ﻣﺠﻠﺔ ﺣﻮﻟﻴﺎت اﻟﺘﺮاث Revue Annales du Patrimoine ISSN 1112-5020 Hawliyyat al-Tura
ﻣﺠﻠﺔ ﺣﻮﻟﻴﺎت اﻟﺘﺮاث Revue Annales du Patrimoine ISSN 1112-5020 Hawliyyat al-Turath, University of Mostaganem, Algeria N° 12, September 2012 Molière dans le théâtre algérien Molière in the Algerian theatre Dr Hadj Dahmane Université de Mulhouse, France hadj.dahmane@gmail.com Publié le : 15/9/2012 12 2012 Pour citer l'article : Dr Hadj Dahmane : Molière dans le théâtre algérien, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 12, Septembre 2012, pp. 33-45. http://annales.univ-mosta.dz *** Revue Annales du patrimoine, N° 12, 2012, pp. 33 - 45 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2012 hadj.dahmane@gmail.com © Université de Mostaganem, Algérie 2012 Molière dans le théâtre algérien Dr Hadj Dahmane Université de Mulhouse, France Résumé : On ne peut pas évoquer la naissance du théâtre algérien sans parler du théâtre arabe et par voie de conséquence de l’influence de Molière. Si la présence de Molière dans le théâtre arabe n’est plus à prouver, que peut-on dire sur ses traces dans le théâtre en Algérie, pays le plus francophone des pays arabes ? En effet, Molière accompagne le théâtre algérien depuis sa toute première pièce en langue dialectale en 1921. D’abord adapté sans être cité, il a fini par l’être à partir de 1940. Plusieurs de ses pièces sont adaptées au répertoire algérien avec, à chaque fois, l’apport de spécificités algériennes. Mots-clés : littérature algérienne, Molière, théâtre, influence, l'Avare. o Molière in the Algerian theatre Dr Hadj Dahmane University of Mulhouse, France Abstract: We cannot evoke the birth of the Algerian theater without speaking of the Arab theater and consequently of the influence of Molière. If Molière's presence in the Arab theater is no longer to be proven, what can be said about his footsteps in the theater in Algeria, the most French-speaking country of the Arab countries? Indeed, Molière has been accompanying the Algerian theater since his very first play in a dialect language in 1921. First adapted without being cited, it ended up being so from 1940. Several of his plays are adapted to the Algerian repertoire with, each time, the contribution of Algerian specificities. Keywords: Algerian literature, Molière, theater, influence, miser. o Parler de l’influence de Molière dans le théâtre algérien, de sa place dans le théâtre au sein du monde arabe, est une entreprise qui est loin d’être facile tant la présence de notre auteur y est importante. Dr Hadj Dahmane - 34 - Revue Annales du patrimoine D’ailleurs, on ne peut pas évoquer la naissance du théâtre algérien sans parler du théâtre arabe et par voie de conséquence de l’influence de Molière. Et pour cause, l’art théâtral a fait son apparition dans l’aire géographique arabe relativement tard. En effet, hormis les formes spécifiques pré théâtrales(1) datant de plusieurs siècles, la première pièce, au sens aristotélicien du terme, date de 1847. Elle est signée Maroun an Naqqach (1817- 1855) et est intitulée El-Bakhil(2). Joseph Khoueiri retrace l’itinéraire de Maroun Naqqach comme suit : "En 1846, il part pour Alexandrie et le Caire, et de là s’embarque pour l’Italie. Là, il entre en contact avec le théâtre, découvrant la scène à l’italienne, l’opéra, l’opérette, les acteurs, les décors, les accessoires, la fonction de la musique dans le théâtre, bref tous les éléments de la représentation théâtrale, et l’importance de chacun de ces éléments. Il est aussi impressionné par le rôle didactique et moralisateur que peut jouer le théâtre, et par son impact sur le public. De retour à Beyrouth, il confie ses impressions à ses parents et amis, et leur enseigne ce qu’il a vu. A la fin de l’année 1847, il présente dans sa maison une pièce musicale, al-Bakhil représentation à laquelle il convie les consuls étrangers accrédités à Beyrouth et les dignitaires de la ville"(3). Mais quelle est la traduction du mot "al-Bakhil" ? L’avare. Il s’agit en réalité d’une adaptation de L’Avare de Molière. Depuis cette date, le théâtre dans le monde arabe n’a cessé de subir l’influence de Molière. Ainsi au sujet de ce théâtre, l’écrivain tunisien Mohamed Aziza écrit : "On libanise, on irakinise, on syranise, on égyptianise, on tunisianise, on marocanise un peu tous les auteurs mais c’est Molière qui se révèle la providence de tous les adaptateurs parce que les personnages sont les plus ouverts, ses situations les plus transposables et ses préoccupations les plus partagées"(4). Cette affirmation de l’auteur tunisien prouve, comme le signale Lamia Beskri, que libaniser, irakiniser, syrianiser, égyptianiser, tunisianiser, marocaniser(5) est une manière de Molière dans le théâtre algérien - 35 - N° 12, Septembre 