LITTÉRATURE MAGHRÉBINE DE LANGUE FRANÇAISE 1991 Jean DÉJEUX La production litte
LITTÉRATURE MAGHRÉBINE DE LANGUE FRANÇAISE 1991 Jean DÉJEUX La production litteraire en langue francaise parait aussi importante que Ics années précédentes en ce qui concerne les romans, mais moins en ce qui concerne les recueils de pot;mes. Nous avons ajouté cette année la liste des récits de vie et des ténioignages, qui en effet, paraissent, pour l'Algérie du moins. se niultiplier. Une des difficultés de I'édition au Maghreb est que, d'une part, les auteurs doivent attendre des années et des années avant d'être publiés et., d'autre part. que pour l'Algérie du moins des ouvrages avec le millésime de 1990 par exemple ne sont diffusés que trois ou quatre mois après en 1991. Il est difficile de faire rapidenient le bilan de l'année si I'on veut, comme il se doit, prendre connais- sance des ouvrages. Par ailleurs, sur ce plan de I'édition on remarque que les éditeurs marocains progressent dans la qualité de fabrication des ouvrages. dépassant sans dificulté d'ailleurs l'édition algérienne, souvent de médiocre présentation, sauf exception. 1. -- ROMANS ET RECUEILS DE NOUVELLES Algérie BOURAOUI (Nina) - L a Voyeuse interdite, Paris, Gallimard, 1991,299 p., roman. Née en 1967 à Rennes. l'auteur a vécu à Alger les quatorze prernif.res anii6cs de sa vie, mais ce n'est pas cette vie qu'elle raconte. N. Bouraoui dit -je 3 . mais ne s'identifie pas à l'héroïne. qui fillette et adolescente, vit recluse dans un appartement. Elle ne voit le monde que par une fenctre. Que faire dans I'enfermement?Rêver et se rêver, donner à voir et 5 entendre sa vie intime, son corps, ses humeurs. Ceci avec un grand lyrisme. Ecriture de délire e t d'excbs B la manière de celle de R. Boudjedra, mais beaucoup plus contrôlée. Le père est dictateur ,,, la mère est .. meurtrière *,, le monde des femmes volubile, débile futile. Comment vivre sa puberté dans cet univers siiioii dans les fantasmes sanglants et I'affruiiternent avec le père. Par ailleurs, comment ne pas s'en- nuyer dans un pays inusulman quand on est fille musulniane? ... Et la narratrice de s'interroger aussi sur la faillite de la civilisatil~n oii elle vit. Pas d'éclats de rire, mais la tristesse, le repli sur soi. Bref un monde niortifère ou même morbide. A la fin, l'adolescente se prépare pour le iiiariage ; on prévoit qu'elle Annuaire de i'Afrique rlu Nord. tanie L Y S , 1991. CNRS Editions 1198 JEAN DE.IKLiS produira, adulte, l'eiifermemeiit vécu dans sa jeunesse. Grande réussite dans I'écriture : luxuriance, poésie, sensualité, excès. N. Rouraoui a certainement l'étoffe d'un grand éciivaitl. DJAOUT (Tahar), Les Vigiles, Paris Le Seuil, et Alger, Bouchène, 1991, 219 p., roman. L'argument du ronian est soinme t,out.e ténu : un brave citoyen qui tra- vaille à l'invention origiiiale d'un n~etier à tisser est soupçonne par les gardieils vigilants du parti d'être parmi des comploteurs. Onle surveille donc. Aprèsmille difficultés surmontées il obtient son passeport pour aller à la foire B Heidelberg présenter son iiivention, qui reçoit un prix. Rctoiir trioniplial, mais grise mine des autorités qui n'ont pas su discerner la gloire nationale et qui plus est ont soupçonné notre hoinme injustement. II faut donc trouver un coupahle pour expier la faute. T. i)jaoiit, pincesans rire, en profite pour critiquer la bureaucratiestupide et tat,illonne, les corrompus du régimc, <,la caste th6ologique bx et les profiteurs en place. Critiques salubres d ' u n ~ société à la dérive qui se ddtruit elle-même. Le roniancier vigilant se montre un éveilleur de conscieiice. DJERAR (Assis) -Loin de Médine Filles d'Ismaël, Paris, A. Michel, 1991, 315 p., roman. L'auteur arelu les C11roii.iques de Tabari traduites en français, les hadiths de Boul<liari sur les femmes et a brossé une série de tableaux de la vie des fenim~s du Prophète et des premiercs fcmmes de I'Islain. Mohammed laissait neuf veuves et une fille chérie : Fatima. Aïcha est la jeune épousée éplorée. Mais ce sont ci1 tout près de dix-neuf femmes qui sc sont revivifiées ici par la fiction. Elles s'imposent par leurs voix et leurs corps, m@me si domine Aicha comme .,diseuse de mémoire ,S. L'auteur se tient près des récits et des faits, réssuscitant ainsi une mémoire collective des débuts de l'Islam. A1ni.s que les hommes se disputaieiit leurs préséancesl cc sont bien les femmes qui ont transmis les faits et les gestes du Prophète. Ce roman est vécu comme une mémoire passionnelle des voix et des corps fémiiiiiis. FALAKI (Reda) - Balade du Berbère, Scénario pour Algérie d'autrefois, Paris, l'Harmattan, 1991,167 p., roman. Ilauteur est le fils $Abdelkader Hadj Hamou i1891-1954) rnrnancier cles années 26-35. K. Falalii a été animateur de la jeunesse autrefois; il vit mainte- nant i i Bruxelles. Le narrateur a été co~!voqub à Alger pour raconter l'histoire aiicieiiiie, mais l'interrogation cst quasiment celle d'un tribunal. Poiirquoi es-tu parti, as-tu épousé me étraiinère. etc? Il raconte donc sa vie, dis~imulant.