Classe de seconde Mme Unit Séquence 3 : Paroles de journalistes : entre liberté

Classe de seconde Mme Unit Séquence 3 : Paroles de journalistes : entre liberté et engagement. Objet d’étude : La littérature d’idées et la presse du XIXe au XXIe siècle Problématiques d’ensemble : Quels liens entretiennent la littérature et la presse ? Comment les écrivains et les journalistes peuvent-ils influencer notre vision du monde ? Extrais étudiés :  Texte 1 : Discours de Victor Hugo pour défendre la presse à la parution des Misérables À la presse chez tous les peuples ! à la presse libre ! à la presse puissante, glorieuse et féconde ! Messieurs, la presse est la clarté du monde social ; et, dans tout ce qui est clarté, il y a quelque chose de la providence. La pensée est plus qu’un droit, c’est le souffle même de l’homme. Qui entrave la pensée, attente à l’homme même. Parler, écrire, imprimer, publier, ce sont là, au point de vue du droit, des identités ; ce sont là les cercles, s’élargissant sans cesse, de l’intelligence en action ; ce sont là les ondes sonores de la pensée. De tous ces cercles, de tous ces rayonnements de l’esprit humain, le plus large, c’est la presse. Le diamètre de la presse, c’est le diamètre même de la civilisation. À toute diminution de la liberté de la presse correspond une diminution de civilisation ; là où la presse libre est interceptée, on peut dire que la nutrition du genre humain est interrompue. Messieurs, la mission de notre temps, c’est de changer les vieilles assises de la société, de créer l’ordre vrai, et de substituer partout les réalités aux fictions. Dans ce déplacement des bases sociales, qui est le colossal travail de notre siècle, rien ne résiste à la presse appliquant sa puissance de traction au catholicisme, au militarisme, à l’absolutisme, aux blocs de faits et d’idées les plus réfractaires. La presse est la force. Pourquoi ? parce qu’elle est l’intelligence. Elle est le clairon vivant, elle sonne la diane des peuples, elle annonce à voix haute l’avènement du droit, elle ne tient compte de la nuit que pour saluer l’aurore, elle devine le jour, elle avertit le monde. Quelquefois, pourtant, chose étrange, c’est elle qu’on avertit. Ceci ressemble au hibou réprimandant le chant du coq. Oui, dans certains pays, la presse est opprimée. Est-elle esclave ? Non. Presse esclave ! C’est là un accouplement de mots impossible.  Texte 2 et 3 : Émile Zola, « Essai sur le journalisme » (1894) Ah ! cette presse, que de mal on en dit ! Il est certain que, depuis une trentaine d’années, elle évolue avec une rapidité extrême. Les changements sont complets et formidables. Il n’y a qu’à comparer les journaux des premiers temps du Second Empire1, muselés2, relativement rares, d’allures doctrinaires, aux journaux débordants d’aujourd’hui, lâchés en pleine liberté, roulant le flot déchaîné de l’information à outrance. Là est la formule nouvelle : l’information. C’est l’information qui, peu à peu, en s’étalant, a transformé le journalisme, tué les grands articles de discussion, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux des reporters et des interviews. Il s’agit d’être renseigné tout de suite. Est-ce le journal qui a éveillé dans le public cette curiosité croissante ? Est- ce le public qui exige du journal cette indiscrétion de plus en plus prompte3 ? Le fait est qu’ils s’enfièvrent l’un l’autre, que la soif de l’un s’exaspère à mesure que l’autre s’efforce, dans son intérêt, de la contenter. Et c’est alors qu’on se demande, devant cette exaltation de la vie publique, s’il y a là un bien ou un mal. Beaucoup s’inquiètent. [...] On a désiré savoir parfois ce que je pensais de cette opinion. Ma réponse est que je suis pour et avec la presse. [...] D’ailleurs, il faut toujours avoir foi dans l’avenir. Rien ne peut se juger définitivement, car tout reste en marche. Cela est surtout vrai, en ce moment, pour la presse. Ce n’est pas la juger avec justice que de s’en tenir au mal qu’elle fait. Sans doute, elle détraque nos nerfs, elle charrie4 de la prose exécrable, elle semble avoir tué la critique littéraire, elle