2012 s’approprier le texte en y injectant sa propre différence, tant au niveau du jeu scénique que dans l’expression dramatique. Si la présence de Molière dans le théâtre arabe n’est plus à prouver, que peut-on dire sur ses traces dans le théâtre en Algérie, pays le plus francophone des pays arabes ? Certes, les Européens d’Algérie avaient déjà fondé en 1850 l’Opéra d’Alger. Mais cela n’a eu aucune influence quant au devenir du théâtre algérien, d’une part parce que les Algériens étaient peu friands de ce qui provenait de la culture de l’occupant, et que d’autre part la politique colonialiste ne permettait pas de mélange culturel. Cet état de choses ne concerne pas le théâtre seulement mais toute la vie culturelle(6). Dans l’entourage d’Albert Camus, d’Emmanuel Roblès et de Pascal Pia, par exemple, il n’y avait presque pas d’Arabes et pas du tout d’arabisants. Il faut signaler, par ailleurs, que les Algériens étaient exclus des villes, et donc éloignés de la sphère culturelle. Il fallut attendre 1921(7) pour que se monte en Algérie une pièce de théâtre arabe. C’est le passage de la troupe de Georges Abyad(8) qui a encouragé cet évènement qui n’eut, à proprement parler, qu’un écho momentané, non que la pièce fût mal accueillie, mais parce que le public n’était pas encore préparé à l’usage de l’arabe classique. Quoiqu’il en soit, cela n’empêcha pas les Algériens de monter la même année La guérison après l’épreuve dans la salle des Anciens Elèves du lycée d’Alger. Il s’agit d’une pièce traitant de l’alcoolisme. En 1923, on monta La conquête de l’Andalousie, d’après le roman de Georgi Zaydan, maître et pionnier du roman historique arabe. Cette vague théâtrale est restée tout de même une tentative désespérée. Le théâtre réapparut en 1926, mais cette fois en arabe parlé. Il ne cessera de s’affirmer, depuis, comme activité culturelle consacrée. Sa naissance coïncidant avec celle de l’étoile nord-africaine, parti politique maghrébin appelant à l’indépendance, a fait de ce théâtre un théâtre engagé dès ses Dr Hadj Dahmane - 36 - Revue Annales du patrimoine débuts. La première pièce donc s’intitule Djeha(9) représentée par Allalou(10). A propos de cette pièce Mahiédine Bachetarzi dira : "c’est la première fois que les Algériens avaient entendu une pièce qui parlait leur langage"(11). 1 - Djeha de Allalou "1902-1992" : Résumé de la pièce : La médisance de Mamin, voisin de Djeha, a provoqué une dispute entre ce dernier et sa femme Hila. Battue par son mari devant le voisin qui rit de la scène et essaye de les séparer, elle s'en prend à Mamin et l'oblige à se sauver. Puis elle jure de se venger de son mari. Djeha part faire une course. Hila reste pensive devant la porte. Le sultan Qaroun, dont le fils unique, Maimoun, est atteint d'un mal étrange auquel les médecins consultés ne comprennent rien, envoie deux de ses hommes, à la recherche d'un autre médecin. Les deux envoyés, fatigués et n'ayant pas encore déniché un médecin, voient Hila devant sa porte, s'avancent vers elle et lui demandent s'il y a un médecin dans les parages. Ils la mettent au courant de l'étrange maladie du prince et du désespoir du sultan, qui a pris la décision de récompenser royalement le docteur qui guérirait son fils et de faire bastonner celui qui ne réussirait pas. L'idée diabolique d'embarquer son mari dans cette aventure vint à l'esprit de Hila. Elle pourrait se venger en lui faisant administrer une bonne bastonnade. Elle leur indique Djeha qu'elle dépeint comme un grand savant et un habile médecin à qui l'on devait des guérisons miraculeuses ; elle leur précise que c'est un être bizarre possédé par les Djinns qui, parfois, lui troublent l'esprit au point qu'il refuse de soigner et nie même être médecin. Elle leur dit qu'il était toutefois possible de lui faire reprendre ses esprits et chasser de lui les démons en lui administrant quelques coups de bâton et en le faisant danser à la manière des Derviches. Revenant à la maison, Djeha se trouve face à face avec les deux émissaires qui lui demandèrent de leur indiquer où demeurait le docteur Djeha. Celui-ci leur répondit qu'il était Djeha et leur Molière dans le théâtre algérien - 37 - N° 12, Septembre 2012 demanda ce qu'ils voulaient. Eux, pensant qu'ils avaient affaire au savant indiqué par la femme, lui firent de grandes révérences et le prièrent de les suivre au palais pour soigner le fils du sultan. Djeha eut beau dire qu'il n'était pas médecin et ne connaissait rien en médecine, les émissaires le rossèrent uploads/Litterature/ dr-hadj-dahmane-moliere-dans-le-theatre-algerien.pdf
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- Publié le Nov 29, 2022
- Catégorie Literature / Litté...
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