Allocution du secrétaire général de la faculté des Lettres et des Sciences huma
Allocution du secrétaire général de la faculté des Lettres et des Sciences humaines de Rabat Mohamed Maniar Mesdames et messieurs, chers collègues, Plus que n'importe quelle période de l'histoire de l'humanité, notre temps est celui de l'inte- raction des peuples à travers leurs langues et leurs cultures. Cette interaction peut être un facteur d'intercompréhension et d'enrichissement des peuples si elle est conçue avec ouverture d'esprit et gérée avec raison. Conformément à la philosophie de Sa Majesté Hassan II, le Maroc est un pays solidement ancré dans son identité arabo-musulmane fondée sur sa langue officielle qui est l'arabe mais aussi résolument ouvert sur le monde à travers les langues internationales et notamment le français. Dans ce sens, Sa Majesté écrit dans Le Défi : « Le français est pour nous une fenêtre large- ment ouverte non seulement sur le monde occidental mais sur celui de la logique, de la raison, de la mesure ». C'est ainsi que l'école et l'université marocaines accueillent la langue française à tous les niveaux et dans toutes les formations. Le français a pour nous de facto le statut de première langue étrangère obligatoire dans l'enseignement fondamental et secondaire et celui de langue d'enseignement dans le supérieur scientifique et technique. L'objectif de notre système éducatif est de former des cadres compétents dans leur spécialité et maîtrisant le bilinguisme arabe-français, suivant en cela les directives de Sa Majesté qui dit que le bilinguisme est une richesse qui fait partie du droit inaliénable de chacun. Le bilin- guisme équilibré, en effet, est loin de porter atteinte à notre identité, il la consolide et l'enrichit dans un esprit de convivialité et d'enrichissement mutuel. Comme vous le voyez, chers collègues, votre réseau et ses préoccupations scientifiques s'inscrivent pleinement dans la ligne de la politique éducative et culturelle de notre pays. C'est pourquoi, lorsque notre faculté a été sollicitée par les organisateurs de vos Journées d'Études, elle n'a pas hésité à mettre à leur disposition ses modestes moyens humains et matériels. Permettez-moi de réitérer devant vous tous notre entière disponibilité à collaborer avec votre réseau et à soutenir vos efforts scientifiques. Permettez-moi également de souhaiter à vos travaux plein succès et qu'ils se concluent par des résultats susceptibles de renforcer, ici, de créer, là, un climat propice au dialogue entre nos langues, nos cultures et nos peuples, un dialogue empreint de respect, de compréhension et de tolérance. Mesdames, Messieurs, Chers collègues, Au terme de cette allocution, j'ai le plaisir et l'honneur de déclarer ouverts les travaux de vos Journées d'Études. 11 Conférence plénière Les Marocains et la langue française Ahmed Boukous Le problème La typologie de la francophonie suggérée par M. Houis, 1973 comprend trois types de situations : celle des pays dans lesquels le français est langue officielle unique de jure et langue véhiculaire majoritaire (la France); celle des pays où le français est de jure l'une des langues officielles (Canada, Belgique, Luxembourg, Suisse) ; celle des pays où le français est langue officielle unique, de jure ou de facto, dans une situation marquée par la diversité des langues nationales (c'est le cas de l'Afrique sub-saharienne). À cette typologie, il faut ajouter un quatrième type de francophonie, celui du Maghreb et peut-être du Liban où le français est historiquement langue de la puissance coloniale, protec- trice ou mandataire selon le cas, et où présentement, le français est première langue étrangère fortement présente dans l'enseignement, l'administration et la vie publique, et où la base sociale de la francophonie se réduit essentiellement à une fraction des élites urbaines. C'est précisément ce cas de figure qui nous intéresse dans cette recherche. Au Maroc, la situation sociolinguistique est marquée par la coexistence de langues natio- nales, à savoir l'arabe et le berbère (l'amazighe) avec leurs différentes variétés, et de langues étrangères, notamment le français et, à un moindre degré, l'espagnol et l'anglais. Cette coexistence est pacifique par certains aspects et conflictuelle par d'autres. On peut dire, en effet, que ces langues sont dans un rapport de diglossies enchâssées impliquant les langues nationales elles-mêmes et celles-ci et les langues étrangères. La propriété de ces diglossies est d'être marquée, d'une part, par la complémentarité des fonctions et des usages entre les langues nationales et les langues étrangères et, d'autre part, par une compétition entre les diverses variétés linguistiques. La complémentarité des usages et des fonctions de ces variétés permet incontestablement de combler des lacunes évidentes dans le répertoire langagier des locuteurs des langues nationales. Quant à la compétition entre ces variétés, elle manifeste la dynamique d'une situation sociolinguistique où des enjeux structurants sont à l'œuvre. Parmi