Décadrages Cinéma, à travers champs 23-24 | 2013 Le doublage Le doublage cinéma
Décadrages Cinéma, à travers champs 23-24 | 2013 Le doublage Le doublage cinématographique et vidéoludique au Québec : théorie et histoire Germain Lacasse, Hubert Sabino et Gwenn Scheppler Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/decadrages/697 DOI : 10.4000/decadrages.697 ISSN : 2297-5977 Éditeur Association Décadrages Édition imprimée Date de publication : 10 octobre 2013 Pagination : 28-51 ISBN : 978-2-9700668-6-6 ISSN : 2235-7823 Référence électronique Germain Lacasse, Hubert Sabino et Gwenn Scheppler, « Le doublage cinématographique et vidéoludique au Québec : théorie et histoire », Décadrages [En ligne], 23-24 | 2013, mis en ligne le 10 avril 2014, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/decadrages/697 ; DOI : 10.4000/decadrages.697 ® Décadrages Dossier : Le doublage 28 Le doublage cinématographique et vidéoludique au Québec : théorie et histoire par Germain Lacasse, Hubert Sabino et Gwenn Scheppler La question du doublage du cinéma de iction est devenue un sujet très politique au Québec depuis une trentaine d’années, les comédiens qué- bécois critiquant la France qui les prive de l’emploi de doubleur en se montrant peu ouverte aux ilms traduits au Québec 1. Les tenants et les aboutissants de cette controverse ont été abondamment étudiés par les politiciens, les journalistes et les administrateurs2. Malheureusement les universitaires s’y sont peu intéressés. Il s’agit néanmoins d’une question dont les aspects théoriques et culturels sont importants et parfois même fondamentaux dans le contexte québécois. L’article qui suit tentera de pallier cette lacune en proposant une étude théorique et historique de la question. Nous exposerons d’abord les approches théoriques qui nous semblent pertinentes, en particulier celles qui s’intéressent aux aspects oraux et physiques du doublage plutôt qu’à la dimension plus stricte- ment textuelle de la traduction. Nous examinerons ensuite comment ces aspects sont présents de diverses façons dans trois paradigmes bien distincts du doublage au Québec : celui du cinéma muet fréquemment commenté par un bonimenteur, celui du cinéma parlant où s’est déve- loppée la pratique du doublage, et inalement celui du jeu vidéo « par- lant » où les enjeux du doublage semblent presque ignorés dans une in- dustrie pourtant déjà très sophistiquée. Nous verrons comment ces trois paradigmes distincts mettent en évidence la pertinence de la traduction orale et l’importance des particularités langagières dans la théorie et la pratique de la traduction. Nous pensons pouvoir ainsi expliquer la préférence au Québec d’une pratique qui, ailleurs, est souvent jugée inacceptable. Etat de la question : quelques bases théoriques Au Québec, très peu de théoriciens se sont intéressés spéciiquement à la question du doublage des ilms, même si la traduction fait partie de la pratique du cinéma depuis qu’elle existe, comme l’ont montré nos 1 Notre étude est consacrée à la traduction du cinéma de iction. La traduction se pratique par contre différemment dans le domaine du docu- mentaire. Tandis que la traduction de la iction tend à produire une sorte d’œuvre hybride (ilm étranger en langue nationale ou régionale), la traduction documentaire tend généralement à rester au plus près possible de l’œuvre origi- nale et de son contexte, laissant les interve- nants s’exprimer de leur propre voix. Au Qué- bec, le documentaire est très majoritairement sous-titré plutôt que doublé. 2 Anne-Marie Gill et Mélina Longpré, L’Industrie du doublage au Québec. Etat des lieux (1998- 2006), Sodec, Montréal, 2008. Disponible en ligne, cet intéressant rapport compare la situa- tion québécoise avec celle des autres pays, et éclaire les enjeux de l’adaptation audiovisuelle par de nombreuses références à des ouvrages et études importants. Malheureusement, ce rapport ne dit rien sur l’histoire du doublage au Québec avant les années 1970. On peut trouver le document à cette adresse : www. sodec.gouv.qc.ca/libraries/uploads/sodec/ pdf/publications/doublageetatdeslieux2008. pdf (consulté le 28 décembre 2012). Doublage au Québec 28 Dossier : le doublage Doublage au Québec 29 études sur le bonimenteur 3. Les revues cinéphiles ont publié de nom- breux textes sur les avantages et inconvénients du doublage, et quelques textes sur les aspects techniques du métier de doubleur, dont un assez fouillé par Philippe Mather en 19974. L’auteur discutait peu de théorie mais décrivait en détail les aspects physiques de l’opération. Certains articles comparent sous-titrage et doublage et afichent leur préférence pour l’un ou l’autre. En 1984, après avoir constaté une baisse importante des ilms sous-titrés à la télévision, la critique Minou Petrowski lance une pétition pour en réclamer davantage. Elle publie dans la revue Ciné- Bulles les avis de personnes qui lui ont écrit : ils sont plutôt partagés, certains soulignant que le public cultivé préfère les sous-titres tandis que