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~ IIIII~ 11111111111U~ 5408281457 Gilles Deleuze La philosophie critique de Kant QUADRIGE 1PUF A Ferdinand ALQ UIJ1 ''''')fl'l~t de reconnaissance profond ISBN 2 13 05469 6 x ISSN 029 1-0489 Dépôt légal - 1 ft édition: 1963 3' édition . Quadrige . : 2004, septembre © Pre sses Uni versitaires de France, )963 Le Philosoph e 6, avenue Reille, 750 14 Paris INTRODUCTION La méthode transcendantale LA RAISON SELON KANT. - Kant définit la philosophie comme (( la science du rapport de toutes connaissances aux fins essentielles de la raison humaine Il ; ou comme (( l'amour éprouvé par l'être raisonnable pour les fins suprêmes de la raison humaine Il (1). Les fins suprêmes de la Raison forment le système de la Culture. Dans ces définitions, on reconnaît déjà une double lutte: contre l'empirisme, contre le rationalisme dogmatique. Pour l'empirisme, la raison n'est pas à proprement parler faculté des fins. Celles-ci renvoient à une affecti- vité première, à une « nature )l capable de les poser. L'originalité de la raison consiste plutôt dans une certaine manière de réaliser des finscommunes à l'homme et à l'animal. La raison est faculté d'agencer des moyens indirects, obliques; la culture est ruse, calcul, détour. Sans doute les moyens originaux réagissent-ils sur les fins, et les transforment; mais en dernière instance, les fins sont toujours celles de la nature. Contre l'empirisme, Kant affirme qu'il y a des fins (1) Critique de la Raison pure (CRPJ, et Opus postumum. il, Il ~ I ii 1,[ !I 1 (r) Critique du Jugement (CJ J, § 84. de la culture, des fins propres à la rai Il. Bien plus, seules les fins culturelles de la raison p uv nt tre dites absolument dernières. « La fin dernière est un fin telle que la nature ne peut suffire à l'effectuer et à la réaliser en conformité avec l'idée, car cette fin est absolue (1). Il Les arguments de Kant, à cet égard, sont de trois sortes. Argument de valeur: si la raison ne servait qu'à réaliser des fins de la nature, on voit mal en quoi elle aurait une valeur supérieure à la simple animalité (sans doute doit-elle avoir, une fois qu'elle existe, une utilité et un usage naturels; mais elle n'existe qu'en rapport avec une utilité plus haute d'où elle tire sa valeur). Argument par l'absurde: si la Nature avait voulu... (Si la nature avait voulu réaliser ses propres fins dans un être doué de raison, elle aurait eu tort de se confier à ce qu'il y a de raisonnable en lui, elle aurait mieux fait de s'en remettre à l'instinct, pour les moyens comme pour la fin.) Argu- ment de conflit: si la raison n'était qu'une faculté des moyens, on voit mal comment deux sortes de fins pour- raient s'opposer dans l'homme, comme espèce animale et comme espèce morale (par exemple, je cesse d'être un enfant du point de vue de la Nature quand je deviens capable d'avoir des enfants; mais je suis encore un enfant du point de vue de la culture, n'ayant pas de métier, ayant tout à apprendre). Le rationalisme, de son côté, reconnaît sans doute que l'être raisonnable poursuit des fins proprement rationnelles. Mais, ici, ce que la raison appréhende comme fin, c'est encore quelque chose d'extérieur et de supérieur: un Être, un Bien, une Valeur, pris comme règle de la volonté. Dès lors, il y a moins de différence (1) Critique de la Raison pratique (CRPrJ, Analytique, scolie r du théorème 2. (2) CRP, Méthodologie, • de l'impossibilité où est la raison en désaccord avec elle-même de trouver la paix dans le scepticisme 1. 7 LA MÉTHODE TRANSCENDANTALE qu'on ne pourrait croire entre le rationalisme et l'empi- risme. Une fin est une représentation qui détermine la volonté. Tant que la représentation est celle de quelque chose d'extérieur à la volonté, il importe peu qu'elle soit sensible ou purement rationnelle; de toute façon, elle ne détermine le vouloir que par la satisfaction liée à « l'objet» qu'elle représente. Que l'on considère une représentation sensible ou rationnelle, Il le sentiment de plaisir par lequel elles forment le principe déterminant de la volonté... est d'une seule et même espèce, non seule- ment en tant qu'il ne peut jamais être connu qu'empiri- quement, mais aussi en tant qu'il affecte une seule et même force vitale» (1). Contre le rationalisme, Kant fait valoir que les fins suprêmes ne sont pas seulement des fins de la raison, mais que la raison ne pose pas autre chose qu'elle-même en les posant. Dans les fins de la raison, c'est la raison qui se prend elle-même pour fin. Il y a donc des intérêts de la raison, mais, en plus, la raison est seuljuge de ses propres intérêts. Les fins ou intérêts de la raison ne sont justi- ciables ni de l'expérience, ni d'autres instances qui reste- raient extérieures ou supérieures à la raison. Kant récuse d'avance les décisions empiriques et les tribunaux théo- logiques. « Tous les concepts, même toutes les questions que nous propose la raison pure, résident non pas dans l'expérience, mais dans la raison... C'est la raison qui, seule, a engendré ces idées dans son sein; elle est donc tenue de rendre compte de leur valeur ou de leur inanité (2). » Une Critique immanente, la raison comme LA PHILOSOPHIE CRITIQUll l>ll KANT 6 8 LA PHILOSOPHIE CRITIQUE DE KANT LA MÉTHODE TRANSCENDANTALE 9 jug de la raison, tel est le principe essentielde la méthode it transcendantale. Cette méthode se propose de déter- lin r : 10 La vraie nature des intérêts ou des fins de la i n; 2,0 e moyens de réaliser ces intérêts. II.R ENS DU MOT FACULTÉ. - Toute représenta- n r pport avec quelque chose d'autre, objet et u i tin uons autant de facultés de l'esprit t p d rapports. En premier lieu, une repré- nt ti n p ut tr rapp rtée à l'objet du point de vue de l'accord ou cl la c nforrnité : ce cas, le plus simple, définit la faculté de connaître. Mais en second lieu, la représentation peut entrer dans un rapport de causalité avec son objet. Tel est le cas de la faculté de désirer : «faculté d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations. II (On objectera qu'il y a des désirs impossibles; mais, dans cet exemple, un rapport causal est encore impliqué dans la représentation comme telle, quoiqu'il se heurte à une autre causalité qui vient le contredire. La superstition montre suffisam- ment que même la conscience de notre impuissance « ne peut mettre un frein à nos efforts ll) (1). Enfin, la repré- sentation est en rapport avec le sujet, pour autant qu'elle a sur lui un effet, pour autant qu'elle l'affecte en intensi- fiant ou en entravant sa force vitale. Ce troisième rapport définit, comme faculté, le sentiment de plaisir et de peine. Peut-être n'y a-t-il pas de plaisir sans désir, de désir sans plaisir, de plaisir et de désir sans connaissance..., etc. Mais la question n'est pas là. Il ne s'agit pas de savoir quels sont les mélanges de fait. Il s'agit de savoir si chacune de ces facultés, telle qu'elle est définie en droit, (x) Cl. introd. § 3. est capable d'une forme supérieure. On dit qu'une faculté a une forme supérieure quand elle trouve en elle-même la loi de son propre exercice (même si, de cette loi, découle un rapport nécessaire avec une des autres facultés). Sous sa forme supérieure, une faculté est donc autonome. La Critique de la Raison pure commence par demander: y a-t-il une faculté de connaître supérieure ? La Critique de la Raison pratique: y a-t-il une faculté de désirer supérieure? La Critique du Jugement : y a-t-il une forme supérieure du plaisir et de la peine? (pendant longtemps, Kant ne crut pas à cette dernière possibilité.) FACULTÉ DE CONNAITRE SUPÉRIEURE. - Une représen- tation ne suffit pas par elle-même à former une connais- sance. Pour connaître quelque chose, il faut non seule- ment que nous ayons une représentation, mais que nous en sortions « pour en reconnaître une autre comme lui étant liée ». La connaissance est donc synthèse de repré- sentations. «Nous pensons trouver en dehors du concept A un prédicat B qui est étranger à ce concept, mais que nous croyons devoir lui rattacher 'Il ; nous afhrmons de l'objet d'une représentation quelque chose qui n'est pas contenu dans cette représentation. Or une telle synthèse se présente sous deux formes : a posteriori, quand elle dépend de l'expérience. Si je dis « cette ligne droite est blanche 'Il, il s'agit bien d'une rencontre entre deux déterminations indifférentes : toute ligne droite n'est pas blanche, et celle qui l'est ne l'est pas nécessairement. Au contraire, quand je dis « la ligne droite est le plus court chemin 'Il, « tout ce qui change a une cause Jl, j'opère une synthèse a priori : j'affirme B de A comme lui étant nécessairement et universellement 10 LA PHILOSOPHIE uploads/Philosophie/ gilles-deleuze-la-philosophie-critique-de-kant-2004-imprint-unknown-pdf.pdf

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