LE RATIONNEL ET L’IRRATIONNEL Plan Introduction I- Analyse des deux notions et
LE RATIONNEL ET L’IRRATIONNEL Plan Introduction I- Analyse des deux notions et surtout de leurs différences A- Caractérisation de l’irrationnel B- Caractérisation du rationnel C- Conséquence : le rationnel et l’irrationnel sont deux notions irréductibles l’une à l’autre et entretiennent entre elles un rapport d’opposition, de conflit II- En quoi le rapport qu’entretiennent entre eux le rationnel et l’irrationnel est un rapport de conflit A- L’irrationnel humilie la raison B- Le rationnel exclut de soi l’irrationnel III- Le rationnel et l’irrationnel n’entretiennent-ils pas plutôt un rapport dialectique, d’engendrement réciproque ? A- L’irrationnel comme moteur du rationnel B- Il n’y a pas de rationnel en soi C- Il n’y a pas non plus d’irrationnel en soi ; les notions de rationnel et d’irrationnel sont donc relatives (et relatives l’une à l’autre) Conclusion Introduction Il s’agit ici de saisir quel type de rapport peut se penser et s’organiser entre deux concepts, ceux de rationnel et d’irrationnel. Si le rationnel désigne en général ce qui est conforme à la raison et à ses normes, et désigne dès l’abord un idéal, une valeur, l’irrationnel est quant à lui une notion marquée négativement ; il suppose donc une négation, qui est celle, en l’occurrence, de ce qui relève de la raison. Ainsi l’irrationnel désigne ce qui est irréductible, étranger, ou contraire à la raison. Est-ce que cela signifie que ces deux domaines seraient essentiellement en rapport de conflit? Il le semblerait bien, puisque nous sommes en présence d’une notion qui est négative et axiologiquement négative, et d’une autre qui elle, est positive et axiologiquement psitive. Nous serions donc apparemment en présence de deux domaines complètement opposés et irréductibles l’un à l’autre, dont l’un menace l’autre. Mais le fait qu’il y ait de l’irrationnel est-il vraiment un obstacle à la raison? On le voit à travers cette question, ce qui pose problème dans l’intitulé du sujet, c’est le présupposé selon lequel les limites entre ces deux domaines sont bien discernables. En effet, répondre à la question que nous venons de poser, nécessite que l’on sache quelles sont les limites (exactes) de chacun de ces deux domaines, et présuppose que ces deux notions sont absolues, non relatives. Si l’irrationnel est ce qui limite le rationnel, cela ne présuppose-t- il pas avant tout que la raison soit toujours identique à elle-même, comme la philosophie classique le présupposait? Or, ne voit-on pas à travers l’histoire que la raison a connu des progrès, qu’elle n’a cessé de changer? Dès lors, cela est-il si évident de dire que ces deux domaines sont complètement opposés l’un à l’autre? Et le propre d’une raison non plus "immuable" comme l’ont cru les classiques, mais plastique et dynamique, n’est-il pas au contraire de dialoguer avec son autre? -On le voit, ce qui est en jeu dans le sujet, c’est la nature même de la raison, qui semblerait bien dépendre des rapports qu’elle entretient avec l’irrationnel. I- Analyse des deux notions et surtout de leurs différences Avant de pouvoir déterminer si le rapport envisageable entre les notions de rationnel et d’irrationnel est de conflit ou bien de dialogue, et donc, s’il y a unité ou opposition entre les deux, il nous faut d’abord caractériser précisément ces deux notions et voir quelles peuvent être leurs différences. A- Caractérisation de l’irrationnel Qu’en est-il, tout d’abord, de l’irrationnel? Cette notion est loin d’être simple. On y trouve d’abord un rapport aux règles fondamentales de la logique, que ce soit dans nos démarches cognitives ou dans le domaine de l’action. L’irrationnel en effet se caractérise comme une déviance par rapport à celles-ci. Il signifie l’illogique, l’incohérent. Par exemple, un comportement est caractérisé comme étant irrationnel quand on y constate un désaccord avec soi-même ou quand on agit contre ses propres principes, ou encore, quand on croit à la fois une chose et son contraire. On peut notamment se référer à l’intempérance (acrasia) dont nous parle Aristote dans le livre VII de l’Ethique à Nicomaque. L’agent sait dans ce cas où est le meilleur pour lui, mais agit contre ce principe : par exemple, il sait que manger trop de gâteaux au chocolat est dangereux pour la santé, et il est tout à fait d’accord avec ce principe, qu’il veut prendre comme principe de sa conduite ; pourtant il se met à manger une multiplicité innombrable de gâteaux au chocolat : il y a ici contradiction entre l’action effective et le principe de cette action. Dans le domaine de la croyance, on peut croire qu’il existe des soucoupes volantes, alors qu’on sait par ailleurs que c’est impossible. Enfin, dans le domaine proprement