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L'éditeur propulseur de littérature courte ! NouvellesBD courtesPoèmesTrès très courtsClassiqueJeunesse Soumettre une œuvre FR Librairie Nouvelles Romance Société Drame Le phare il y a 1 jour 10 min 54 lectures 1 En compétition Mathieu MICHEL S'abonner Le vieux Solex vrombissait sur le sentier caillouteux. Les embruns lui arrivaient dans le visage, et le vent lui faisait plisser les yeux. Sur la pointe, il frappait bien plus fort que dans les terres. Encore une centaine de mètres, et elle arriverait au phare. Savoir que son amour l’attendait au bout lui donnait la force nécessaire pour enfoncer les pédales du cyclo du grand-père. Couper les gaz et parquer la bête ne lui prit qu’un instant. Le phare, qui n’était plus gardé, se dressait devant elle. Elle en fit le tour rapidement, mais Julien n’avait pas l’air d’être là. Elle n’osait pas l’appeler, de peur d’attirer l’attention d’un éventuel pécheur. Leur histoire devait rester secrète. Si son grand-père l’apprenait, il ne pourrait pas s’empêcher de le dire à ses parents, et alors, là, elle préférait ne pas y penser. « On t’entends venir à un kilomètre à la ronde ! Pour la discrétion c’est réussi ! » lui lança Julien, riant, en sortant de sous un rocher. Il se trouvait à quelques mètres en contrebas et sa peau dorée par le soleil se fondait avec la couleur de la roche. Elle rit en voyant qu’il était complètement nu : « Mais qu’est-ce que tu fous ? T’appâtes les mouettes ? — Mais non, voyons, j’essaie d’obtenir un bronzage parfait pour me camoufler dans les rochers, répondit-il du ton le plus sérieux du monde. Tu ferais bien de me rejoindre, c’est pile le moment d’aller se baigner. — Tu as bien raison. J’ai eu tellement chaud en grimpant la côte ! Par contre, j’ai mon maillot. J’ai ma pudeur, moi ! — Je suis sûr que tu sens encore l’essence ! Tu irais aussi vite en vélo qu’avec ce truc... Et puis, que dit ton grand-père lorsqu’il te voit filer avec ? — Oh tu sais, lui, il me passe tout... » Elle avait déjà ôté sa tenue et commença la périlleuse descente vers la mer. « Tu l’as déjà goûtée ? Elle n’est pas trop froide ? ». Ils passèrent l’après-midi en jeux dans les vagues et en caresses sur les rochers de la côte. Lorsque le niveau de la mer commença à monter et que les vagues les éclaboussèrent franchement, ils se rhabillèrent pour partir. Ils s’embrassèrent tendrement une dernière fois, puis Leila partit la première, comme chaque soir. Il ne fallait à aucun prix qu’on les voie : c’était sa condition pour leurs rencontres secrètes. Julien devait donc partir peu après, et en empruntant un autre chemin. Il trimbalait une canne à pêche pour justifier sa présence sur les rochers. Ces parents ne s’étonnaient pourtant pas vraiment de le voir rentrer chaque soir sans poisson, mais avec un sourire ravi sur le visage. Leila rentra dans les derniers rayons du soleil. Son grand-père était assis à prendre le frais sur le banc en granit. Il la regarda en souriant avec un air un peu étrange pendant qu’elle refaisait le plein de la machine. « Tu as passé une bonne journée, la petite ?, lui lança-t-il. — Oui ! L’eau était assez chaude aujourd’hui, et j’ai fini mon bouquin... Il faudra que j’aille au village en chercher un nouveau demain. Tu sais, il y a ce voisin qui m’en prête quelques uns. — Oui, le petit Julien. C’est un bon gars, toujours prêt pour donner un coup de main. — Je ne savais pas que tu le connaissais si bien. — Je pourrais dire pareil de toi... » Il avait l’air étonnamment amusé de sa réponse. Heureusement, Leila s’était préparé une excuse : « On s’est rencontré à la pré-rentrée à la fac. On sera dans la même licence l’an prochain. Il a plein de livres que je n’ai pas, alors j’en profite... C’est tout ! » ajouta-t-elle, comme pour se convaincre elle-même. La vérité, c’est qu’elle trouvait Julien très beau depuis longtemps, et qu’elle avait eu du mal à se contenir lorsqu’elle l’avait croisé à la fac. En discutant avec lui, elle s’était finalement rendue compte que lui-même n’osait pas l’aborder depuis déjà plusieurs étés. Il pensait que la fille de la ville qui ne venait que pour les vacances d’été ne trouverait aucun intérêt à un fils de pécheur. Pourtant, ils se retrouvaient dans la même classe. À la fin