PREMIÈRE PARTIE LA DYNAMIQUE DES LANGUES AU CAMEROUN ET LA CRÉATIVITÉ LEXICALE

PREMIÈRE PARTIE LA DYNAMIQUE DES LANGUES AU CAMEROUN ET LA CRÉATIVITÉ LEXICALE DANS LA PRESSE CAMEROUNAISE. 19 1. Données géographiques La République du Cameroun (en anglais : Republic of Cameroon) d'aujourd'hui se trouve limitée au Nord-Ouest par le Nigeria, à l'Est par le Tchad et la République Centrafricaine, au Sud par le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale, à l'Ouest par le golfe de Guinée. Le Cameroun s’étire vers le Nord jusqu’au lac Tchad, formant un triangle de 475 442 km² de superficie reliant l’Afrique équatoriale à l’Afrique occidentale. Sa capitale est Yaoundé. Le pays compte dix provinces administratives qui sont les suivantes (avec leur chef-lieu) : l’Extrême-Nord (Maroua), le Nord (Garoua), l’Adamaoua (Ngaoundéré) le Nord- Ouest (Bamenda), le Sud-Ouest (Buea), l’Ouest (Bafoussam), le Littoral (Douala), le Centre (Yaoundé), l’Est (Bertoua) et le Sud (Ebolowa). Les deux provinces dites anglophones du Cameroun sont les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les autres étant toutes dites francophones. 20 2. Données historiques Les côtes camerounaises furent explorées en 1471 par le Portugais Fernando Póo. C'est lui qui baptisa l'estuaire du Wouri Rio dos Camarões (« rivière des crevettes »). Le mot « Camaroes » a évolué en « Camarones », en portugais, puis en « Kamerun », sous la colonisation allemande, enfin en « Cameroon » (en anglais) et « Cameroun » (en français). Les Européens, qui faisaient du commerce avec les populations locales, pour se procurer de l'ivoire, des bois précieux et des esclaves, ne créèrent des établissements commerciaux qu'au XVIIe siècle. Le commerce fut d'abord contrôlé par les Hollandais, puis il devint essentiellement britannique, jusqu'à l'arrivée de négociants allemands, à partir de 1868. Au XVIIe siècle, les Doualas étaient alors bien établis sur le littoral; au Nord, les pasteurs peuls constituaient, à cette époque, des chefferies indépendantes, après avoir refoulé les Kirdi et les Massa. À partir de 1845, des missionnaires de la Baptist Missionary Society de Londres s'installèrent sur le littoral camerounais. Ils y exercèrent des activités d'évangélisation et utilisèrent le douala comme langue véhiculaire. Sous l'initiative d'Alfred Saker, les missionnaires entreprirent la traduction de la Bible en douala et normalisèrent son orthographe. Cette oeuvre, certainement remarquable, marqua le début de la formation et de l'éducation dans une langue camerounaise et influencera la démarche des autres missionnaires de l'époque coloniale. Le douala devint une langue de travail, à l'exclusion des autres langues camerounaises. En même temps, naissait une autre langue sur la côte camerounaise : le pidgin-english, qui s'était structuré sur une base d'anglais. Graduellement, les négociations et les transactions commerciales se firent en pidgin-english. Même les pétitions officielles auprès de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne, furent rédigées en pidgin-english. 2.1. La colonisation allemande En 1884, un ancien consul d'Allemagne à Tunis, Gustav Nachtigal, explora la région et signa, à la demande du chancelier Otto Von Bismark, des traités avec les souverains doualas de la côte camerounaise : l'Allemagne établit ainsi son protectorat allemand, un Schutzgebiet, sur le Kamerun (nom qui ne désignait que la région de Douala). Dès lors, la ville de Douala fut baptisée Kamerun-Stadt. Les Allemands entreprirent ensuite la colonisation du pays, mais la brutalité de leurs méthodes suscita une vive résistance des populations locales. L'implantation de l'administration allemande entraîna le départ de la Baptist Missionary Society au profit de la «mission de Bâle», de confession protestante, qui allait prendre la relève et poursuivre l'oeuvre d'évangélisation chrétienne. Même si les Allemands ne souhaitaient pas vraiment l'expulsion des baptistes anglais, ceux-ci préférèrent ouvrir d'autres missions au Congo car ils ne pouvaient pas assumer simultanément toutes ces responsabilités. L'installation de la mission de Bâle fut accompagnée du premier conflit linguistique. Les Bâlois se rendirent compte que le douala était la langue véhiculaire et celle de l'instruction dans les écoles. Toutefois, une partie du Kamerun, l'enclave de Victoria, avait été évangélisée en anglais du temps de l'Empire britannique. Les Victoriens s'opposèrent vivement à l'introduction du douala dans leur ville au 21 détriment de l'anglais. Au sein de la communauté allemande, des voix s'élevèrent contre l'usage du douala, car la marginalisation des autres langues, dont l'allemand, était à craindre. Finalement, les Bâlois décidèrent d'avoir des écoles où l'on enseignait en douala et d'autres en allemand. Les Victoriens, qui s'opposaient au douala, apprirent l'allemand plutôt que l'anglais. Mais les Allemands et les ethnies camerounaises (autres que les Doualas) se méfiaient du douala, alors que les Camerounais voulaient apprendre une langue occidentale, symbole de l'accès à la modernité. En même temps, le pidgin-english poursuivait son expansion. Puis le gouvernement