cognitif, l’irrationnel semble s’apparenter à une démarche ne respectant pas le principe de contradiction, ou faisant une inférence complètement illogique. Exemple : tous les chats sont noirs, or Putsinus est un chat donc Putsinus est gris est un jugement irrationnel car il est logiquement faux. Bref, l’irrationnel nous renvoie d’abord à un domaine de la faute logique, du manque d’adaptation des moyens à fins. On est mené directement à dire que l’irrationnel, c’est ce qui n’est pas guidé par la raison. Il a rapport avec ce qui, dans notre être, semble naître d’autre chose que de la rationalité, ou des facultés intellectuelles les plus élaborées ou réfléchies. C’est donc le domaine des productions spirituelles échappant au contrôle logique. Il nous renvoie alors à ces manifestations crépusculaires de notre être que sont la folie, l’inconscient, l’affectivité, etc. Enfin, il semble qu’un des sens fondamental de la notion d’irrationnel soit qu’il est la limite permanente à l’intelligibilité. Ce qui le caractérise c’est l’absence de sens, d’intelligibilité. En effet, on emploie souvent le mot d’irrationnel pour désigner ce dont on ne saurait rendre raison, ce qui par définition ne saurait être formalisable ou déductible, ce qui ne se laisse pas mettre en concepts. Ainsi par exemple le fait même de l’être ou de l’existence, les événements historiques, ou encore Dieu, ne se laissent pas déduire par la raison. C’est donc ce qui est inaccessible par nature à l’intellect, l’injustifiable, le contraire d’un système déductif et achevé. B- Caractérisation du rationnel Au contraire, le rationnel ne serait-il pas par essence le domaine de ce qui est déductif ? Ne peut-on pas dire qu’il culmine dans la rationalité logique et mathématique, où, n’ayant affaire qu’à elle-même et à ses propres normes, la raison ne risque pas de rencontrer l’erreur? Alors que l’irrationnel nous ramenait à l’absurde, à ce qui dans notre être ou dans le réel est non maîtrisable, le rationnel nous renvoie, comme on peut le voir dans l’étymologie du terme raison, "ratio" (calcul), au domaine de la pure cohérence, du maîtrisable, de l’intelligible. C’est ce qui peut être expliqué, mis en rapports, ce dont on peut assigner les raisons... Loin de la sphère obscure qui caractérisait l’irrationnel, nous sommes ici dans ce qui est clair et transparent à l’homme. Le seul problème est que si on définit le rationnel comme ce qui relève de l’exercice de la raison, ou, comme nous le disions dans notre introduction, comme ce qui est conforme à la raison et à ses normes, alors, il nous faut définir précisément quelles sont cette raison et ces normes. Or, cela ne se révèle-t-il pas impossible? La raison, demandions-nous dans notre introduction, n’est-elle pas une notion qui a connu, à travers l’histoire, une évolution? Avant d’en venir à traiter ce point qui est évidemment le coeur du problème soulevé par notre sujet, nous pouvons quand même essayer de caractériser un peu plus avant le rationnel en nous dirigeant vers ce qui est communément considéré comme étant une pensée rationnelle ou ce qui correspond selon la tradition classique, à l’idéal rationnel. On considère en général que la pensée rationnelle culmine dans le discours scientifique. Qu’est-ce que cela signifie? Que la pensée rationnelle est une pensée objective, qui a renoncé à faire usage des facultés ou qualités occultes, communément utilisées chez Aristote ou au moyen-âge pour rendre compte des phénomènes ( on disait par exemple que l’opium fait dormir parce qu’il a une vertu dormitive ; ou encore, que le mouvement est du à des sortes de petits esprits internes à la matière, etc.) ; elle ne fait pas appel à ce qui en nous est de l’ordre du préjugé, de l’incommunicable, etc. Elle désigne une connaissance méthodique et efficace du monde, rigoureuse, ayant recours à l’abstraction ; elle est communicable, universelle, c’est-à- dire, qu’elle n’est pas propre à chaque esprit. C- Conséquence : le rationnel et l’irrationnel sont deux notions irréductibles l’une à l’autre et entretiennent entre elles un rapport d’opposition, de conflit Cette caractérisation générale (et, nous l’avouons, sommaire, mais, comme le dit bien Granger dans son essai sur La raison, cela n’est-il pas dû au fait que la raison est l’un des complexes culturels les plus complexes qui soient?) des deux notions de rationnel et d’irrationnel nous mène à dire que les deux termes semblent se repousser l’un l’autre, et ce, irréductiblement. En effet, le domaine de l’irrationnel nous renvoie à ce qui échappe à la raison et à uploads/Philosophie/ 612aae0130191le-rationnel-et-l-irrationnel-sujet-corrige-de-phi.pdf
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- Publié le Oct 06, 2021
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