les nombreuses questions qui méritent une étude approfondie dans cette situation figu- rent le statut, les usages et les fonctions de la langue française. En tant que langue du régime protectoral français au Maroc (1912-1956), le français a fait l'objet de diverses modalités d'imposition dans le système éducatif, les instances administratives, la vie économique et la vie publique en général. Ceci a pour effet de produire une élite francophone dite moderne qui a déclassé l'élite arabisante traditionnelle en prenant les commandes au lendemain de l'indé- pendance. Quatre décennies après la proclamation de l'indépendance, la langue française jouit toujours du statut privilégié de première langue étrangère. Ce statut lui est de facto conféré par la poly- valence de ses fonctions : - unique langue étrangère obligatoire dans l'enseignement fondamental et secondaire, - langue de l'enseignement scientifique et technique, - langue de travail dans les secteurs techniques des administrations publiques, - langue de travail du secteur formel de l'activité économique, - langue diplomatique dans les chancelleries marocaines dans les pays non arabophones. Comment s'explique ce statut privilégié aussi bien sur le marché linguistique que dans le champ social? 13 Ahmed Boukous Le facteur le plus évident dans l'explication de ce phénomène est le facteur historique, à savoir que la langue française est une langue enracinée dans la terre marocaine par des moyens puissants pendant toute la durée du régime du Protectorat, c'est-à-dire quarante quatre ans. Cette présence massive n'a pas manqué de façonner durablement les consciences linguistiques et de configurer de façon décisive le paysage linguistique du pays. La place particulière qu'occupe le français au Maroc est aussi la résultante d'autres facteurs inhérents à la relation de dépendance du Maroc, notamment sur les plans économique, finan- cier et culturel. Rappelons, en effet, que la France est le premier fournisseur du Maroc (environ 24 % de la valeur des importations marocaines), son premier client (environ 22 % de la valeur des exportations) et le premier investisseur étranger (environ 20 % des investissements). En outre, pendant longtemps, le Maroc a été dépendant de la France, du Canada et de la Belgique pour la formation de ses cadres supérieurs, c'est-à-dire des cadres francophones. Dans ce contexte général, il nous a paru intéressant de nous pencher sur le rapport des Maro- cains à la langue française. La francophonie étant un phénomène aux dimensions multiples, il est normal qu'elle soit envisagée de plusieurs points de vue, notamment sous ses aspects didac- tique (Chami, 1987, Akouaou, 1984), socioculturel (Moatassime, 1992, Santucci, 1986), poli- tique (Chikh et al. 1988) et idéologique (Ouedghiri, 1993), etc. Nous privilégions, quant à nous, l'approche sociolinguistique de ce phénomène, approche qui met en rapport la langue française avec le contexte social et culturel marocain par le moyen d'une investigation empi- rique. Ce type d'approche a été tenté par des prédécesseurs avec un bonheur inégal, des lacunes méthodologiques et le réductionnisme qui caractérise les travaux académiques (Bentahila, 1983, El Gherbi, 1993, Boukous, 1996). L'objet spécifique de ce travail est l'étude empirique du comportement d'un échantillon de la population marocaine à l'égard de la langue française. Il s'agit notamment d'examiner les usages faits par les locuteurs de la langue française, la connaissance qu'ils ont de la culture fran- cophone, la motivation pour cette langue et les attitudes et les représentations qu'ils en ont1. Cette recherche vise au moins deux objectifs : - contribuer à l'analyse du marché linguistique marocain et des enjeux symboliques qui y sont à l'œuvre, - contribuer à une meilleure appréciation du statut et de la fonction du français dans le cadre de l'élaboration d'une politique linguistique in vivo. Initialement, quatre questions sont au programme de cette recherche : - Quels sont les usages que les sujets déclarent faire de la langue française ? - Quel est le degré de connaissance que les sujets déclarent avoir de la culture francophone ? - Quel est le degré déclaré de leur motivation pour le français et quelle est la nature de cette motivation (instrumentale vs integrative) ? - Quelle est l'attitude déclarée et la représentation des sujets à l'égard du français? En raison du temps qui m'est imparti, je me limiterai ici aux usages et aux représentations. Les hypothèses générales de travail postulées ici sont les suivantes : - La langue française est en régression relative, suite à l'arabisation de l'enseignement et de l'administration. - L'assise sociale de la langue française se réduit au milieu de l'élite urbaine. - Le comportement des sujets à l'égard de uploads/Geographie/ boukous-les-marocains-et-la-langue-francaise.pdf
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- Publié le Apv 17, 2022
- Catégorie Geography / Geogra...
- Langue French
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