 IV. UN PROBLÈME DE VIDANGE 44 V. LES RAVAGES DE LA BOMBE 56 VI. BIEN RAFRAÎCHIR SUR LES CÔTÉS! 73 VII. INCERTITUDES 87 VIII. PLAN DE CAMPAGNE 101 IX. UN PENNY POUR LE MANNEQUIN! 114 X. LE FEU DE JOIE 129 XI. UN PROBLÈME DE TRANSPORT 142 XII. LES DÉMÉNAGEURS DE PIANOS 154 XIII. MUSIQUE! MUSIQUE! 167 XIV. TOUS DROITS RÉSERVÉS 183 6 CHAPITRE PREMIER UNE SOIRÉE TRÈS ATTENDUE PRESQUE tous les vendredis, M. Carter, professeur au collège de Linbury, consacrait la dernière heure de cours de l'après-midi au compte rendu et à la discussion des rédactions remises quelques jours plus tôt par les élèves de la 3e Division. Parfois, ce cours devenait un véritable feu d'artifice : la discussion était si animée, et les élèves si passionnés, que la cloche annonçant la fin de l'heure semblait une déplorable interruption, les laissant sur leur faim. D'autres fois, hélas! cela ratait comme un pétard mouillé, et les commentaires dégénéraient en vaines 7 parlotes, si ridicules que le professeur se demandait pourquoi il avait songé à encourager les élèves à exprimer leurs opinions à haute voix! Par un certain vendredi d'octobre, le cours semblait avoir fort bien commencé. La rédaction d'Atkins sur Mon élevage de chenilles avait donné lieu à un intéressant échange de vues; la description faite par Morrison de Une rencontre avec un dinosaure avait ouvert un débat animé sur la vie aux temps préhistoriques. Mais après cela, les choses prirent une tournure fâcheuse... Le cahier suivant, que M. Carter retira de la pile, portait cette inscription sur sa couverture : Œuvres complètes de J.C.T. Bennett Astronaute en chef Station spatiale lunaire LUNE (à côté de la Terre) En fait, cette information était inexacte, car le propriétaire du cahier était un élève de 3e Division, aux doigts tachés d'encre, résidant au collège de Linbury, Sussex, (Angleterre)... En feuilletant les pages, M. Carter retrouva bien vite le dernier essai rédigé par l'élève. Il était intitulé Une expédition dans l'espace, et, sous le titre, on lisait cet avertissement de l'auteur, souligné en rouge : @ Copyright by J.C.T. Bennett. Tous droits réservés sur le présent texte qui ne peut être reproduit sans l'autorisation écrite de l'auteur. Droits réservés pour cinéma, télévision et radio-télescope. M. Carter jeta un regard sur l'auteur aux droits si parfaitement protégés. Au dernier rang de la classe était assis un garçon de onze ans, aux doigts toujours en mouvement, avec un regard éveillé dans ses yeux 8 bruns. Il aurait eu grand besoin de passer chez le coiffeur, pensa le professeur. « A quoi servent donc toutes ces réserves sur le droit de reproduction, Bennett? » demanda-t-il. Il y eut un silence, pendant lequel Bennett rejeta en arrière sa mèche de cheveux, puis lança un coup d'œil circulaire pour s'assurer que tout le monde écoutait. Enfin, il répondit : « Eh bien, m'sieur, je prends seulement mes précautions, au cas où quelqu'un essaierait de piquer des choses dans ma rédaction. — Vraiment? — Oui, m'sieur. C'est ce que l'on doit toujours faire, parce que si vous regardez au dos de la page de titre d'un bouquin, vous verrez qu'on y a mis un C majuscule, entouré d'un rond, ce qui veut dire copyright by, tous droits réservés par... Ça prouve que c'est la propriété de l'auteur, et que personne n'est autorisé à y piquer! » M. Carter sourit. « Vous pensez donc qu'il y ait quelque danger que votre œuvre vous soit volée par un individu peu scrupuleux? — Parfaitement, m'sieur! — Et par qui? » Bennett le regarda droit dans les yeux. « Par vous, m'sieur! » Toute la classe se retourna d'un bloc pour contempler avec stupeur l'élève du dernier rang... Ce bon vieux Bennett ne perdait-il pas la boule? Comment un individu de bon sens pouvait-il lancer une accusation aussi fantastique contre M. Carter, et particulièrement lui! Le professeur principal, adjoint du directeur du collège