~ arrangeant les événements: inventant des personiiages. Qui est-il'? <,Un type qui n'pst ni Arabe ni Fraiiyais ... Un Nègre-Blancz.. Haroun, le narratetir, se dit .l'homme de nulle part.. . Etranger dans le Nord, renié dans le Sud, métèque dans son propre pays,.. Kn 1962 on lui a dit de changer de peau, de SC laver le cerveau : *.Glorifie la langue du Coran généreiix.. . Bref, notre homme bâtard . , a pris le chemin de l'étranger. Roman caustique, dévoilant un ..cris. parmi tant d'autres. Les propos de Haroun sont ceux d'un hoinme lucide. KALOUAZ (Ahmed), Leçons d'absence, Paris, Noël Blandin, 1991, 189 p., roman. Ecrivain issu de l'immigration en France, A. Kalouaz a déjà montré ses taleiits dans l'écriture. Ici, récit autobiographique, il évoque très douloureuse- ment la disparition tragique d'une jeune sœur de vingt-cinq ans. Absente, mais présente B la mémoire, le narrateur tente de la retrouver à travers ses voyages : Berlin ou la province en France, il part même pour New York. 1 1 a fait ..le vide autour de lui n, réglé même ses comptes avec ses parents. -L'enfance dispersée >j le poursuit. Ce roman est celui des absences, sans aucun horizon spirituel. L'écriture est suggestive, simple, mais fort humaine, émouvante même, dans ilne forte tension narcissique, bien que l'évocation d'enfants juifs envoyés aux fours crématoires élargisse l'horizon. Commissaire LLOB - Le Dingue a u bistouri, Alger, Laphomic, 1990, diff. 1991,158 p., roman policier. Un chroniqueur (A. Lounès) dit que l'auteur est une femme. En tout cas de 1973 à 1990 ont paru 13 romans policiers algériens. Or, celui-ci non seule- ment contient les ingrédients du genre, mais en possède vraiment toutes les ficelles. Enfin, on sort des conventions, des bienséances, des réserves et des précautions : critique de la société pourrie, style enfiévré, argotique et savou- reux; clins d'=il ici et là aux auteurs algériens. Du sang, il y en a autant qu'on veut avec ce dingue qui ftripe ici et là. La pudibonderie et la respectabilité hypocrite volent ici en éclats. MIMOUNI (Rachid) - Une Peine à vivre, Paris, Stock, 1991,278 p., roman. Le pays n'est pas nommé :il a du pétrole, des ruines romaines et se trouve près de la mer, mais c'est tout. Le Maréchalissime qui va atteindre le sommet de 1'Etat est le fils d'un bohémien abandonné. Il a suwécu sans s'embarrasser de inorale et de scrupules, a suivi les écoles et, entré dans la cairière militaire. est parvenu au plus haut grade par la corruption, le mépris des autres, la débrouillardise. Il a fait disparaître son prédécesseur. Mais un jour il tombe amoureux d'une belle blonde, fitna, irrésistible. Elle disparaît, il la fiiil rechei- clier, la retrouve, mais elle se refuse. Sa peine à vivre? Comment vivre le pouvoir absolu et le grand amour? Faut-il céder le pouvoir? Mais il est trop tard pour lui : il est renversé et envoyé comine les autres devant le peloton d'exécution. La verve de l'auteur ne tant pas, niais ce roman aurait pu être moins long. Parmi les autres romans de l'année, retenons l'originalité de Farid Abache dalis Camisole degré : discours décousu, avec néologismes, spontanéité dans les réflexions, style fragmentaire. Kadri Agha dans Le Purgatoire ... tourne autour du macabre ct s'amuse avec les petites hoi~eurs. La mort est souvent présente ici et l'insolite presque à toutes les pages. Mohammed Benayat se lance dans le roinan policier avec Fieddj la rafale : en France à la veille de l'indépendance de l'Algérie, des membres de I'OAS s'affrontent aux combattants algériens. Tortures, viols, nieurtres à travers la vie de deux couples. Il y a les mauvais harkis (par définition) et les combattants purs et durs. Assez manichéeil donc. PPOII désil de AïchaBauabaci est unrecueil denouvellcs diffusées cn 1991. II ne s'agit pas de l'exil g6ographique, exterieur, mais celui d'une femme qui vit ses réalités de femmes en Algérie. Cet exil se manifeste ici dans de nombreiises si~uations que dévoile chaque nouvelle : ambition avortée, architecture, confis- cation du rêve, incertitude. aveuglement de l'injustice, etc ... Mustapha Roucha- red dans Ciel de feu écrit un roman d'introspection jusqu'à la découverte d'un mariage incestucux (frère-saur). CR drame est uploads/Litterature/ litt-magh-expr-franc.pdf
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- Publié le Aoû 22, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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