est souvent inepte5 et violente. Mais elle est une force qui sûrement travaille à l’expansion des sociétés de demain : travail obscur pour nous, dont nul ne peut prévoir les résultats, travail à coup sûr nécessaire, d’où sortira la vie nouvelle. Que de boue et de sang faut-il pour créer un monde ? Jamais l’humanité n’a fait un pas en avant sans écraser les vaincus. Et, pour en rester à la seule question littéraire, certes, si la littérature est une récréation de lettrés, l’amusement réservé à une classe, la presse est en train de tuer la littérature. Seulement, elle apporte autre chose, elle répand la lecture, appelle le plus grand nombre à l’intelligence de l’art. À quelle formule cela aboutira-t-il ? je l’ignore. On peut constater simplement que, si nous assistons à l’agonie de la littérature d’une élite, c’est que la littérature de nos démocraties modernes va naître. Se fâcher et résister serait ridicule, car on n’arrête pas une révolution. Au bout de toutes les manifestations de la vie, dans le sang et les ruines, il y a quelque chose de grand. Émile Zola, « Essai sur le journalisme », Les Annales politiques et littéraires, 1894. 1. De 1852, avec le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, à 1870. 2. Empêchés de s’exprimer librement. 3. Rapide. 4. Entraîne, diffuse. 5. Incompétente, dépourvue de sens.  Texte 3: Éric Scherer, « A-t-on encore besoin des journalistes ? » (2011) Pratiquement tout ce qui bouleverse et restructure les médias et les métiers du journalisme d’aujourd’hui n’existait tout simplement pas en l’an 2000 [...]. L’information, en infinie abondance et dont la fraîcheur est primordiale, est de plus en plus délivrée en flux, en courants, au fil de l’eau. Elle est morcelée, éclatée, et n’entre plus dans les vieux moules du passé : presse écrite, radio, télévision. [...] Mais il reste aussi au journaliste les atouts incopiables de sa profession, de son métier, de son expertise, qu’il peut davantage faire valoir, développer – et dont la société a plus que jamais besoin : sa capacité à trier, à authentifier, à mettre rapidement en perspective l’information, à lui donner du sens et à relier les événements.  Texte 4 : Texte d’Albert Camus “Il est difficile aujourd’hui d’évoquer la liberté de la presse sans être taxé d’extravagance, accusé d’être Mata-Hari, de se voir convaincre d’être le neveu de Staline. Pourtant cette liberté parmi d’autres n’est qu’un des visages de la liberté tout court et l’on comprendra notre obstination à la défendre si l’on veut bien admettre qu’il n’y a point d’autre façon de gagner réellement la guerre. Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu’elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd’hui à la liberté de pensée, nous avons d’ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu’il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au Soir républicain (1), par exemple. Le fait qu’à cet égard un journal dépend de l’humeur ou de la compétence d’un homme, démontre mieux qu’autre chose le degré d’inconscience où nous sommes parvenus. Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la collectivité. Il concerne l’individu. Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination. Albert Camus, 25/11/1939 (1) le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l’époque –  Texte 5 : Edwy Plenel, « Le Prix de la liberté » (2007) Le journal indépendant Mediapart est publié sur Internet depuis 2008. Voici comment l'un de ses fondateurs, Edwy Plenel (né en 1952), présente ce projet dans la déclaration d'intention qu'il rédigea avant son lancement, et qui figure aujourd'hui encore sur le site du journal. Le projet Mediapart se veut l'invention d'une réponse en forme d'espoir : non seulement une presse éditorialementlibre et indépendante économiquement, mais surtout une presse profondément repensée et totalement refondée. Ni sous-produit numérique de la presse papier, ni média de complément des titres existants, le rêve que nous caressons est la création d'un journal uploads/Geographie/ gt-eleves 2 .pdf

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