de Linbury, était aimé et respecté de tous. C'était un homme sur la fin de la trentaine, qui savait parfaitement comprendre la 9 mentalité .des jeunes garçons confiés à sa garde, et sur qui vous pouviez toujours compter pour prêter une oreille sympathique au récit de vos ennuis... On ne pouvait pas en dire autant de certains autres profs! Prenez M. Wilkinson, par exemple! La 3e Division n'aurait eu que trop tendance a croire les plus noires calomnies répandues sur son compte. Mais pas sur M. Carter. M. Carter était bien différent, lui! La classe se retourna vers le bureau du professeur afin de voir comment il réagissait devant cette monstrueuse accusation de piraterie littéraire! Loin d'être offensé, M. Carter continuait à afficher un large sourire. « C'est très intéressant, Bennett, fit-il observer. Qu'est-ce qui vous permet de croire que je voudrais vous voler ces deux pages barbouillées et bâclées à la hâte pendant l'étude du soir? — Eh bien, m'sieur, il ne s'agit peut-être pas de me les voler, concéda le garçon, mais vous pourriez me les emprunter sans ma permission. Parce que, le trimestre dernier, vous avez bien piqué un grand morceau de la rédaction de Briggs sur l'observation des oiseaux, pour le mettre dans le journal du collège... et sans lui en demander l'autorisation, pas vrai, m'sieur? — Coupable! plaida M. Carter. Mais je vous ferai remarquer que c'est un honneur pour un élève de voir son œuvre reproduite dans le journal du collège. — Oui, et moi ça ne m'a pas gêné! » intervint Briggs, un garçon de douze ans, peu soigné d'allure, cheveux en broussaille, chemise sortant perpétuellement du pantalon, lacets traînants. « Au contraire, j'ai été drôlement fier, parce que ça prouvait que mon travail était le seul qui méritait d'être publié! 10 — Ce n'est pas la question! insista Bennett. Personne n'a le droit de reproduire n'importe quoi de ce que tu as écrit, sans ta permission... A condition, bien sûr, que tu y aies mis ce signe spécial dont je vous parlais. » La classe commençait à s'intéresser à la question. « N'importe quoi de ce que l'on écrit? demanda Bromwich. Même la liste de gâteaux que tu yeux acheter, ou ta lettre hebdomadaire à tes parents? » Bennett approuva. « C'est la loi! Je viens seulement d'être informé là-dessus. De plus, ça ne coûte pas un centime pour garantir tes droits. Le copyright, c'est gratuit! » Bromwich en fut ravi. « Bravo! s'écria-t-il. Dans ce cas, je ferai protéger, à l'avenir, mes notes de géographie, et mon journal intime, et ma sélection pour la Coupe du monde de football, et mon... » M. Carter leva une main pour l'arrêter. Si l'on continuait 11 ainsi, quelqu'un réclamerait bientôt le droit de reproduction sur l'emploi du temps! « Tout d'abord, dit-il, nous allons jeter un coup d'œil sur ce chef-d'œuvre, pour voir s'il mérite tant de protections légales... » II regarda le gribouillis malpropre de la page ouverte devant lui. « Hum! hum! fit-il, vous n'avez pas à vous inquiéter, Bennett. Personne n'ira voler un manuscrit que l'on ne parvient pas à lire. — Oh, mais si, m'sieur, on peut le lire! protesta l'auteur. C'est seulement parce que j'ai eu une barbe sur mon stylo à bille, et ça a un peu bavé sur la page, «t quand j'ai essayé de l'effacer avec mon mouchoir... — D'accord, d'accord! Je vais faire de mon mieux », promit le professeur. Il s'adressa au reste de la classe : « Vous tous, restez bien sagement assis, dit-il, et aiguisez votre esprit. Ce n'est pas tous les jours que nous sommes honorés par la présence d'un écrivain dont l'œuvre est protégée par le copyright international! » La classe entière sourit et tendit l'oreille. La discussion du vendredi était le cours le plus apprécié de la semaine, car on y avait toute liberté uploads/Geographie/ anthony-buckeridge-bennett-18-bv-faites-confiance-a-bennett-1969.pdf

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