le public « populaire » préfère le doublage5. Jeanne Deslandes a publié en 2005 un article qui faisait une bonne description du débat politique suscité par le refus en France des ilms américains doublés en français au Québec6. Son texte abordait aussi les enjeux liés à la langue et à l’accent, mais sans en approfondir beaucoup les fondements théoriques. La revue Meta : journal des traducteurs a publié quant à elle plus de textes théoriques sur la question. Le plus ancien, écrit en 1985 par Lucien Marleau, monteur de l’ONF qui faisait aussi de la traduction, est une description du travail du sous-titreur dans laquelle l’auteur valorise cette pratique comme un « mal nécessaire ». Il rejette le doublage qu’il quali- ie de « monstruosité » et énumère certains éléments qu’il juge dificiles à transposer : « mimique, gestuelle, composition […], la situation dans laquelle la phrase est dite, le rapport entre l’image et le dialogue »7. Meta s’est ensuite intéressée, elle aussi, aux frictions politiques suscitées par le doublage québécois8. Un article important a été publié récemment par la traductrice canadienne Louise von Flotow. Elle montre que les comédiens québécois luttent pour obtenir une plus grande part des doublages de ilms américains destinés au marché français internatio- nal, mais qu’ils effectuent leurs doublages dans un français académique – une langue qui n’existe pas vraiment – pour le marché de l’Hexagone, où le public n’apprécie guère cet accent (comme si des comédiens haï- tiens doublaient en français académique à destination du marché pari- sien, avec leur accent créole !) 9. Le cinéma québécois utilise pourtant davantage le vernaculaire ain de se faire aimer du public national, mais cette langue semble nuire à son exportation et certains ilms sont sous- titrés pour pouvoir circuler à l’étranger. Encore récemment, au Festival de Cannes, le cinéaste Bernard Emond dut se justiier face à la critique française qui s’attaquait à l’accent de ses interprètes. Le cinéma améri- cain constitue 78 % des ilms diffusés au Québec, mais presqu’aucun ilm québécois ne circule aux Etats-Unis, si ce n’est quelques exceptions 3 Germain Lacasse, Le Bonimenteur de vues animées. Le cinéma muet entre tradition et mo- dernité, Paris/Québec, Méridiens-Klincksieck/ Nota Bene, 2000. 4 Philippe Mather, « Le doublage : V.O. et V.F. – Raison et sentiments », Ciné-Bulles, vol. 15, no 4, 1997, pp. 10-13. 5 (s.a.) « Pour ou contre les ilms sous-titrés », Ciné-Bulles, vol. 4, no 5, 1985, pp. 21-22 (http:// id.erudit.org/iderudit/35258ac, consulté le 30 novembre 2012). 6 Jeanne Deslandes, « L’embargo français VDF : Doublage cinématographique et télévisuel en version française », Nouvelles vues sur le ci- néma québécois, no 3, printemps 2005 (http:// cinema-quebecois.net/edition3/embargo_jd. htm, consulté le 29 novembre 2012). 7 Lucien Marleau, « Les sous-titres… un mal nécessaire », Meta : journal des traducteurs, vol. 27, no 3, 1982, p. 278 (http://id.erudit.org/ iderudit/003577ar, consulté le 1er décembre 2012). 8 Robert Paquin, « Le doublage au Canada : po- litiques de la langue et langue des politiques », Meta : journal des traducteurs, vol. 45, no 1, 2000, pp. 127-133. 9 Luise von Flotow, « When Hollywood Speaks « International French » : The Sociopolitics of Dubbing for Francophone Québec », Quebec Studies, vol. 50, automne 2010, pp. 27-46. Dossier : Le doublage 30 dans des festivals. Plutôt que doubler ou sous-titrer des ilms, les produc- teurs et distributeurs américains préfèrent acheter les droits et en faire une nouvelle version, comme ils l’ont fait avec les ilms Louis 19 (Michel Poulette, 1994) – devenu Edtv (Ron Howard, 1999) –, ou plus dernière- ment Starbuck (Ken Scott, 2011) qui deviendra, encore sous la direction de Ken Scott mais avec une distribution américaine, The Delivery Man (dont la sortie est projetée pour 2013). Cette pratique est similaire en ce qui concerne le cinéma français : il est la plupart du temps « rejoué » par les studios. Ces pratiques de traduction et de doublage ainsi que les différends à leur sujet (au Québec et dans les relations entre ce pays et d’autres comme les Etats-Unis et la France) mettent en évidence l’importance des particularités langagières dans la traduction verbale, mais aussi, avant tout, celle des particularités physiologiques inhérentes au dou- blage. L’étude des approches théoriques du doublage montre d’ailleurs que l’opposition entre approche textuelle et contextuelle faisait déjà par- tie des premières hypothèses sur la question. Le texte qui nous semble fondateur est Film Dubbing. Phonetic, Semiotic, Esthetic and Psychological Aspects d’Istvan Fodor, paru en 1976 10. Ce spécialiste de la linguistique structurale était très au fait des travaux uploads/Litterature/ le-doublage-cinematographique-et-videoludique-au-quebec.pdf
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- Publié le Mar 28, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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