de la journée, ils s’étaient promis de passer tout leur été ensemble, et, depuis qu’elle était arrivée, ils tenaient plutôt bien cette promesse. Tous les jours, elle partait le retrouver dans un des lieux secrets de la pointe, et après s’être dévorés des yeux pendant deux ou trois jours, ils s’étaient jetés l’un contre l’autre. Leila espérait garder gravé en elle le souvenir de ce premier baiser le plus longtemps possible ; si salé, si doux, si chaud. Le lendemain après-midi, Leila débarrassa la table en vitesse et prépara ses affaires. Lorsqu’elle sortit, son grand-père, qui l’avait suivie dehors, lui dit : « Passe le bonjour à Julien de ma part. J’aimerais bien qu’il vienne voir si on ne peut pas réparer ma vieille barque. Vous pourriez aller promener un peu plus loin, comme ça. Il sait naviguer, il a appris avec son père. Ce serait bien que tu apprennes toi aussi. Moi je suis trop vieux maintenant, mais tu as ça dans le sang, comme moi. » Tout son corps se figea. Elle ne retint qu’une seule chose, c’est que son grand-père savait. Elle balbutia, en espérant le détromper, qu’elle était déjà allée chercher un livre ce matin et qu’elle ne comptait pas revoir Julien avant plusieurs jours. « Tu ne crois pas que tu vas m’avoir comme ça ? Je suis un vieux loup de mer, moi. J’ai des yeux et des oreilles partout. Les mouettes me font leur rapport tous les matins... — Je... — T’embête pas, la petite. Moi, je l’aime bien le Julien. Tu peux même lui dire de venir manger avec nous de temps en temps, si tu veux. » Il la vit blanchir, tanguer, et s’asseoir sur le banc. Elle se prit le visage avec les mains. « C’est une catastrophe, papy. J’espère que tu ne l’as pas dit à mes parents. » L’angoisse se percevait dans chacun de ses mots. — Ben si. Je l’ai dit à ta mère hier quand elle m’a appelée. Il n’y pas de honte à être amoureuse, ma Leila. Et puis, tout le monde sait que tu es une fille responsable. Tu es la première à décrocher une mention Bien au bac de la famille ! Ça veut bien dire ce que ça veut dire. — Mais, papy, tu ne comprends pas... C’est Papa... Si elle lui parle, c’est foutu. » Des sanglots étouffaient chacun de ses mots. « Je ne comprends pas ta réaction en effet. Ce n’est pas parce que ton père est marocain qu’il est aussi rétrograde que tu le penses. Je le connais moi aussi, je lui ai donné ma fille. C’est un homme de son époque, pas un fou furieux. Sinon, comment est-ce qu’il aurait pu élever une jeune femme aussi bien que toi ? » Il dit cela dans un sourire et continua : « Bois un grand verre d’eau et va retrouver ton Julien. Tu n’as pas de soucis à te faire, va ». Leila entra dans la maison et avala deux verres de sirop. Le sucre la soulagea. Maintenant, elle devait tout miser sur sa mère, espérer qu’elle garderait pour elle cette histoire. Son père, ce qu’il dirait, ce qu’il ferait quand il l’apprendrait, elle préférait ne pas l’imaginer. « J’y vais. A ce soir » lança-t-elle en sortant. Elle s’élança sur le chemin puis lança le moteur en arrivant sur la route. Tout son trajet vers la falaise se passa dans une absence. Leila ne parvenait pas à oublier cette information cruciale, dont son destin dépendait : son père savait. Non seulement, il pouvait lui enlever Julien, mais elle craignait même pour ses études. Son grand-père était trop confiant, il ne le connaissait pas comme elle le connaissait. C’est vrai que, depuis quelques années, il avait beaucoup changé. Ou peut-être qu’en grandissant, c’était son regard sur lui qui avait changé. Elle essayait de se rassurer comme elle pouvait. Ce jour-là, elle n’eût pas le souffle nécessaire pour grimper jusqu’au phare en appuyant sur les pédales. Elle coupa le moteur et finit en poussant. Au phare, Julien remarqua de suite son air préoccupé. Il était sorti de sa cachette lorsqu’il avait entendu le moteur du vieux Solex se couper au bas de la pente. Elle se jeta à son coup et éclata en sanglots. « Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as appris une mauvaise nouvelle ? » demanda-t-il inquiet. Comme elle n’arrivait pas à s’arrêter de pleurer, il tâchait de comprendre les quelques mots qu’elle parvenait à formuler. « uploads/Litterature/ le-phare-l-x27-editeur-propulseur-de-litterature-courte.pdf

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