de Bismarck autorisa, en 1886, l'intervention de missions catholiques au Kamerun. Les missionnaires de la Societas Apostolus Catholici, plus connue sous le nom de son fondateur V. Pallotti — les «pères Pallotins» —, s'installèrent dans la colonie en 1890. Plus désireux que les Bâlois (généralement indépendants) d'entretenir de bonnes relations avec l'administration allemande, les pères Pallotins offrirent un enseignement en allemand à ceux qui le désiraient, tout en continuant à ouvrir des écoles de village non seulement en douala, mais aussi en bakweri, en éwondo, en ngumba, etc., tandis que les protestants continuaient l'enseignement en douala et parfois en boulou (presbytériens américains). Mais l'enseignement catholique, plus conservateur, inculquait aux petits Camerounais les vertus de l'obéissance et du respect envers les autorités coloniales allemandes. La langue allemande commença à exercer un certain attrait auprès de la société camerounaise urbaine qui désirait pouvoir communiquer avec la puissance coloniale. Après avoir réussi à « pacifier » le centre du pays à partir de 1894, les Allemands atteignirent l'Adamaoua en 1899 et le lac Tchad en 1902. Un décret allemand du 1er janvier 1901 imposa l'usage du mot Kamerun pour l'ensemble du pays. En 1911, le territoire du Kamerun s'élargit d'une partie du Congo cédée par la France. Par la suite, des colons allemands créèrent diverses plantations (cacaoyers, bananiers, caféiers, hévéas, palmiers à huile, tabac, etc.); ils construisirent aussi des lignes de chemin de fer, des routes, des ponts, etc. Toutefois, les exactions de l'Administration coloniale, les expropriations massives et la soumission au travail forcé entretinrent la résistance des peuples du Kamerun, qui ne furent jamais totalement « pacifiés ». Le gouverneur allemand Von Zimmerer commença, en 1891, une politique de germanisation du Kamerun, afin de fournir à l'Administration des cadres autochtones parlant l'allemand. Cependant, cette politique tarda tant à être appliquée dans les écoles que finalement fort peu de Camerounais apprirent à parler l'allemand avant la Première Guerre mondiale. De fait, avant 1910, la mission de Bâle ne comptait que deux écoles moyennes germanophones, et l'allemand était enseigné comme discipline, non comme langue d'enseignement. L'arrêté du 25 avril 1910, sous l'initiative du gouverneur Th. Seitz, précisait que l'allemand devait être utilisé dans les écoles à l'exclusion de toute autre langue européenne et locale. La nouvelle politique linguistique allemande mit fin à l'enseignement de l'anglais et réduisit le rôle et l'expansion du douala. Il y eut même des tentatives pour introduire l'éwondo dans la région du littoral pour remplacer le douala; les Éwondos, massivement convertis au catholicisme, étaient très appréciés des Allemands. 22 Ensuite, dès le début de la Première Guerre mondiale, Français, Belges et Britanniques attaquèrent le Congo belge et le Nigeria, puis cernèrent le Kamerun, en lui imposant un blocus maritime. La ville de Douala tomba en 1914, puis toute la région côtière, l'année suivante; en 1916, les troupes allemandes abandonnèrent le Kamerun. Les Français et les Britanniques créèrent un «condominium» (qui ne dura que le temps de la guerre) pour administrer le territoire arraché progressivement aux Allemands. Ceux-ci ne laissèrent que peu de traces de leur langue, car ils avaient été trop détestés. 2.2. La colonisation française Le traité de Versailles (1919), qui fixait les conditions de la paix, entérina le partage franco-britannique du Kamerun, mais le Cameroun français ou oriental cessa, en 1922, d'être une colonie française pour devenir un «territoire sous mandat de la Société des Nations», confié à la France. Dans les faits, le Cameroun français (les quatre cinquièmes du territoire) fut administré comme une colonie française ordinaire et le Cameroun britannique ou occidental (le cinquième du territoire) fut intégré au Nigeria en tant que colonie anglaise. Chacun des colonisateurs marqua «son» Cameroun de son empreinte en imposant soit l'anglais, soit le français. Au Cameroun britannique, l'anglais n'était en général pas beaucoup pratiqué, car les écoles de missions préféraient les langues africaines. De leur côté, les Français pratiquèrent dans l'ensemble une assimilation plus «efficace, car l'enseignement des langues africaines fut expressément interdit, contrairement au Cameroun anglais où elles furent même enseignées dans les missions chrétiennes. Les Britanniques divisèrent «leur» Cameroun en deux parties, chacune régie par une administration différente. La partie nord du Cameroun britannique, le Northern Cameroon, fut rattachée au Nigeria septentrional, alors que la partie sud, le Southern Cameroon, fut intégrée au Nigeria oriental. Le Nord était peuplé de Bamilékés musulmans, alors que le Sud était habité par les Peuls chrétiens ou animistes. Les populations du Nord choisirent de rester nigérianes, tandis que les habitants du Sud, demandèrent leur rattachement au Cameroun français. La situation fut toute autre uploads/Geographie/ partie1-2.pdf

  • 90
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager