L’Avenir du nationalisme français Charles Maurras 1954 Édition électronique réa
L’Avenir du nationalisme français Charles Maurras 1954 Édition électronique réalisée par Maurras.net et l’Association des Amis de la Maison du Chemin de Paradis. — 2016 — Certains droits réservés merci de consulter www.maurras.net pour plus de précisions. Rien n’est fait aujourd’hui, tout sera fait demain. 1 Il ne reste donc plus au Français conscient qu’à agir pour que sa volonté soit faite et non une autre : non celle de l’Oligarchie, non celle de l’Étranger. 2 [. . . ] Reste le rude effort d’action pratique et réelle, celui qui a voulu maintenir en fait une France, lui garder son bien, la sauver de son mal, résoudre au passage ses crises. C’est un service trop ancien et trop fier de lui-même pour que l’œuvre amorcée en soit interrompue ni ralentie. Ceux qui sont de l’âge où l’on meurt savent qu’elle dépend d’amis en qui l’on peut avoir confiance, car, depuis plus de quarante ans, ils répètent avec nous : par tous les moyens, même légaux. Ayant travaillé ainsi « pour 1950 », ils travailleront de même pour l’an 2000, car ils ont dit dès le début : pour que la France vive, vive le Roi ! L’espérance ne se soutiendrait pas si le sens national n’en était pas soutenu en première ligne. Mais là aussi je suis tranquille. Il est beaucoup question d’abandonner en tout ou en partie la souveraineté nationale. Ce sont des mots. Laissons-les aux professeurs de Droit. Ces mes- 1. André Chénier, Épîtres, II, Ami, chez nos Français. . . Les notes sont imputables aux éditeurs. 2. L’Avenir du nationalisme français est le titre du chapitre dix (sur douze) de l’ouvrage Pour un jeune Français, écrit par Maurras en 1949, en sa prison de Clairvaux. Un extrait en a été repris dans les Œuvres capitales en 1954 ; c’est le texte que nous publions ici. Il y a eu une réduction significative de taille entre le texte de 1949 et celui, posthume, de 1954. Les coupures portent sur des incidentes diverses concernant l’histoire de l’Action française, dont une longue explication sur l’antisémitisme, ainsi que sur tous les passages polémiques ou évoquant des polémiques passées. L’édition des Œuvres capitales ne mentionne pas l’existence de ces coupures et ne comporte que très peu d’ajouts destinés à en faciliter la lecture, ce qui rend parfois celle-ci malaisée, certains paragraphes encadrant les coupures se succédant sans transition évidente. Nous avons pour notre part choisi de signaler les emplacements des coupures par des [. . . ], mais sans donner davantage d’indications sur leur longueur ou leur contenu. Enfin, ce premier paragraphe de transition n’en est pas ; il est emprunté à la dernière page du chapitre neuf. 3 sieurs ont si bien fait respecter leur rubrique, intus et in cute 3, ces dernières années, qu’on peut compter sur eux pour ajouter du nouveau à tous les plus glorieux gâchis de l’intelligence 4. Les trésors du réel et ses évidences sont plus forts qu’eux. Ce qu’ils déclarent périmé, ce qu’ils affectent de jeter par-dessus bord ne subira pas plutôt l’effleurement d’une égratignure ou d’une menace un peu concrète, vous verrez l’éclat de la réaction ! [...] Preuve que rien ne vit comme le sens de la nation dans le monde présent. Ceux qui voudront en abandonner une part ne feront rien gagner à Cosmopolis : ils engraisseront de notre héritage des nationalités déjà monstrueuses. Les plus grands faits dont nous soyons contemporains sont des faits nationaux : la prodigieuse persévérance de l’Angleterre dans l’être anglais aux années 1940-1945, l’évo- lution panslaviste ou plutôt panrusse des Soviets, la résistance que la Russie rencontre chez les nations qu’elle a cru s’annexer sous un double vocable de race et de secte, l’éclosion de la vaste conscience américaine, le retour à la vie du nazisme allemand, sont tous des cas de nationalisme suraigu. Tous ne sont pas recommandables. Nous aurions été fous de les imiter ou de les désirer tous. Nous serions plus insensés de ne pas les voir, qui déposent de la tendance universelle. En France, le patriotisme en avait vu de toutes les couleurs après la victoire de Foch : que d’hostilité et que de disgrâces ! De grands partis caractérisés par leurs « masses profondes », étaient lassés ou dégoûtés du vocabulaire français, il n’y en avait plus que pour le charabia marxiste. À peine l’Allemand a-t-il été campé chez nous, toutes ses offres de bon constructeur d’Europe ont été repoussées et le Français, bourgeois, paysan, ouvrier ou noble n’a connu à très peu d’exemples près, que le sale boche ; l’esprit national s’est refait en un clin d’œil. La patrie a dû avaliser la souillure de beaucoup d’hypocrisies politiciennes. L’usage universel de ce noble déguisement est une preuve de plus de sa valeur et de sa nécessité, qui est flagrante : on va le voir. Le nationalisme de mes amis et le mien confessent une passion et une doctrine. Une passion pieuse, une doctrine motivée par des nécessités hu- 3. Littéralement, en dedans et dans la peau. Ces mots sont tirés d’un vers du poète latin Aulus Persius Flaccus (Satires, III, 30), « Te intus et in cute novi », que Félix Gaffiot tra- duit par « Je te connais profondément et intimement. » Ainsi les deux termes ne doivent-ils pas être vus comme des contraires (à l’intérieur et en surface) réunis pour la circonstance, mais comme deux caractères se renforçant. À laquelle de ces deux interprétations pensait Jean-Jacques Rousseau en plaçant ces quatre petits mots en épigraphe de ses Confessions ? Les explications de texte penchent généralement pour la première ; mais Maurras pensait sans doute ici à la seconde, la même que celle du Gaffiot. 4. Ce passage polémique vise sans doute et principalement François de Menthon, pro- fesseur de Droit et contempteur acharné de la souveraineté nationale, que Charles Maurras poursuivait d’une haine farouche. Mais comme la cible n’est pas nommée, la phrase a été conservée. 4 maines qui vont grandissant. La plupart de nos concitoyens y voient une vertu dont le culte est parfois pénible, toujours plein d’honneur. Mais, parmi les autres Français, surtout ceux du pays légal, distribués entre des partis, on est déjà et l’on sera de plus en plus acculé au nationalisme comme au plus indispensable des compromis. Plus leurs divisions intéressées se multiplient et s’approfondissent, plus il leur faut, de temps à autre, subir le rappel et l’ascendant plus qu’impérieux du seul moyen qu’ils aient de prolonger leur propre pouvoir. Ce moyen s’appelle la France. [. . . ] Comment l’éviter quand tout le reste les sépare ? Sur quel argument, sur quel honnête commun dénominateur discuter hors de là ? Il n’y a plus de mesure entre l’économie bourgeoise et l’économie ouvrière. Ouvrier et bour- geois sont des noms de secte. Le nom du pays est français. C’est bien à celui- là qu’il faut se référer. Qu’est-ce qui est avantageux au pays ? Si l’on adopte ce critère du pays, outre qu’il est sous-entendu un certain degré d’abjuration des erreurs partisanes, son essentiel contient toute notre dialectique, celle qui pose, traite, résout les problèmes politiques pendants du point de vue de l’intérêt national : il faut choisir et rejeter ce que rejette et choisit cet arbitre ainsi avoué. Il n’y a certes là qu’un impératif limité. Les partis en lutte feront toujours tout pour s’adjuger le maximum en toute propriété. Mais leur consortium n’est rien s’il ne feint tout au moins des références osant aller plus loin que la partialité collective. S’y refuse-t-il ? Son refus peut donner l’éveil au corps et à l’esprit de la nation réelle, et le point de vue électoral lui-même en peut souffrir. Si ces diviseurs nés font au contraire semblant de croire à l’unité du compromis nationaliste, tout spectateur de bonne foi et de moyenne intelli- gence en sera satisfait. Donc, avec douceur, avec violence, avec lenteur ou rapidité, tous ces partis alimentaires, également ruineux, ou périront de leur excès, ou, comme partis, ils devront, dans une certaine mesure, céder à l’impératif ou tout au moins au constat du nationalisme. L’exercice le renforcera. La fonction, sans pouvoir créer l’organe, l’assouplira et le fortifiera. Les doctrines des partis se verront ramenées, peu à peu, plus ou moins, à leurs éléments de Nuées et de Fumées auxquelles leur insuccès infligera un ridicule croissant. Leur foi ne sera bientôt plus qu’un souvenir sans vertu d’efficacité, trace matérielle tendant à s’effacer, car on rira de plus en plus de ces antiquailles, aux faux principes qui voulaient se faire préférer aux colonies et aux métropoles et qui mènent leur propre deuil. [. . .] Alors pourra être repris quelque chose de très intéressant : le grand espoir de la nation pour déclasser et fusionner ses partis. 5 [...] Un mouvement de nationalisme français ne sera complet que par le retour du roi. En l’attendant, les partis se seront relâchés de leur primatie et, par l’effet de leurs abus, les mœurs auront repris tendance à devenir françaises, l’instinct et l’intérêt français auront reparu uploads/Litterature/ maurras-l-avenir-du-nationalisme-francais.pdf
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- Publié le Mai 22, 2021
- Catégorie Literature / Litté...
- Langue French
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